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Illustration d'un exercice de logique à travers la composition d'un puzzle

Qui pour résoudre l'énigme ?

5 min
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Les nourrissons sont-ils des «détectives», dès le berceau ? Une nouvelle étude révèle qu’avant même de savoir parler, les enfants de 12 à 19 mois semblent capables de raisonnement logique.

Illustration d'un exercice de logique à travers la composition d'un puzzle
Illustration d'un exercice de logique à travers la composition d'un puzzle Crédits : Azri Suratmin - Getty

Tout le monde peut aujourd'hui se vanter d'avoir été un enfant prodige. C'est du moins ce que suggère une étude publiée, ce matin, dans la revue SCIENCE. On y apprend qu'avant même de savoir parler, les nourrissons sont capable d'une forme de raisonnement logique appelée «syllogisme disjonctif». Et que l'on pourrait traduire ainsi : lorsque vous cherchez à déterminer qui de –A- ou de –B- est vrai, si on vous dit que –A- est faux, alors vous en déduisez que –B- doit être vrai. C'est à ce genre de déductions logiques que des scientifiques ont choisi de confronter des enfants âgés entre 12 et 19 mois. Et de quoi ce sont-ils aperçu ? Que lorsqu'ils leurs présentaient des scènes dans lesquelles –B- était faux (c'est-à-dire où le résultat n'était pas cohérent avec le raisonnement logique), les nourrissons marquaient la surprise. Comment ? Au moment de la déduction, les pupilles des nourrissons se dilatent et leurs yeux restent fixés plus longtemps lorsqu'on leur présente des scènes contenant un résultat incompatible avec l'inférence logique nécessaire pour résoudre l'énigme. Ou dit autrement, les nourrissons seraient donc capables de formuler des hypothèses sur des événements complexes et de les modifier rationnellement lorsqu'ils sont confrontés à des preuves incohérentes.

Les explications les plus plausibles ne sauraient remplacer des preuves

Et plutôt que de prendre leurs bébés pour modèle, les adultes, eux, ont malheureusement plutôt souvent tendance à suivre leur instinct, plutôt que de miser sur des déductions logiques. Dernier exemple en date avec l'affaire de l'ex-agent double russe empoisonné en Angleterre. Hier, dans un communiqué commun, Londres, Berlin, Paris et Washington ont tous estimé que la responsabilité russe était la seule explication «plausible» à l’empoisonnement de Sergueï Skripal. Ce qui n'est pas pour déplaire, évidemment, à la presse britannique ce matin. Quand THE TIMES et THE I se réjouissent en Une de voir ainsi l'Occident uni pour condamner, sans équivoque, le régime du président russe, le journal METRO, lui, n'hésite plus désormais à traiter Poutine de paria. Le problème, nuance aussitôt le journal STUTTGARTER NACHRICHTEN, c'est que les explications les plus «plausibles» ne sauraient remplacer des «preuves». Et, d'ailleurs, que gagnerait le Kremlin à tuer un ennemi déjà désarmé ? A cette question, le chef de la diplomatie britannique a répondu, hier, sur la BBC : «Il y a quelque chose de nébuleux et de sarcastique dans la réponse des Russes qui me convainc de leur culpabilité. Les Russes démentent être liés à cette attaque, mais veulent dans le même temps que le monde entier sache qu’ils en sont les auteurs». Traduction, pour Boris Johnson, cet attentat serait une sorte d'avertissement envoyé à ceux qui seraient tentés de s’opposer au pouvoir russe. Et ce, en particulier, à quelques jours de la réélection probable de Vladimir Poutine.

