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L'ex président bréslien Luiz Inacio Lula da Silva

Un homme, une marque. Ou la commercialisation de la vie politique

6 min
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L'ex-président brésilien Lula n’est plus qu'à quelques heures de la prison, ce qui compromet sérieusement les chances du favori des sondages pour la présidentielle d'octobre prochain.

L'ex président bréslien Luiz Inacio Lula da Silva
L'ex président bréslien Luiz Inacio Lula da Silva Crédits : MAURO PIMENTEL - AFP

Ce matin, le site du journal FOLHA DE SAO PAOLO scrute l’événement, minute par minute. Et pour cause, quelques heures seulement séparent désormais l'ex-président brésilien Lula de la prison. Hier, le juge anticorruption Sergio Moro lui a laissé jusqu'à cet après-midi (17h00) pour se rendre. Avec les lettres L.U.L.A, dessinant les barreaux d'une vaste porte de prison occupant toute sa première page, le journal EXTRA titre ainsi : Lula presque ici. Et puis surtout si certains, à l'instar du quotidien ESTADO DE MINAS, se félicitent de cette décision considérée comme une victoire pour l’opération «mains propres» lancée par la justice dans le cadre de la gigantesque affaire Petrobras, en revanche, d'autres se montrent beaucoup plus sceptiques. C'est le cas, en particulier ce matin, de l'éditorialiste du JORNAL DO BRASIL. Pour lui, c'est sûr : le pire est à venir. Pourquoi ? Parce que l'arrestation de l'icône de la gauche, cette humiliation publique censée symboliser la défaite du Parti des Travailleurs, dit-il, ne fera qu'aggraver un peu plus les clivages idéologiques. Et le journaliste d'insister encore : bien loin de pacifier la société, la décision de la Cour Suprême risque, au contraire, de la radicaliser. Mais là n'était pas, visiblement, la préoccupation de la Cour qui, en refusant à l’ancien président son maintien en liberté jusqu'à l’épuisement de tous les recours possibles, ne visait en réalité qu'un seul objectif : sortir le favori des sondages de la course à la prochaine présidentielle, sous couvert de l'application de la loi. C'est, désormais, chose faite.

Et quand l'un rentre en prison, l'autre en sort. L’autre, c'est Carles Puigdemont. Hier, la justice allemande a annoncé qu'elle autorisait la remise en liberté sous caution de l’ancien président de la Catalogne. Le tribunal estime qu'au regard du code pénal allemand, l'accusation de «rébellion» ne peut être retenue contre Carles Puigdemont. Bien évidemment, c'est peu de dire que la presse madrilène se montre furieuse, ce matin. C'est le cas, notamment, d'EL MUNDO pour qui l'Allemagne refuse tout simplement à l'Espagne le droit de juger Puigdemont. Et l'éditorialiste de préciser, entendons-nous bien, la question ici n'est pas de défendre mordicus la prison au nom d'une soit disant vengeance, mais bien de savoir si nous croyons ou non que l'Union européenne existe. Un pays comme l'Allemagne, qui interdit expressément le sécessionnisme comme option politique et qui s'est, lui-même, récemment prononcé contre la volonté de la Bavière d'organiser un référendum d'autodétermination, ne semble pas considérer que le même problème affecte aujourd'hui l'Espagne. Or si c'est ça la confiance que nous, Européens, devons avoir dans la solidarité continentale pour repousser les coups d'État internes, alors cela signifie que l'Union Européenne est un projet raté. Et le journaliste de préciser : à travers sa décision, Berlin vient de nier la nature même du mandat d'arrêt européen, qui consiste en la reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires et l'hypothèse que tous les pays de l'Union disposent de systèmes juridiques équitables. En clair, l'Allemagne considère aujourd'hui que la justice espagnole n'est pas de rang européen. Ce faisant, conclue l'éditorialiste, les dégâts seront profonds non seulement pour l'Espagne mais aussi pour les institutions communautaires elles-mêmes, harcelées par une vague eurosceptique qui sera désormais plus difficile à contenir. 

