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Le nouveau président cubain Miguel Diaz-Canel

Faut-il que tout change pour que rien ne change ?

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Raul Castro vient de céder la présidence de Cuba à Miguel Diaz-Canel. Mais le révolutionnaire de 86 ans et son héritier de 58 ans veilleront à ce que l'héritage castriste survive à cette transition.

Le nouveau président cubain Miguel Diaz-Canel
Le nouveau président cubain Miguel Diaz-Canel Crédits : DESMOND BOYLAN / POOL / AFP - AFP

Comment remplacer un nom par un autre, sans rien changer au système en place ? Hier, comme attendu, Miguel Diaz-Canel, (désigné unique candidat) a été élu à la tête de Cuba, mettant ainsi un terme à 60 ans de castrisme. Pour la première fois en un peu plus d’un demi-siècle, le président cubain ne portera pas le nom des Castro, mais celui d'un ingénieur en électronique, habillé en civil, représentant de cette nouvelle génération qui n'a pas connu la révolution. Est-ce là, pour autant, un événement historique ? A lire la presse, le sentiment le plus répandu est que rien, en réalité, ne va changer. C'est le cas, en particulier, pour le site dissident 14YMEDIO. Certains espéraient ce changement depuis des dizaines d’années, voire l’ont espéré toute leur vie, mais l'attente a été trop longue, dit-il, et ils ont fini par se lasser. Les passions autour de la succession ont eu le temps de refroidir, jusqu'à s'éteindre définitivement face au manque total de surprise offert, hier, par ce processus organisé pour que rien ne change. Une analyse partagée par le quotidien le plus lu aux Etats-Unis, USA TODAY, lequel titre : nouveau patron, même combat. GRANMA, l'organe officiel du Parti Communiste Cubain, lui-même, ne s'en cache pas. A cette nuance près, toutefois, que la continuité est pour lui synonyme de garantie, celle de poursuivre, dit-il, le processus d'émancipation qui nous a conduits jusqu’ici. 

La marche vers la démocratie ou la chute dans les ténèbres ? Telle est la question posée dans les colonnes du média d'opposition T24 s'agissant, cette fois-ci, de la décision du président turc Erdogan d'organiser des élections présidentielle et législatives anticipées le 24 juin prochain, soit seize mois plus tôt que prévu. Et là encore, l'opinion la plus répandue est qu'il ne faut rien espéré. Quand le SPIEGEL prédit que le gagnant est déjà connu, le magazine SLATE note, lui, que les esprits incrédules se plairont à évoquer non seulement des élections anticipées mais aussi un résultat anticipé : la victoire de Recep Tayyip Erdogan. Dans un laps de temps aussi court, comment les partis d’opposition divisés seraient-ils capables de se mettre d’accord sur un candidat commun ? Aujourd'hui, force est de constater qu'Erdogan n'a pas de rival qui menace sa domination. En réalité, son unique problème, remarque le site d'information en ligne TO VIMA, ce sont les turbulences que traverse l'économie du pays. La monnaie ne cesse de perdre de sa valeur, les déficits se creusent et pour de grands pans de la population, l'insécurité économique est désormais grandissante. Et c'est d'ailleurs, là, la raison qui expliquerait cette précipitation. C'est parce que l'économie turque est sur la pente descendante, écrit la TAZ, qu'il fallait organiser des élections avant, dit-il, que les gens ne s'en rendent compte.

Faut-il y voir, là encore un événement historique ? L’organisation indépendantiste basque ETA devrait officiellement procéder à dissolution au début du mois de mai prochain. Cette annonce, remarque ce matin LE TEMPS, est passée quasiment inaperçue. Sans doute autant par désintérêt des Espagnols, dit-il, que par la volonté délibérée de ne pas faire de publicité à ce groupe unanimement qualifié de «terroriste» en Espagne, mais aussi considéré comme tel par l’Union européenne, et qui reste pour quelques jours encore le dernier de ce type à exister en Europe. D’ores et déjà, le ministre espagnol de l’Intérieur a promis que l’ETA n’obtiendrait rien, en échange de sa dissolution annoncée. Pas question, pour le Parti populaire de prêter le flanc à toute accusation de faiblesse, que ce soit au Pays basque comme en Catalogne. Et, d'ailleurs, la cérémonie de clôture annoncée par l’ETA devrait se tenir dans le sud-ouest de la France, et non en Espagne. 

En Italie, ça n'est malheureusement pas une première, mais l'affaire commence à faire grand bruit dans la presse, ainsi que le relève le Courrier International. Cette semaine, une coalition d’organisations non gouvernementales a présenté une plainte auprès du parquet de Rome. RWM Italia, la branche italienne d'un producteur d’armement allemand, est accusée d’être complice d’une frappe aérienne mortelle lancée au Yémen par la coalition menée par l’Arabie Saoudite, relate le quotidien AVVENIRE. C'était le 8 octobre 2016. Ce jour-là, un village du nord-ouest du Yémen était bombardé. L’attaque a provoqué la mort d’une famille de six personnes, dont une femme enceinte et quatre enfants. Or, selon le dossier présenté par les organisations à Rome, les bombes utilisées ont été produites par la firme italienne. Ce sont les restes de bombe repérés dans les décombres de la maison qui ont permis, en effet, de retracer l’origine de l’engin, explique LA REPUBBLICA. En l'occurrence, il s’agit de bombes dites «intelligentes», téléguidées, dont la marge d’erreur devrait être d’environ un mètre. Et pourtant, elles ont détruit une famille de civils, bien loin des militaires les plus proches qui, eux, étaient placés à un point de contrôle à plus de 300 mètres de l'impact. Aujourd’hui, la plainte porte sur le fait que l’Italie continue d’exporter des armes aux membres de la coalition militaire dirigée par les Saoudiens en guerre au Yémen. Ce qui contrevient à la loi italienne, laquelle interdit les exportations d’armes vers les pays impliqués dans des conflits armés, précise IL FATTO QUOTIDIANO. De son côté IL MANIFESTO dénonce l'hypocrisie de l'Allemagne qui, elle, applique strictement l’interdiction des exportations d’armes vers le Yémen, mais uniquement pour les usines situées sur son territoire. Ce qui lui permet de laisser ainsi la filiale italienne de l'un de ses propres groupes d'armements se débrouiller aujourd'hui avec les lois et l’opacité des autorités italiennes.

Enfin, s'agissant toujours d'hypocrisie mortifère, en Belgique, là une enquête a été lancée sur l'exportation de substances chimiques vers la Syrie : 24 livraisons au total, effectuées par trois entreprises belges entre mai 2014 et décembre 2015, rapporte le magazine KNACK. Sauf que depuis juillet 2013, l’exportation de produits chimiques à destination de la Syrie est soumise à une autorisation, que les États membres européens n’accordent pas lorsqu’il y a des motifs raisonnables de croire que les biens exportés pourraient servir à la répression intérieure ou à la fabrication d’armes chimiques. Or il se trouve que parmi les produits livrés, figure de l’isopropanol, une substance qui intervient en particulier dans la fabrication de produits désinfectants et d’entretien, mais aussi dans la dernière phase de fabrication du gaz sarin. Interrogées par le journal, les entreprises affirment qu’elles livraient de longue date ce type de composants à des entreprises privées du Moyen-Orient et assurent qu’elles n’avaient pas connaissance de la nouvelle réglementation. Ou faut-il que tout change pour que rien ne change ?

Par Thomas CLUZEL

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