D'où cette question posée par l'éditorialiste du tabloïd russe MOSKOVSKI KOMSOMOLETS et repérée par le Courrier International : l’opération emblématique menée contre l’ex-espion russe fourvoyé dans la trahison a-t-elle été préparée pour coïncider avec la réélection de Vladimir Poutine au poste de président ? Et il n'est pas le seul, d'ailleurs, à rapprocher les deux événements. Son confrère du TEMPS, lui aussi, s'interroge sur les motifs de cette tentative de meurtre juste avant le premier tour de la présidentielle russe, avant toutefois d'en conclure que suggérer que l’attaque chimique de Salisbury a été conçue pour faire dérailler le triomphe électoral annoncé de Vladimir Poutine relève de la pure fantaisie. Aucun élément, dit-il, ne vient l’étayer. En revanche, même si Londres n’a pas apporté de preuve définitive (et que les mensonges, par exemple, de Tony Blair sur les armes de destruction massives irakiennes jettent encore une ombre sur le débat), de nombreux éléments pointent, en effet, vers Moscou, à commencer par le désormais célèbre «Novitchok» (le gaz innervant utilisé), inventé par les Soviétiques. Au minimum, la Russie aurait donc perdu le contrôle sur cette substance. Sans compter que Moscou (et Vladimir Poutine lui-même) n’ont jamais fait mystère du traitement qu’ils entendaient réserver aux «traîtres».

Et à ce titre, d'ailleurs, voilà qu'on apprend qu'un autre ex-espion russe aurait, lui, été empoisonné en Nouvelle-Zélande.Hier, la police néo-zélandaise a annoncé enquêter sur les accusations d’un ancien agent double russe, Boris Karpitchkov, lequel a raconté cette semaine à la télévision britannique avoir été victime d'une tentative d'empoisonnement en 2006, dans une rue d’Auckland. «Après avoir été approché par un clochard, j’ai senti qu’une sorte de poussière m’avait été projetée au visage», a-t-il déclaré dans l'émission GOOD MORNING BRITAIN. L’ancien espion a expliqué que sa tête avait alors rapidement commencé à tourner et que le soir même, il avait développé une éruption cutanée. Il a déclaré avoir ensuite subi des problèmes de santé, perdant 30 kilos dans les deux mois qui avaient suivi.

L’approche occidentale visant à punir les Russes en espérant qu’ils se désolidarisent de leur président ne marche pas. Poutine, au contraire, n’a jamais été si populaire.

Quoi qu'il en soit, voilà qui devrait, a priori, apporter un peu plus encore d'eau au moulin de ceux qui, aujourd'hui, tirent à bras raccourci sur Moscou. Reste que s’il y a bien un dirigeant qui profite, aujourd’hui, de la tension internationale, c’est bien le président russe, reprend l'éditorialiste du TEMPS. Ces dernières semaines, le candidat Poutine a même tiré jusqu’à la nausée sur la corde de la confrontation avec l’Occident, qu'il s'agisse de la présentation de nouvelles armes nucléaires capables de perforer les défenses de l’ennemi, ou de son dernier meeting électoral en Crimée annexée, comme un ultime pied de nez aux sanctions occidentales. Pour autant, dans cette nouvelle escalade, il serait trompeur, en réalité, de voir une résurgence de la Guerre froide. Pourquoi ? Parce que la Russie n’a pas grand-chose de la superpuissance qu’était naguère l’URSS. Son PIB équivaut à celui de l’Espagne et si Moscou pèse aujourd'hui dans les débats internationaux, c’est surtout par sa capacité de nuisance, en soutenant les pires régimes de la planète et en tentant d’influer sur les élections des démocraties. A ce titre, d'ailleurs, on relèvera qu'hier l’administration Trump a annoncé de nouvelles sanctions contre la Russie qui constituent, selon THE NEW YORK TIMES, sa réponse la plus significative à ce jour à l’ingérence électorale et à d’autres cyberattaques.

Toujours est-il que flatter la grandeur russe reste bien la plus efficace des mamelles du «poutinisme». Ce faisant, les rétorsions prises à l'encontre de Moscou ne risquent-elles pas de faire une nouvelle fois le jeu de Poutine et de sa rhétorique d’assiégé ? Réponse dans les colonnes du TEMPS de l’écrivain à succès russe Vladimir Fédorovski :«Il faut se rendre à l’évidence», dit-il. «L’approche occidentale visant à punir les Russes en espérant qu’ils se désolidarisent de leur président ne marche pas. Poutine, au contraire, n’a jamais été si populaire».

Par Thomas CLUZEL

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