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Le patriarche Filaret, chef de l'Eglise orthodoxe ukrainienne

Le conflit russo-ukrainien précipite un schisme au sein de l'Eglise Orthodoxe

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Le Patriarcat de Constantinople jeudi a accordé l'indépendance à l'Eglise orthodoxe ukrainienne vis-à-vis du Patriarcat de Moscou qui ne décolère pas. Ce schisme entraînera-t-il une guerre des clochers en Ukraine? Au Brésil, Jaïr Bolsonaro refuse de débattre avec Fernando Haddad à la télévision.

Le patriarche Filaret, chef de l'Eglise orthodoxe ukrainienne
Le patriarche Filaret, chef de l'Eglise orthodoxe ukrainienne Crédits : GENYA SAVILOV - AFP

Un mot à la Une des médias russes et ukrainiens ce vendredi : "le schisme".

Moment historique que celui qui s'est dessiné hier entre les deux branches de l'église Orthodoxe: le site d'info russe Meduza nous en livre la nature : hier à Istanbul le Saint Synode du patriarcat de Constantinople a annulé un décrêt datant de 1686 qui mettait l"église ukrainienne sous l'autorité spirituelle de l'autre grande branche de l'orthodoxie mondiale, le patriarcat de Moscou. En termes spécialisés on dit donc que Constantinople a accordé "l'autocéphalie", l'indépendance en clair, aux fidèles ukrainiens, qui vont à présent pouvoir unir leurs églises sous leur propre contrôle. 

Vous l'aurez compris, tout ça est à analyser en lien avec la crise entre les deux grands voisins slaves, la guerre même qu'ils se livrent à l'Est de l'UKraine. Ce conflit va-t'il pour autant virer à la "guerre religieuse" à présent, se demande à Moscou la Komsomolskaya Pravda? Le journal, qui décrit l'église ukrainienne comme dirigée par des nationalistes et d'anciens collaborateurs avec les Nazis, nous explique que Constantinople n'avait pas le droit de se mêler de cette affaire russo-ukrainienne, et qu'en rétorsion Moscou va devoir sévir, acter la division irréconciliable entre les deux pôles de l'orthodoxie : le mot est lâché, nous sommes bien au premier jour d'un "grand schisme". 

Mais la question, prise de manière beaucoup plus terre-à-terre, c'est celle du devenir des églises, des paroisses ukrainiennes. Pour le moment, c'est le patriarcat de Moscou qui en possède la majorité, mais les médias russes brandissent déjà le risque d'expropriation de leurs églises par les autorités ukrainiennes.  Cette menace, on la retrouve notamment dans un reportage de la chaîne Rossya24.

Le Monastère de la Laure d Kiev, convoité par les églises orthodoxes rivales de Kiev et Moscou
Le Monastère de la Laure d Kiev, convoité par les églises orthodoxes rivales de Kiev et Moscou Crédits : sputnik - AFP

Le journaliste y évoque une liste de lieux saints russes en Ukraine, au nombre de 24 à travers le pays, que les ukrainiens prévoieraient déjà de saisir,  parmi lesquels le monastère de la Laure de Kiev, le plus beau, le plus ancien, celui qui a une telle place dans le récit national russe (sans parler des enjeux touristiques et économiques) que Moscou n'imagine pas une seconde s'en séparer. 

Plus précise encore, cette date du 14 octobre, date à laquelle les autorités de Kiev auraient prévu de procéder aux expropriations. On la retrouve dans cet article de l'Agence officielle TASS qui nous explique que ce jour-là, des foules "nationalistes radicales" auraient prévu de venir exproprier les moscovites de leurs lieux de cultes. Les responsables de la Laure de Kiev en particulier appellent donc leurs fidèles à venir leur faire face pour défendre leur bien éternel. 

Voilà donc qui laisse bien présager d'une guerre des clochers comme nouvelle déclinaison du conflit en Ukraine, à en croire les médias russes. 

A Kiev, la radio internationale en langue ukrainienne financée par les américains, Radio Svoboda, cite le Président Petro Prorshenko, ardent partisan de l'indépendance religieuse de son pays vis-à-vis de Moscou : il déclarait hier que "ceux qui appellent à attaquer la Laure pour en chasser les moscovites sont en fait des agents russes" qui veulent attiser les tensions, faire dégénérer la situation.  "C'est la volonté du Kremlin de provoquer une guerre religieuse en Ukraine", affirme Petro Poroshenko qui s'engage à garantir aux paroissiens ukrainiens "le libre-choix" sur leur Eglise de rattachement.

Au Brésil, dans l'entre-deux tours de l'élection présidentielle, Jaïr Bolsonaro reconnaît qu'il ne veut pas débattre avec Fernando Haddad à la télévision.

Jusque-là, nous explique la Folha de Sao Paulo, le candidat d'extrême-droite arrivé largement en avance au premier tour, invoquait des raisons médicales pour fuir les débats télévisés, lui qui a reçu un coup de couteau dans le ventre en plein meeting il y a un mois. Mais à un peu plus de deux semaines du second tour qui va l'opposer au candidat du Parti des Travailleurs Fernando Haddad, il doit bien le reconnaître : s'il joue la politique de la chaise vide, ce n'est plus sur avis médical (il vient d'ailleurs d'ailleurs mené son premier meeting d'entre-deux tours) mais dans le cadre d'une "stratégie de communication" bien réfléchie. 

Bolsonaro préfère distiller sa bonne parole populiste et ses fake-news à la chaîne, sur les réseaux sociaux dont il contrôle la diffusion et où il ne risque pas d'être contredit. D'ailleurs pas plus tard qu'hier il s'est offert une tribune libre d'une heure... depuis chez lui, sur sa chaîne Youtube.

C'est rudimentaire mais efficace, et au fond, "il n'a pas forcément tort", nous dit Bernardo Mello Franco dans les pages Opinion d'O Globo :  "Bolsonaro mène à la mi-temps, il dégage en touche, d'un point de vue footballistique c'est le choix le plus prudent". Si l'élection avait lieu aujourd'hui, selon les derniers sondages "il gagnerait par 58% des voix contre 42" ; d'un point de vue purement cynique, c'est suffisamment large comme écart pour ne pas tout risquer dans un débat télévisé. 

D'autant que la montre joue en sa faveur, puisque nous dit l'éditorialiste d'O Globo, Fernando Haddad dans le même temps n'arrive pas à fédérer l'Union démocratique des petits partis qui seuls pourraient lui assurer la victoire au second tour. A ce propos, Bernardo Mello Franco cite le livre Comment meurent les démocraties, publié en janvier par deux politologues d'Harvard : selon eux "quand des leaders autoritaires menaces d'arriver au pouvoir par les urnes, alors les défenseurs de la démocratie menacées n'ont d'autres choix que de s'allier, même contre leur nature politique, pour faire front commun". Un message fort, adressé aux responsables politiques brésiliens, qui sonne aujourd'hui clairement comme  un vœu pieux.

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