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Des policiers anti-émeute lors d'une manifestation anti-G7 à Québec, à la veille du sommet des chefs d'État.

La menace fantôme

5 min
À retrouver dans l'émission

Les dirigeants du G7 se préparent à un sommet plus tendu que jamais en 42 ans d'existence, alors que les politiques non coopératives du président américain Donald Trump menacent de causer une guerre commerciale mondiale et de profondes divisions diplomatiques.

Des policiers anti-émeute lors d'une manifestation anti-G7 à Québec, à la veille du sommet des chefs d'État.
Des policiers anti-émeute lors d'une manifestation anti-G7 à Québec, à la veille du sommet des chefs d'État. Crédits : MARTIN OUELLET-DIOTTE / AFP - AFP

Le dessin paru dans le quotidien d’Amsterdam TROUW résume, à lui seul, tous les commentaires de la presse, ce matin, sur le sommet du G7 qui doit débuter, aujourd’hui, au Québec et dont chacun entrevoit, déjà, l'issue fatale avant même qu’il n’ait commencé. Sur ce dessin, donc, on peut voir une grande table ronde avec, bien disposées tout autour, les traditionnelles petites étiquettes indiquant le nom de chacun des 7 pays et leurs représentants. Angela Merkel y porte son éternel tailleur rouge ; Emmanuel Macron y est, lui, assez peu ressemblant ; mais surtout Donald Trump est carrément méconnaissable, si ce n’est cette petite mèche blonde rebelle qui s’échappe de son casque de … Darth Vador. Trump au G7 ou la menace fantôme. 

Même le lieu choisi pour ce sommet, note THE GUARDIAN, est à lui seul une métaphore du terrain miné qui attend les participants : un centre de golf situé près d'un lac, dont le bassin est constitué d'un cratère formé par une collision de météorites il y a plusieurs millions d'années. Mais plus encore, la beauté même lointaine de ce paysage, écrit toujours le quotidien britannique, ne saurait masquée l'atmosphère déjà tendue qui règne sur place. Dès hier soir, précise le site de CNN, aux critiques de moins en moins voilées de messieurs Trudeau et Macron, Trump a répliqué par une série de tweets lapidaires : «Levez vos taxes et vos barrières non-tarifaires ou nous ferons mieux que vous !», a-t-il martelé. Ambiance. 

Evidemment, la politique commerciale non coopérative, sinon agressive, des Etats-Unis sera au centre de tous les débats. Et le problème, remarque pour sa part DIE PRESSE ce matin, c'est que les partenaires canadiens, européens et japonais des Etats-Unis tirent beaucoup plus avantage de leurs relations commerciales avec l'Oncle Sam que l'inverse. Seuls le Canada et le Royaume-Uni peuvent faire état d'une balance commerciale raisonnablement équilibrée. En revanche, le Japon, l'Italie, la France et surtout l'Allemagne exportent beaucoup plus vers les États-Unis qu'ils n'importent. Et c'est bien là que se situe le problème. Donald Trump se contrefiche, en réalité, de ce que les six autres pays les plus riches de la planète se heurtent tous à sa politique commerciale. C'est également le sens de ce dessin à la Une du tout dernier numéro de l’hebdomadaire britannique THE ECONOMIST. On y voit le président Trump, Doc Martens aux pieds, en train de se balancer, le postérieur bien installé sur un énorme globe, en réalité, une représentation de la Terre. Ou quand le président américain s’assoit sur le monde et joue avec lui. 

Ce faisant, la question de savoir si le G7 accouchera d'une déclaration finale n'a pas beaucoup d'importance, reprend le quotidien de Vienne DIE PRESSE. Et d’ailleurs, une lettre collective du Groupe de réflexion sur le développement international et la coopération, publiée par LE DEVOIR de Montréal, tente d’expliquer pourquoi ce sommet du G7 est déjà un échec. Même son de cloche pour son confrère genevois LE COURRIER, pour qui ce sommet ne débouchera sur rien. Les désaccords sont trop profonds, dit-il. Ou dit autrement, le pugilat est garanti. 

En réalité, ce voyage au Canada est, surtout, un exercice obligatoire pour Donald Trump, lequel préfère se concentrer sur son sommet prévu mardi prochain avec son homologue nord-coréen Kim Jong-un. Le président américain sera, d'ailleurs, le premier dirigeant à quitter le G7 dès demain matin, direction Singapour, avant même la fin du sommet, laissant ainsi le soin à un assistant de participer aux sessions prévues sur l'environnement et le changement climatique.

Tensions, toujours et encore ce matin, s'agissant cette fois-ci du règlement de la question de la frontière irlandaise après le Brexit. Hier, alors que la rumeur d'une démission de l'eurosceptique ministre du Brexit, David Davis, courait avec insistance, le gouvernement britannique a publié une note technique, dite de «backstop», sorte de plan B censé rassurer justement les tenants d'un Brexit sans concession. Ce projet visant à éviter le rétablissement d'une frontière «dure» entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande consiste à maintenir l'ensemble du Royaume-Uni au sein de l'union douanière avec l'UE, après la période de transition post-Brexit censée s'achever en décembre 2020. 

Le sujet est à la Une, ce matin, de toute la presse britannique. Quand THE DAILY EXPRESS rapporte que Theresa May est de nouveau sur la bonne voie, après avoir trouvé un compromis sur la question, ses confrères THE DAILY MAIL et THE DAILY TELEGRAPH jugent, au contraire, que la guerre est désormais ouverte entre la Première ministre et son chef de la diplomatie Boris Johnson, lequel a formulé hier ses critiques les plus vives à l'encontre de Theresa May.

Enfin si en Espagne, certains commentateurs reconnaissent au tout nouveau gouvernement un beau potentiel, d'autres se montrent beaucoup plus circonspects. La photo officielle de la nouvelle équipe gouvernementale résolument féminine (11 maroquins sur 18 ont été attribués à des femmes) est à la Une, ce matin, d'EL PAIS. Quand EL PERIODICO DE CATALUNYA se réjouit de ce changement politique, tant sur le fond que sur la forme, dit-il, son confrère conservateur ABC estime, lui, que si les portefeuilles ont certes changé de main, les problèmes, eux, restent identiques. 

Mais plus encore, remarque EL PAIS, le gouvernement de Pedro Sánchez est aussi le plus minoritaire depuis le rétablissement de la démocratie et semble d’ores et déjà en sursis. Alors que la législature court jusqu’à 2020, se pose, en effet,  la question de la marge de manœuvre que voudront bien lui laisser les partis qui ont soutenu la motion de censure vendredi dernier. Ou quand le tout nouveau Premier Ministre espagnol, résume pour sa part THE ECONOMIST, tente de combiner le renouveau et la stabilité avec un mandat, pour le moins, fragile. Enfin la nomination de Màxim Huerta, comme ministre de la Culture et des Sports, fait déjà couler beaucoup d’encre. Et pour cause, cet écrivain et journaliste a toujours dit ce qu’il pensait, rappelle EL PAIS. En l'occurrence, qu’il «n’aimait pas le sport. Et la tyrannie des corps parfaits».

Par Thomas CLUZEL

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