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Défilé militaire à Pyongyang

En attendant la trêve

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Les JO-2018 de Pyeongchang s'ouvrent aujourd’hui. Assis à la même table, Corée du Nord et Corée du Sud s'apprêtent, donc, à savourer les «Jeux de la paix». Quant à l'avenir, il dira si la trêve olympique avait des fondations solides.

Défilé militaire à Pyongyang
Défilé militaire à Pyongyang Crédits : KCTV - AFP

Avec l'ouverture, ce matin, des JO d'hiver débute ce qu'on appelle, communément, «la trêve olympique». Cette période «sacrée» qui remonte à la Grèce antique fait même l'objet, aujourd'hui, d'une résolution des Nations unies à chaque olympiade. Et c'est aussi, rappelle THE NEW YORK TIMES, l'argument massue que la Corée du Sud avait avancé lorsqu'elle s'était portée candidate, il y a 7 ans, pour organiser la compétition, en proposant «Les Jeux de la Paix» : la fête devait célébrer la réconciliation de la péninsule coréenne. Et puis les plus cyniques rappellerons que c'était là, également, un point positif pour le si souvent contesté CIO qui, sans le clamer trop fort, rêve toujours de se voir attribuer, justement, le Prix Nobel de la paix. Enfin sur le plan diplomatique cette fois-ci, précise de son côté le magazine SLATE, Kim Jong-un en a, lui aussi, profité pour se donner une sorte de joli rôle inattendu, après avoir agi pendant des mois comme un dictateur illuminé, prêt à déclencher le feu nucléaire. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Tandis que la Corée du Nord et la Corée du Sud doivent défiler aujourd'hui main dans la main, hier c’est un tout autre type de parade qui s’est déroulé à Pyongyang : un défilé militaire, a priori, des plus classiques, du moins jusqu'au passage des … missiles. D'où cette photo volontairement provocatrice à la Une ce matin du quotidien britannique THE INDEPENDENT. Sous ce titre : «Les Jeux commencent», on y voit les fameux véhicules transportant des missiles avec cette légende : Pyongyang a monté, hier, son propre spectacle, destiné à étaler sa puissance militaire. Un moyen pour le dirigeant nord-coréen de galvaniser le sentiment patriotique, note pour sa part la chaîne américaine CNN. Mais aussi et surtout un coup bas qui vient, de facto, saper les efforts de pacification consentis par son voisin du Sud.

