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Theresa May et Jean-Claude Juncker au sommet européen de Salzbourg

Brexit : "humiliée" à Salzbourg, Theresa May rentre à Londres plus fragilisée que jamais

5 min
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Le sommet européen de Salzbourg s'est transformé en "embuscade" sur le Brexit pour Theresa May qui affronte le rejet de son propre camp politique au Royaume-Uni. Retour triomphal pour l'opposant-chanteur Bobi Wine en Ouganda, et divisions des orthodoxes ukrainiens entre Moscou et Constantinople.

Theresa May et Jean-Claude Juncker au sommet européen de Salzbourg
Theresa May et Jean-Claude Juncker au sommet européen de Salzbourg Crédits : BARBARA GINDL - AFP

A en croire la presse britannique, Theresa May a passé un très mauvais moment au sommet européen de Salzbourg, mais le pire est encore à venir, maintenant qu'elle est rentrée au Royaume-Uni. 

Theresa May "humiliée" dans "l'embuscade" qui lui a été tendue à Salzbourg, voilà la situation résumée par The Guardian. On parle bien sûr des négociations sur le Brexit, qui se sont terminées en eau de boudin, hier, quand les 27 ont déclaré que les propositions de Londres, réunies dans l'accord dit de Chequers, n'étaient pas recevables.  

A une semaine du Congrès de son Parti Conservateur très divisé sur le sujet, la Première ministre est donc mise sur la défensive par les Européens, renvoyée chez elle en état de très grande fragilité politique. "Les Européens ont tué l'accord de Chequers ; ils ont poignardé Theresa May et ont pris soin de remuer le couteau" analyse le Daily Telegraph ce matin en Une. "Echec et mat pour Chequers", se permet met le chroniqueur parlementaire du Télégraph Michael Deacon pour qui May a passé hier en Autriche une journée "misérable".  

Et tous les titres de la presse britanniques s'accordent sur un point : c'est Emmanuel Macron qui a convaincu les 26 autres de ne pas laisser la premier ministre quitter Salzbourg avec des mots d'encouragements, comme c'était prévu. 

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Alors pour détendre l'atmosphère, on lira dans le Financial Times cette chronique en forme de dialogue imaginaire et humoristique qui met en scène Theresa May, pendant le sommet, en train d'essayer de "vendre" son Brexit à Macron, Merkel et compagnie. Pour les amadouer elle leur propose de renommer le rocher de Gibraltar, "rocher Pedro Sanchez" pour le chef du gouvernement espagnol,  la frontière irlandaise "ligne Macron", etc. Car, nous explique l'auteur de ce texte Henry Mance, les Polonais, eux, ont bien réussi à convaincre le président américain d'installer une base militaire chez eux, en lui proposant de la baptiser "Fort Trump".

En Ouganda, l'opposant-vedette Bobi Wine est rentré au pays hier, malgré la répression et les accusations de trahison lancées contre lui.  

Il avait quitté son pays pour les Etats-Unis à la mi-août, après avoir été arrêté, son chauffeur abattu, lui emprisonné, et torturé selon ses dires pendant deux semaines. Son retour, hier, acclamé par la rue ougandaise, s'étale dans toute la presse d'Afrique de l'Est. Le Daily Nation kenyan nous rappelle le CV de l'homme aux multiples visages : député d'opposition devenu depuis un an la bête noire du président Yoweri Museveni, Robert Kyagoulaniy avait d'abord conquis le cœur de la jeunesse ougandaise sous le nom de scène de "son Excellence Bobi Wine", alias aussi le "Président du Ghetto", star de la musique populaire version reggae conscientisé. 

