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Sur un écran de télévision, Nikolas Cruz, le tueur du lycée de Parkland en tenue orange de prisonnier

Coupable hypocrisie

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Après la tuerie au lycée Marjory Stoneman Douglas en Floride, la presse s’interroge : comment un jeune homme fasciné par les armes et perturbé mentalement a-t-il pu échapper à la vigilance de la police et commettre l'une des pires tueries dans un lycée américain ?

Sur un écran de télévision, Nikolas Cruz, le tueur du lycée de Parkland en tenue orange de prisonnier
Sur un écran de télévision, Nikolas Cruz, le tueur du lycée de Parkland en tenue orange de prisonnier Crédits : SUSAN STOCKER / POOL - AFP

Ce matin encore, l'histoire semble se répéter, toujours la même, où l'on découvre que les erreurs tragiques sont mortelles. Dans les colonnes du LOS ANGELES TIMES, Rachel, 16 ans, l'avoue : «Tout le monde l'appelait 'le tireur de l'école'». De son côté, Joshua, lui, l'assure : «Il semblait être le genre de gamin qui ferait quelque chose comme cela». Et de fait, Nikolas Cruz, 19 ans, asocial, amateur d’armes à feu, s'était révélé plusieurs fois menaçant envers ses camarades. Sur une plateforme YouTube, il avait même laissé ce commentaire en forme de menace : «Je vais devenir tireur professionnel dans les écoles.» Ce message n'aurait pas pu être plus clair. Et pourtant. Selon le site BUZZFEED, ce commentaire avait été signalé au FBI en septembre dernier mais l'affaire avait été classée sans suites. Une occasion manquée aux proportions aujourd'hui, évidemment, déchirantes, se désole à nouveau le journal de Californie. Deux jours, à peine, après le massacre de masse dans un lycée de Floride, le profil psychologique du tueur se précise, donc. Mais trop tard. Dans les colonnes du MIAMI HERALD, un professeur de mathématique assure que des courriels leurs avaient été envoyés pour les alerter sur le comportement de Cruz. Avec force détails, son confrère du LOS ANGELES TIMES compile, lui, ce matin les immanquables témoignages des voisins, qui interpellent autant qu'ils détonent dans le décor de cette rue, a priori, paisible de Parkland, au milieu de maisons luxueuses avec des pelouses luxuriantes et bien soignées, ombragées par les cocotiers et les palmiers. A deux portes de l'ancienne maison familiale de Cruz, un premier voisin se souvient que Nikolas avait mordu l'oreille de son fils. D'autres se rappellent l'avoir vu tuer des écureuils, tirer sur des poulets, avoir volé un chèque dans une boîte-aux-lettres et s'être battu avec plusieurs enfants du quartier. Il y a environ 5 ans, Rhonda, elle, se souvient avoir dû affronter le regard froid de Cruz, après que celui-ci avait frappé la porte arrière de sa voiture avec son sac-à-dos. «C'était comme parler à un mur de briques. Il te regardait fixement», dit-elle, avant d'ajouter : «il était un peu effrayant». Ce visage est, bien entendu, à la Une ce matin de très nombreux journaux. C'est le cas en particulier du TIMES. D'autres, à l'instar de son confrère THE INDEPENDENT, ont préféré afficher les portraits de ses victimes. Les victimes d’une nouvelle tragédie insensée, peut-on lire en manchette du quotidien de Londres. Enfin, à chaque nouveau drame dans les écoles américaines, répondent toujours les mêmes statistiques sur le nombre record de morts par balles aux Etats-Unis, ainsi que le sempiternel débat sur le contrôle des armes à feu, sans oublier l'inaction de ce Congrès toujours inféodé au puissant lobby de la NRA, lequel injecte des millions de dollars dans les campagnes de nombreux élus. Combien faudra-t-il encore de vies sacrifiées dans des cours d’écoles ?, s'interroge incrédule ce matin la correspondante du TEMPS. Combien faudra-t-il d’experts qui s’effondrent d’émotion en direct sur CNN, comme cet ancien agent de la CIA, pour que les choses bougent enfin ? Seule certitude, la fusillade qui a ensanglanté la Floride, mercredi, s’ajoute à une liste vertigineuse : Il s’agit de la 291ème fusillade dans un établissement scolaire américain depuis 2013. Telle est l’Amérique d’aujourd’hui : sanglante, constate à nouveau amer THE LOS ANGELES TIMES. Et d’en conclure : cette fusillade en Floride s’oubliera comme on a oublié toutes les autres, reléguées au fin fond de notre mémoire collective sans que rien n’ait été fait. 