A l'inverse, mais sans pour autant fanfaronner, la presse catalane se réjouit, elle, de ce tour inattendu, ainsi que l'écrit ce matin LA VANGUARDIA. Parfois, certaines décisions de justice peuvent sembler kafkaïennes, dit-il, toujours est-il que la décision du tribunal allemand est à n'en pas douter un coup dur pour les autorités judiciaires espagnoles. Quant au PERIODICO DE CATALUNYA, il juge que si sur la scène politique, cette décision apparaît comme une bouée de sauvetage pour les indépendantistes, une manière de re-légitimer leur combat contre un Etat censé les opprimer, en revanche, elle ne peut pas continuer à fixer l'agenda politique catalan. Ou dit autrement, la société catalane mérite des institutions capables de surmonter la situation procédurale que traversent certains leaders indépendantistes, pour parier sur une présidence efficace qui nous permettra, enfin, de redémarrer politiquement.

Direction la Hongrie, à présent. Dernière ligne droite avant les législatives de ce weekend. Avec de plus de 50% des intentions de vote dans les sondages, la victoire du parti de Viktor Orbán semble assurée. Pour autant, le quotidien tchèque HOSPODARSKE NOVINY juge qu'il y a encore des raisons d'espérer. Il ne croit pas que les ultraconservateurs au pouvoir l'emporteront haut la main. Selon lui, tout populisme, y compris celui qui se fait sur le dos des réfugiés, finit par s'essouffler, surtout s'il n'y a plus de migrants au pied de la clôture qu'a fait élever le Premier ministre. Bien entendu, Orbán a aussi d'autres arguments à faire valoir : au cours de ces huit années de mandat, les dettes publiques ont été réduites et les salaires ont augmenté. Sauf que ce que le Premier ministre s'abstient de préciser, c'est que la croissance est surtout liée aux subventions de l'Union européenne. Quoi qu’il en soit et même si Orbán essuie des pertes aux élections de dimanche, l'influence des ultraconservateurs restera probablement intacte, redoute pour sa part DER STANDARD. Et pour une simple et bonne raison : ces dernières années, ils ont trusté la plupart des postes clés. 

Enfin à moins de 10 jours d'élections locales en Suisse, voilà qu'une bien étrange polémique s'invite dans le canton de Genève. Le parti du président de la République française, Emmanuel Macron, a sommé un élu d’abandonner fissa le nom de sa nouvelle formation politique : «Genève en marche». Les avocats genevois du parti macronien mettent en avant le risque de confusion entre les deux formations. D'où cette question : sous l’angle du droit, l’expression «en marche» est-elle protégée ?, interroge LE TEMPS. Pour maître Bonnant, mandaté par Eric Stauffer pour répondre aux attaques du parti du président de la République française, tout ce qui désigne le mouvement ne peut pas faire l’objet d’une protection de marque. En clair, «un parti n’a pas la mainmise sur des expressions de la langue française». Sans compter que la clientèle des deux partis n’est pas la même. Par définition, La République en marche ne peut viser que l’électorat français, alors que la formation de son client établit un programme politique destiné aux citoyens genevois. Et d’ailleurs, le logo où figurent l’aigle et la clé du drapeau cantonal ne permet, a priori, aucun doute. Toujours est-il que le délai fixé pour changer de nom tombe cinq jours avant l’échéance du 15 avril, date du premier tour des élections cantonales. Toujours dans les colonnes du journal, maître Bonnant s’étonne ainsi de «cette intrusion de la politique française». Selon lui, il s’agit d’ «une tentative évidente d’interférer dans les élections genevoises». «Ils veulent porter atteinte à l’image et à la crédibilité d’un parti politique et influencer le sort des élections à venir», dit-il, avant d'ajouter : «Qu’est-ce que c’est que cette manière de caracoler sur notre territoire ? Il y a longtemps que nous ne sommes plus une province française.»

Par Thomas CLUZEL

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