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"La Grammaire ou l'Etude", peinture de l'école de Paul Serusier

La grammaire qui se cache derrière les mots

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Au Royaume-Uni, un plan controversé de 50 millions de livres sterling en faveur des «grammar schools» relance le débat sur l'élitisme dans l'enseignement.

"La Grammaire ou l'Etude", peinture de l'école de Paul Serusier
"La Grammaire ou l'Etude", peinture de l'école de Paul Serusier Crédits : LEEMAGE - AFP

50 millions, voilà ce  qui agite ce matin l'essentiel de la presse britannique. 50 millions de livres sterling c'est, en effet, le montant que le gouvernement conservateur de Theresa May entend injecter pour la création de nouvelles places pour les élèves dans les fameuses «grammar schools», ces établissements secondaires  typiquement britanniques, réservés aux meilleurs écoliers. Parce que leurs détracteurs les accusent d'être trop élitistes et de renforcer les inégalités, ces écoles avaient été progressivement fermées. De sorte qu'il n'en reste désormais qu'une centaine à travers tout le pays. Et c'est ainsi que l'annonce de ce plan controversé, écrit ce matin THE I, est venu ressusciter de façon spectaculaire la politique de Theresa May visant à favoriser l'éducation sélective, une politique que l'on croyait pourtant définitivement morte et enterrée. Il y a quelques semaines seulement, d'ailleurs, un rapport universitaire accablant dénonçait le succès apparent de ces écoles, dû simplement à des élèves plus brillants et surtout plus favorisés. Ou dit autrement, s'insurge THE DAILY MIRROR qui parle ce matin de véritable scandale, ces écoles ont pour seul effet de sélectionner les enfants les plus brillants d'une région, en s'assurant que toutes les autres écoles avoisinantes récupéreront, elles, les élèves non seulement les plus pauvres mais aussi les moins doués. De son côté, le gouvernement assure que les établissements qui recevront de l'argent devront être en mesure de prouver qu'ils prennent des mesures pour augmenter le nombre d'admissions d'élèves issus de milieux défavorisés, précise THE DAILY MAIL. Pour autant, la nouvelle a été accueillie avec un tollé, en particulier de la part des enseignants du secteur public aux prises avec de très sérieuses réductions budgétaires.

Et puis ce chiffre en fait résonner un autre : cette semaine, THE INDEPENDENT nous apprenait, lui, que plus de 3 millions d’enfants vivront sous le seuil de pauvreté en 2018-2019 au Royaume-Uni, soit 1 million de plus qu’en 2010. Une hausse de pratiquement 50% en 8 ans. Ces chiffres calculés par l’institut de recherche Landman Economics, concernent uniquement les enfants vivant au sein d’un domicile familial, avec des parents actifs. Toujours selon le journal de Londres, cité par le magazine Slate, les coupes budgétaires imposées par le gouvernement depuis plusieurs années en matière d’aides sociales, auxquelles s’ajoute le gel des salaires du secteur public, seraient directement responsables de la paupérisation de plus de 600 000 enfants. L’étude pointe également du doigt la baisse du pouvoir d’achat et la multiplication des emplois précaires. 

Un autre chiffre, tout aussi dramatique ce matin : quatre millions. C’est le nombre d’Américains supplémentaire sans assurance santé depuis que Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche. Un retournement de situation spectaculaire, puisque sous la présidence de Barack Obama, le nombre de non-assurés était au contraire passé de 44 millions à 28 millions, entre 2013 et fin 2016, suite à l'entrée en vigueur de la Loi dite «Obamacare». Pour THE WASHINGTON POST, cité par le Courrier International, ce changement de tendance est en bonne partie le fait des efforts de l'actuel gouvernement pour saboter cette loi. Et cela ne devrait pas s'arranger puisque des signes pointent en direction d’une érosion supplémentaire de la couverture en 2019.

Mais Donald Trump n'en a cure, lui qui au contraire exulte, écrit ce matin THE NEW YORK TIMES, après avoir accueilli cette nuit les trois Américains libérés par Pyongyang. Baignant dans la lueur des projecteurs et des caméras de télévision, ce fut pour lui un moment de jubilation absolu, commente le journal, lequel rappelle à toutes fins utiles que si Donald Trump ne s'est pas gêné pour critiquer son prédécesseur pour n'avoir pas réussi à obtenir la libération des trois hommes, deux d'entre eux, en réalité, avaient été faits prisonniers après l'entrée en fonction de Trump. 

Quoi qu'il en soit, hier soir, l'image était évidemment forte et chargée en symboles, à l'approche de la rencontre historique du président américain avec son homologue nord-coréen, dont la date et le lieu ont, enfin, été révélés hier : ce sera le 12 juin à Singapour. Et puis toujours concernant la Corée du Nord, selon THE WALL STREET JOURNAL, une nouvelle étude réalisée par une équipe de scientifiques internationaux révèle que les dommages causés en septembre dernier sur le site d'essais nucléaires de Punggye-ri, après le dernier test de Pyongyang, seraient beaucoup plus importants que ce que l'on pouvait imaginer. Ce qui pourrait expliquer, en partie, la promesse pour le moins surprenante de Kim Jong-un, le mois dernier, de démanteler le site.

Enfin s'agissant, cette fois-ci, de la décision très contestée de Donald Trump de jeter aux orties la participation de son pays à l’accord sur le nucléaire iranien, elle continue évidemment d'alimenter, encore ce matin, nombre de commentaires. Même si dans un premier temps la presse était restée prudente, en prenant soin d’écarter tout scénario apocalyptique, chacun doit à présent se rendre à l'évidence : la situation s’est littéralement embrasée, après que des roquettes attribuées à l’Iran ont été tirées pour la première fois vers Israël, laquelle a immédiatement répondu en lançant une série d’attaques sans précédent, en détruisant plusieurs installations militaires iraniennes en Syrie. Sauf qu'à en croire le journal LE TEMPS, avant d'être visée par des roquettes que les Israéliens ont tôt fait d’imputer aux Gardiens de la révolution iranienne, l'Etat hébreu avait déjà décidé d’envoyer plusieurs bombes dans la partie du Golan non occupée, ainsi que dans une zone industrielle à la périphérie de Damas et qui auraient tué 8 Iraniens. C'est donc cette première montée de tension, passée sous silence par les autorités israéliennes, qui aurait conduit ensuite au tir d’une bonne vingtaine de roquettes qui ont toutes manqué leur cible ou ont été interceptées. Et si le déroulé exact de ces événements a de l’importance, insiste toujours le journal, c’est qu’il semble traduire, en réalité, une opération israélienne largement préparée d’avance, sinon coordonnée avec l’administration de Donald Trump.

Par Thomas CLUZEL

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