Coupable hypocrisie, c'est également le sentiment qui ressort, ce matin, à la lecture des commentaires sur les prochaines élections en Italie. Des élections qui fascinent, en particulier, la presse allemande. Le 4 mars prochain les Italiens iront voter pour un nouveau parlement. Or même si l'économie de leur pays va mieux, note la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, une récente étude montre que, là-bas, 95% des gens ne font plus confiance aux partis politiques. Et la faute en reviendrait, notamment, aux affaires. Comme la dernière en date racontée, cette fois-ci, dans les colonnes de la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG : des députés du mouvement populiste 5 étoiles, qui partout vantent l'honnêteté, sont aujourd'hui accusés de corruption. Concrètement, ils avaient promis de redonner la moitié de leur indemnité à un fond pour aider les petites entreprises. Or la presse révèle que, chaque mois, ils sont une dizaine à virer cet argent pour avoir une preuve écrite, mais qu'ils annulent ensuite leur transaction sous les 24h, sans que personne ne se rende compte. Et le résultat, note à nouveau la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, c'est un paysage politique en ruine où, comme en France ou en Allemagne, les électeurs finissent par choisir la troisième voie, comprenez cette alliance à droite et surtout à l'extrême droite des partis "anti-tout".

Et puis toujours à lire dans la presse outre-Rhin, cette histoire invraisemblable révélée par le quotidien local FREIE PRESSE et relayée sur le site de la Deutsche Welle. On y apprend que le maire de la petite ville de Freiberg, dans la Saxe, a récemment adressé une lettre à la chancelière Angela Merkel pour lui demander de ne plus recevoir de réfugiés pendant quatre ans. Et le plus surprenant, c'est qu'il n'a eu aucun souci dans sa ville. Là-bas, les enfants étrangers ou allemands sont accueillis à la crèche, sans distinction de nationalité, même quand il manque des places. «Mais on est à la limite de ce qui est faisable», explique le maire dans sa missive. «Nous avons fait des comités d'accueil, offert des abris, des cours, mais ça a peut-être trop bien fonctionné», explique-t-il. «J'ai toujours été surpris que tout se passe bien». Et c'est ainsi, donc, qu'il réclame à présent de ne plus recevoir de réfugiés pour éviter, selon ses propres termes, que la situation ne «bascule».

Enfin, pour terminer : la culture du silence. Après les révélations concernant Oxfam, l’hebdomadaire THE SPECTATOR (classé à droite) pointe non seulement un sentiment d’impunité répandu mais il n'hésite pas, non plus, à faire à présent le procès de l'humanitaire, qu’une auréole de vertu protégeait jusque-là, dit-il, des regards investigateurs. Et le magazine britannique de s'interroger : l'aide humanitaire fait-elle plus de mal que de bien ? Bien sûr, la plupart d’entre nous sommes prêts à soutenir l’aide internationale lorsqu’une catastrophe se produit. Pour autant, les sommes faramineuses dédiées au développement des pays dits du Sud depuis 50 ans n’ont fait, selon lui, que maintenir leur économie sous perfusion. Et d'en conclure que l’aide ne fait pas grand-chose pour promouvoir la paix, la sécurité, les échanges commerciaux et la bonne gouvernance mais constituerait, au contraire, un obstacle à un gouvernement efficace.

Par Thomas CLUZEL

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