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Un mur peint à Londres représente le président américain Donald Trump, le leader nord-coréen Kim Jong-un et le président russe Vladimir Poutine.

Qu'y a-t-il de plus stupéfiant ?

5 min
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Le président américain Donald Trump a accepté de participer à un sommet historique avec le leader nord-coréen Kim Jong-un. Un rebondissement spectaculaire dans un des conflits les plus épineux du globe.

Un mur peint à Londres représente le président américain Donald Trump, le leader nord-coréen Kim Jong-un et le président russe Vladimir Poutine.
Un mur peint à Londres représente le président américain Donald Trump, le leader nord-coréen Kim Jong-un et le président russe Vladimir Poutine. Crédits : DENIS PREZAT / CROWDSPARK

Pour le chroniqueur du NEW YORK TIMES, pas de doute, l'annonce que Donald Trump aurait accepté de rencontrer Kim Jong-un avant l'été constitue la nouvelle la plus inattendue et la plus spectaculaire. «C'est stupéfiant. Je n'arrive même pas à croire ce que je suis en train d'écrire». Qui aurait pu, en effet, imaginer un tel rebondissement de la part d'un président qui, non content d'avoir appelé à la «destruction totale de la Corée du Nord», s'était encore vanté, quelques semaines plus tard, d'avoir «un plus gros bouton» (nucléaire) que son rival. Et désormais toute la question est donc de savoir si une telle annonce constitue, ou non, une bonne nouvelle. Sur ce point et même si le journaliste rappelle avoir plaidé pendant des années pour l'ouverture de pourparlers directs entre les États-Unis et la Corée du Nord, une telle rencontre constituerait, selon lui, non seulement un pari dangereux mais aussi une mauvaise idée. Pourquoi ? Tout d'abord, en raison de la personnalité des deux protagonistes, des «showmen», dit-il, dont le talent pour le drame et l'inattendu n'est plus à démontrer. Evidemment, cela promet un sommet palpitant, mais cela pourrait tout aussi bien favoriser le pire si les choses venaient à mal tourner. Ensuite, si l'on considère que cette annonce spectaculaire revêt un avantage certain pour Donald Trump, en diversifiant (pour un temps du moins) les manchettes des journaux (guerre commercial, enquête russe, actrice porno), notre président acceptera-t-il n'importe quel plan farfelu, juste pour la gloire d'être le premier à sceller un accord ? On ne compte plus les exemples où Trump, après s'être prononcé un peu trop vite, a dû faire appel à ses conseillers pour nous expliquer qu'il ne pensait pas ce qu'il disait. Or s'agissant de la Corée du Nord, difficile de s'engager comme un idiot ou, pour le dire plus délicatement, par inadvertance. Enfin, nous ne savons toujours pas ce que Kim Jong-un attend de nous. Et un sommet raté pourrait déclencher de nouvelles escalades de part et d'autre, ce qui qui pourrait nous conduire à une situation plus exécrable encore que celle dans laquelle nous sommes actuellement plongés.

Faut-il seulement s'en étonner, hier, la Birmanie a rejeté les accusations de «nettoyage ethnique» formulées par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU. Alors que plus de 700.000  musulmans Rohingyas ont été poussé à l'exode depuis la fin août, le Conseiller birman à la sécurité nationale a déclaré : «Lorsqu'il y aura des preuves claires [de nettoyage ethnique ou même de génocide] nous veillerons à ce que des mesures soient prises contre ceux qui ont commis des crimes ou ceux qui ont commis des abus. Je peux vous assurer que le gouvernement ne laissera pas cela se produire». Comment dire que ça n'est pas véritablement ce que laisse entendre cet article du magazine TIME, dans lequel on apprend que plus de 43 000 parents Rohingyas sont aujourd'hui portés disparus. 43 000 parents dont les experts, en réalité, craignent qu'ils ne soient morts. Des chiffres qui contredisent, donc, le nombre officiel de Rohingyas tués, calculé par le gouvernement et fixé aujourd'hui à 400. Et puis cette crise, on le sait, vient de ce qu'une majorité des Birmans considèrent aujourd'hui les Rohingyas comme des étrangers et les voient comme une menace à la prédominance bouddhiste du pays. Ce qui laisse place, ce matin, à une autre forme de stupéfaction : comment des bouddhistes et pis encore, des moines bouddhistes, supposément pacifistes, peuvent-ils se rendre coupables de telles exactions ?, s'interroge le magazine SLATE. Tandis que toutes les religions sont régulièrement et tour à tour accusées des maux de la violence, le bouddhisme, généralement auréolé d'une présomption d'innocence tenace, semble (ou du moins semblait) jusqu'à présent échapper à cela et baigne, au contraire, dans une immunité idéologique qui le préserve de tout soupçon. En réalité, si la violence actuelle déployée contre les Rohingyas n'est pas uniquement religieuse, elle demeure liée à des campagnes idéologiques visant à faire revivre la tradition bouddhiste de Birmanie, entendue par certains comme le marqueur de la vraie identité birmane et à la protéger contre la menace que représenterait l'islam. Il y aurait là, en somme, une dissociation entre une doctrine donnée (une conception angélique du bouddhisme comme état d'esprit) et son exploitation politique. Mais pis encore, selon des chercheurs interrogés par THE NEW YORK TIMES,  «notre propre perception du bouddhisme comme pacifique et tolérant peut, elle-même, contribuer à un discours global qui, en Birmanie, a fini par représenter les musulmans comme des sous-citoyens (en réalité, des sous-hommes) comme dans bien d'autres endroits de la planète».

Autre forme de stupéfaction. Depuis une semaine, pas une seule journée de ne se passe sans que la presse britannique ne fasse état des dernières révélations au sujet de l'empoisonnement de l'ex agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, toujours dans un état critique.Et ce matin THE TIMES, en particulier, raconte comment un éminent présentateur de la télévision d'Etat russe est allé jusqu'à prédire la mort ou la maladie pour tous ceux qui ont trahi la Russie. Évoquant «des quantités industrielles» de morts, il a averti les «traîtres» de ne pas s'installer en Grande-Bretagne, au risque d'y être tués.

Enfin quand stupéfaction rime, ce matin, avec désolation. Hier, un commandant des forces alliées au régime du président Bachar el-Assad a déclaré que l'armée avait «coupé en deux l'enclave rebelle de la Ghouta orientale», où près de 400.000 civils vivent dans des conditions que les organisations d'aide humanitaire jugent dramatiques. Et ce alors que la communauté internationale semble, chaque jour un peu plus, impuissante. A ce titre, THE NEW YORKER raconte ce matin comment un photographe syrien s'est risqué cette semaine à sortir dans la rue, au péril de sa vie, pour trouver un accès à Internet et savoir si le Conseil de sécurité des Nations Unies avait enfin négocié un cessez-le-feu. Des avions ont commencé à voler au-dessus de sa tête, larguant des bombes à quatre reprises, dont l'une est tombée à deux cents mètres seulement de là où il se trouvait. Et puis toujours dans ce même article, Rehan, jointe par téléphone, raconte pour sa part qu'elle n'a pas mangé depuis seize heures. «Aujourd'hui, la vie s'est arrêtée. Personne n'ose plus s'aventurer dans la rue pour trouver à manger, c'est devenue une mission suicide», dit-elle, avant d'ajouter : ici, désormais, «il pleut des bombes».

Par Thomas CLUZEL

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