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Le président américain Donald Trump

Cherchez l'erreur

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Donald Trump n'a pas encore tranché sur de possibles frappes aériennes après l'attaque chimique présumée en Syrie. La Russie, l'un des plus fidèles soutiens du régime de Bachar al-Assad, a assuré ne pas vouloir d'«escalade».

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : NICHOLAS KAMM - AFP

«Regain de tension», «escalade», mais aussi «Guerre froide II» et parfois même «3ème Guerre mondiale». Depuis quelques temps, les expressions ne manquent pas pour décrire une situation internationale explosive. Et de fait, les horreurs de la guerre syrienne ont tout pour dégénérer en une crise planétaire, ainsi que l'écrit encore THE GUARDIAN. A bien des égards, nous serions en train de revivre (autre expression) «les heures les plus sombres de notre histoire». Mais jusqu'à quel point devons-nous nous inquiéter ? Pour le savoir, le magazine en ligne américain SLATE s'est posée, tout simplement, la question : comment détecter qu'une guerre va bientôt être déclaré ? Et en l'occurrence, comment savoir si Trump envisage sérieusement de déclencher une guerre ? 

Voici donc les principaux arguments que le magazine a repérés, lorsque les faucons cherchent à justifier une guerre. Tout d'abord, la menace est généralement sérieuse et, pis encore, elle s’intensifie. La logique de base est celle-ci : le conflit étant inévitable, il vaut mieux se battre maintenant que plus tard. Dès-lors, soyez à l’affût de termes comme «ligne rouge», «point de non-retour» ou bien «le compte à rebours a commencé». Ensuite, pour convaincre l’opinion publique de la nécessité de lancer le «dé de fer» de la guerre, celle-ci est souvent vendue comme facile et peu coûteuse. Quels sont les indices à guetter dans ce cas ? Plus il est question «de frappes punitives» ou de conduire des «attaques chirurgicales», plus il est légitime de se faire du souci. Enfin, ultime argument : l’ennemi est diabolique. Ou fou. Voire les deux. Un conflit présenté comme un simple choc d’intérêts contraires ne suffit pas, car si c’était le cas le problème pourrait se résoudre grâce à la diplomatie. Donc, les faucons se donnent beaucoup de mal pour dépeindre les adversaires comme des incarnations du mal et convaincre l’opinion publique que l’ennemi est moralement répugnant. Bref, si vous entendez certains de ces arguments, méfiance. 

Sauf que ce qui peut compliquer la tâche, c’est qu’une nation qui ne veut pas faire la guerre peut, aussi, se conduire comme si elle avait l'intention de la faire, dans l’espoir de convaincre son adversaire de faire des concessions. Cette tactique a d'ailleurs plutôt bien fonctionné, a priori, s'agissant de la Corée du Nord. Reste qu'elle comporte un risque : le fait de se mettre à croire à sa propre propagande et ainsi se convaincre, soi-même, d’entrer petit à petit dans la guerre.

Quoi qu'il en soit, pour l'instant, aucun missile n'a encore été tiré. Même si on pouvait craindre que l’heure de l’apocalypse ait sonné, écrit la NEZAVISSIMAÏA GAZETA, Washington ne s’est pas décidé à déclencher la Troisième Guerre mondiale. Le ton a d'ailleurs visiblement changé. Hier, l'ambassadeur russe auprès de l'ONU a estimé que «la priorité est d’éviter le danger d’une guerre [entre la Russie et les Etats-Unis]». Le Kremlin a lui-même fait savoir que les règles de «déconfliction» continuaient de s’appliquer avec les Etats-Unis. En clair, en cas de frappes, Moscou devrait agir comme il y a un an. A l'époque, lorsque les Etats-Unis avaient envoyé une soixantaine de missiles en représailles à une autre attaque chimique de l’armée de Bachar el-Assad, la Russie n'avait pas bronché. Des fuites apparues, fort opportunément, dans le journal KOMMERSANT, vont même plus loin en donnant carrément les dates des «fenêtres de tir» possibles pour laisser passer, sans encombre, une possible opération américaine : entre le 17 et le 19 avril.

Quant au secrétaire américain à la Défense, il a lui aussi appelé hier à la prudence, note THE NEW YORK TIMES. Ou plus exactement, le Pentagone attend d'obtenir davantage de preuves quant au rôle du président Bachar al-Assad dans l'attaque chimique présumée perpétrée samedi dernier. Et ce afin de convaincre, in fine, le monde entier qu'une action militaire est nécessaire. En clair, si aucune frappe n'a été menée pour le moment, cela ne signifie pas qu’il n’y en aura pas dans un proche avenir. Toujours dans les colonnes du journal de New York, deux responsables du Pentagone prédisent, d'ailleurs, qu'il sera difficile de les éviter étant donné que Donald Trump a, lui-même, promis des représailles. Or s'il décidait maintenant de ne rien faire, il serait aussitôt comparé à son prédécesseur, Barack Obama, ce qui pour lui constituerait la pire des insultes. Et d'ailleurs, citant une source anonyme, la chaîne américaine CNBC a rapporté hier que les États-Unis avaient, d'ores et déjà, sélectionné huit cibles possibles en Syrie, y compris deux aérodromes, une installation de recherche et une installation d'armes chimiques.

Et c'est ainsi que les titres les plus alarmistes se retrouvent encore, ce matin, en première page des journaux. Quand DER TAGESPIEGEL mais aussi THE AUSTRALIAN nous annonce à nouveau le grand retour de la Guerre froide, THE DAILY MAIL titre, lui : les missiles sont prêts à partir. De son côté THE TIMES croit savoir que des attaques dirigées par les États-Unis sont attendues dans les trois prochains jours, avant de préciser que la plus grande force américaine de frappe aérienne et navale se dirigeait, hier soir, vers la Syrie. 

D'où cet édito à lire, ce matin, dans les colonnes du TEMPS : Irak-Syrie, ou quand l’histoire bégaie. Tout comme la détention (hypothétique) d’armes de destruction massive par Saddam Hussein avait conduit le président américain George Bush à envahir l’Irak, le largage (présumé) de gaz létaux sur la Ghouta orientale permet aujourd'hui à Donald Trump d’annoncer des représailles musclées. De nouveau, une coalition «du Bien» se forme contre «l’axe du Mal», incarné ici par la Russie. 

Et la chroniqueuse de s'interroger : on peut s’étonner, dit-elle, que Donald Trump, dont l’imprévisibilité, la dangerosité et le ridicule sont unanimement et constamment dénoncés, retrouve tout son lustre dès lors qu’il propose de pilonner la Syrie, ou ce qu’il en reste. Et de la même manière on s'étonnera que Theresa May, dont la faiblesse stratégique et tactique est largement déplorée, n’hésite pas à entraîner la Grande-Bretagne, empêtrée dans son Brexit, pour jouer les va-t-en-guerre avec le grand frère américain ; ou bien encore que la France, autrefois mieux inspirée, se joigne au concert des bonnes intentions alors que ses trains sont en grève, ses universités mal en point et ses réformes mal acceptées. Tandis que tous ces chefs d’Etat sont souvent piètrement jugés quant à leurs prédispositions visionnaires ou leur efficacité à gouverner, ils sont, a contrario, considérés comme crédibles dans leurs décisions internationales, alors même que leurs interventions pourraient conduire à un conflit mondial ou, pour le moins, à un nouveau bain de sang au Moyen-Orient. Cherchez l’erreur !

Par Thomas CLUZEL

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