Et ce matin pas de trêve, non plus, en Syrie. Loin d'être épuisée, la guerre en Syrie s'intensifie, au contraire, sur plusieurs fronts, analyse même ce matin THE NEW YORK TIMES. Deux zones, essentiellement, subissent aujourd'hui les attaques incessantes des forces gouvernementales, soutenues par la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais. Tout d'abord, le bastion rebelle situé dans la banlieue ouvrière de Damas et connue sous le nom de Ghouta orientale, où plus de 220 civils ont péri ces quatre derniers jours. Et puis la province d'Idlib, essentiellement rurale, située à la frontière nord-ouest du pays. Et la correspondante du journal de rappeler que pendant des années, la Syrie n'a pas été seulement une vaste guerre régionale mais un enchevêtrement de conflits séparés. Or si une grande partie du monde a acclamé, l'an dernier, l'effondrement du califat, cette victoire a ouvert la voie à la résurgence des autres conflits sous-jacents de la guerre. Et en particulier toutes ces batailles qui existaient avant la montée de Daech, contre tous ces groupes rebelles qui cherchent à déstabiliser le président Bachar al-Assad. D’où la conclusion, sans appel, du quotidien américain: depuis la déroute de l'EI on croit de plus en plus, à tort, que la guerre syrienne touche à sa fin. Mais au lieu de cela, le carnage atteint un nouveau sommet. De son côté, la BBC rapporte que les États-Unis ont mené, mercredi, des frappes aériennes d’une ampleur sans précédent contre les forces pro-gouvernementales syriennes. Attaques qui auraient fait 100 morts parmi les soldats du régime de Bachar al-Assad. Et puis toujours s'agissant de la Syrie, deux djihadistes britanniques du groupe Etat islamique ont été capturés, en Syrie, par une force kurde alliée de Washington. C'est du moins ce qu'a rapporté, hier, un responsable militaire américain. De son côté le ministère britannique des Affaires étrangères a refusé de confirmer l'information. Toujours est-il que les deux hommes sont à la Une, ce matin, de la presse britannique, à l’instar du DAILY TELEGRAPH ou de son confrère I avec ce titre, d'ailleurs, étrange : «Les 2 derniers Beatles enfin capturés». En réalité, les prisonniers occidentaux avaient, en effet, donné ce surnom de «Beatles» à leurs geôliers en raison de leur accent britannique. Ces 2 djihadistes faisaient partie d'une «cellule d'exécution». Avec deux autres britanniques (dont l'un est mort et l'autre est aujourd'hui détenu en Turquie), ils auraient été responsables de la détention et de la décapitation d'environ une vingtaine d'otages. Enfin à noter dans les colonnes du TEMPS, ce matin, cette contribution d'un enseignant-chercheur à l'université de Harvard pour qui, l'Arabie Saoudite qui garde les lieux saints de l’islam peut théologiquement vaincre le groupe terroriste Daech. Beaucoup de gens pensent à tort, dit-il, que la source de l’EI est l’Arabie saoudite parce que les deux pratiquent une version de l’islam appelé «salafisme». Sauf que le salafisme pratiqué par Daech n’a aucune base théologique. Pourquoi ? Parce que ce groupe est la continuité d’une secte cruelle, connue sous le nom de «Kharijites», qui sont sortis de la communauté musulmane durant le règne du quatrième calife. Et ce faisant, l’adhésion à l’idéologie kharijite se double d’un acte de désobéissance qui anéantit, effectivement, leurs prétentions au salafisme. Et puis le deuxième contentieux entre l’Arabie saoudite et l’organisation Etat islamique est leur opposition totale concernant le califat, un empire islamique dirigé par un leader suprême. Sachant que l’Arabie saoudite est l’épicentre de l’islam, la route de Daech doit, donc, impérativement passer par le royaume et son peuple. Voilà pourquoi, toujours selon ce chercheur, seule une coalition menée par l’Arabie saoudite peut véritablement vaincre Daech, en le délégitimant aux yeux du plus grand nombre de musulmans. En 2011, lorsque l’EI est apparu pour la première fois en Syrie, le roi saoudien Abdallah avait bien essayé de galvaniser le monde pour aider l’opposition syrienne modérée. Sauf qu'à l'époque, le monde a fait la sourde oreille. 

Enfin toujours pas de trêve aux Etats-Unis.Pour la deuxième fois en trois semaines, rappelle le quotidien USA TODAY, le gouvernement fédéral se retrouve, ce matin, en situation de «shutdown». Les parlementaires avaient jusqu'à hier soir minuit pour adopter l'accord pourtant trouvé quelques jours plus tôt par les chefs de file républicains et démocrates. C'est finalement l'obstruction du sénateur … républicain Rand Paul, hostile à un accroissement des déficits publics, qui a retardé les travaux au Sénat, lequel a fini par ajourner sa séance avant l'échéance. D'où ce commentaire, ce matin, à lire sur le site de POLITICO : le shutdown le plus stupide de tous les temps ! En cela, le journal ne fait que reprendre les déclarations d'un sénateur républicain lequel a lancé, hier soir : «C'est la chose la plus stupide qui soit arrivée au Congrès en trois semaines. Encore plus stupide que le nom du nouveau bébé Kardashian (Stormi), plus bête qu'une porte moustiquaire sur un sous-marin et encore plus stupide que le gamin qui n'a pas reconnu Justin Timberlake au Super Bowl».

Par Thomas CLUZEL

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