Mais hier ce n'est pas le retour du chanteur mais bien celui de l'homme politique qui était attendu par ses partisans, mais aussi par un impressionnant dispositif policier.  C'est The Observer, depuis Kampala, qui nous raconte la suite : les journalistes et la foule, tenus à l'écart de l'aéroport par des barrages routiers ; Bobi Wine arrêté, dès sa sortie de l'avion, conduit au commissariat (il est quand même accusé de trahison par la justice ougandaise) ; la tension qui monte dans les quartiers populaires ; et finalement ce communiqué du ministère de l'Intérieur : Bobi Wine est seulement "escorté" par la police vers son domicile pour éviter tout débordement. Cela ne l'a pas empêché de s'adresser à ses supporters massés devant le commissariat : monté sur une voiture, appuyé sur une canne, il leur a dit qu'il était revenu pour "se battre, pour porter leur volonté de changement".  

Car le chanteur devenu député n'a jamais caché ses ambitions présidentielles, nous rappelle le correspondant du Guardian en Ouganda, qui fait également parler des connaisseurs de la politique ougandaises : selon eux, le charisme et le soutien de la jeunesse urbaine ne suffiront pas forcément à gagner l'élection suprême. Pour vraiment inquiéter le vieux président Museveni, Bobi Wine va devoir séduire un Ouganda majoritairement rural. 

Mais, conclut Jeune Afrique, en faisant arrêter, emprisonner et fuir Bobi Wine vers les Etats-Unis, avant de laisser revenir en héros, l'actuel chef de l'Etat a fait de l'ex-chanteur son principal opposant. 

En Ukraine, les paroisses orthodoxes sont placées face à un choix cornélien, depuis le grand divorce acté il y a une semaine entre le Patriarcat de Moscou et celui de Constantinople. 

Les deux grands pôles de la foi orthodoxe dans le monde... qui ont rompu les liens vendredi dernier, sur fond de désaccord profond sur l'Ukraine justement. Des tensions qui sont le "miroir" de celles, plus politiques, qui divisent l'Ukraine. C'est l'analyse de The Economist, qui nous rappelle les faits : en pleine guerre attisée dans l'Est par les Russes, le pouvoir ukrainien à Kiev a réactivé l'un de ses vieux projets, celui d'établir une Eglise Orthodoxe indépendante du Patriarcat de Moscou considéré comme un agent d'influence du Kremlin. 

Les Patriarches Kirill de Moscou et Bartholomée de Constantinople  lors de leur dernière rencontre le 31 août à Istanbul
Les Patriarches Kirill de Moscou et Bartholomée de Constantinople lors de leur dernière rencontre le 31 août à Istanbul Crédits : OZAN KOSE - AFP

Le patriarche russe Kirill y a vu un chiffon rouge, et a, décision historique, rompu ses liens avec Constantinople, qui pour le coup soutient l'émancipation ukrainienne. En conséquence, nous explique ce matin le journal Ukrainska Pravda, à Kiev, les paroisses du pays vont devoir prêter allégeance à l'un des deux Patriarcat, choisir leur camp. Dans les villes et villages ukrainiens, cela pourrait donner lieu à des batailles de clocher à forte connotation géopolitique. 

Mais le chef de l'église autocéphale ukrainienne, et donc indépendante de Moscou, le Patriarche Filaret, se dit confiant sur le fait que selon lui les deux-tiers des églises actuellement dominées par Moscou vont prêter allégeance à Constantinople. "Le souci, reconnait-il tout de même, c'est que dans les paroisses rattachées au Patriarcat de Moscou, les popes dans leurs prêches montent les fidèles contre l'Ukraine. C'est ça qui crée des tensions dans notre société." Des tensions qui pourraient même conduire à des "violences", avertissent les autorités religieuses à Moscou citées par Radio Free Europe. Si le Patriarcat de Moscou est "présenté comme l'agresseur en Ukraine, s'il est privé de ses droits", alors on peut tout imaginer, par exemple que "les partisans du grand schisme ne veuillent chasser les moscovites des prestigieux monastères de la Lavra de Kiev ou de celle de Potchaïv" dans l'ouest ukrainien. 

Plus que dans les petites paroisses de villages, elles sont bien là, les pommes de discorde : ces lieux de culte et d'histoire, prestigieux et touristiques, revendiqués à la fois par Kiev et Moscou qui pourraient devenir, toutes proportions gardées, l'équivalent de la Crimée pour la foi orthodoxe.

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