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Photo du ministère argentin de la Sécurité,  lors d'une opération policière qui a abouti à la saisie de près de 400 kilos de cocaïne de l'ambassade russe à Buenos Aires.

Plus blanc que blanc

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Des diplomates véreux, un policier complice et de la drogue remplacée par de la farine: une enquête a permis de saisir 389 kilos de cocaïne dans un des bâtiments de l'ambassade russe à Buenos Aires.

Photo du ministère argentin de la Sécurité,  lors d'une opération policière qui a abouti à la saisie de près de 400 kilos de cocaïne de l'ambassade russe à Buenos Aires.
Photo du ministère argentin de la Sécurité, lors d'une opération policière qui a abouti à la saisie de près de 400 kilos de cocaïne de l'ambassade russe à Buenos Aires. Crédits : HO / ARGENTINA'S SECURITY MINISTRY - AFP

«C'est l'une des opérations les plus complexes mais aussi les plus extravagantes auxquelles notre pays a dû faire face». Voilà comment la ministre argentine de l'Intérieur a présenté, hier, à la presse les conclusions d'une vaste enquête, portant sur un réseau de narcotrafiquants. L'histoire, raconte ce matin le journal de Buenos Aires CLARIN, a débuté il y a quatorze mois et pourrait tout aussi bien constituer la trame narrative d'une prochaine série à succès sur Netflix. Le 13 décembre 2016, l'ambassadeur russe en Argentine découvre dans une annexe de l'établissement 12 valises, dont il suspecte qu'elles puissent être remplies de drogue. Avant que le scandale n'éclate, il décide de prévenir la police, laquelle une fois sur place confirme que l'ambassadeur avait eu raison de se méfier. Devant eux s'étalent 389 kilos de cocaïne d'une «pureté maximale», dont la valeur est estimée à 60 millions de dollars. Aussitôt, les autorités élaborent un plan pour attraper les criminels. Mais il faut agir vite. Il est 2h du matin et dans moins de 4h le personnel de l'ambassade va commencer à arriver. Les enquêteurs décident alors de se rendre dans un marché de gros, à l'extérieur de la capitale, pour acheter 400 kilos de … farine. Ils remplacent ensuite, à l'identique, le contenu des 360 paquets de drogue avec la nouvelle marchandise de substitution et insèrent, dans les valises, des dispositifs de repérage GPS. Pendant les mois qui suivent, les membres du réseau (qui ne se sont rendu compte de rien) vont tenter à plusieurs reprises de faire partir le chargement. En vain. Et c'est finalement le gouvernement russe qui, à la faveur d'un voyage officiel en Argentine, va procurer un avion pour pouvoir surveiller la remise des valises à Moscou. Nous sommes le 12 décembre 2017. Une année s'est écoulée. Cinq personnes seront été arrêtées, dont un ancien fonctionnaire de l'ambassade de Russie en Argentine et un policier de Buenos Aires, lequel fournissait les contacts pour faire passer la cargaison par les douanes. En revanche, une personne est toujours actuellement en fuite, probablement en Allemagne. Son nom : Monsieur "K". C'est lui qui était chargée d'acheter la drogue et de l'introduire ensuite dans l'enceinte de l'ambassade. 

A présent, en comparaison avec la grande enquête en cinq volets que EL NUEVO HERALD vient de finir de publier, ce réseau vous apparaîtra sans doute comme un ramassis de petits joueurs. Ainsi que le relate le Courrier International, le journal hispanophone de Miami s'est, lui, intéressé à ces mines d’or illégales en Amérique latine qui, non seulement ont détruit plus de 167 000 hectares de forêts tropicales (soit l’équivalent de deux fois la ville de New York) mais surtout, qui alimentent aujourd'hui une importante filière criminelle. Ces mines sont devenues, en effet, l’ingrédient secret de l’alchimie des narcotrafiquants latino-américains qui gagnent des milliards de dollars en blanchissant l’argent de la cocaïne, grâce à l’exportation d’or à Miami. De sorte qu'aux yeux du monde entier, ils ne sont plus des trafiquants de drogue, mais des courtiers de métal précieux. Ce filon est même devenu plus rentable que la cocaïne : on estime que ces dix dernières années, la capitale de la Floride a reçu (par voie aérienne) quelque 35 milliards de dollars d’or. Concrètement, les acheteurs situés aux Etats-Unis (banques, raffineries, bijouteries, entreprises de technologie) n’ont pas toujours un œil aguerri sur la provenance de l’or qui leur parvient. Or les trois-quarts des importations du précieux minerai proviennent d’Amérique latine. Et il aura finalement fallu une enquête fédérale américaine et la mise en accusation de trois responsables d’une entreprise de Miami ayant pignon sur rue (spécialisée dans le raffinage des métaux précieux) pour que les clients (souvent de grandes entreprises comme Apple ou Tiffany) se montrent, à présent, un peu plus sourcilleux. 

Arnaque, toujours et encore ce matin, avec de nouvelles poursuites à l'encontre du tandem Manafort-Gates. L'acte d'accusation signé, hier, par le procureur Robert Mueller vise à la fois l'ancien directeur de campagne de Trump (Paul Manafort) et son ex-associé (Richard Gates). Les deux hommes sont accusés d'avoir monté un système complexe permettant de ne pas déclarer au fisc américain une grande partie de leurs revenus. Plus de 75 millions de dollars auraient, notamment, transité par des comptes offshore. Et dans ce processus, les deux suspects se voient reprocher d'avoir blanchi  plus de 30 millions de dollars. Au total, écrit THE NEW YORK TIMES, l'acte d'accusation détaille pas moins de 32 nouveaux chefs d'inculpation, étant entendu qu'en octobre dernier, déjà, 12 chefs d'accusation avaient été retenus contre eux (pour blanchiment, fausses déclarations et non déclaration de comptes détenus à l'étranger). Bien entendu, ces nouvelles poursuites ne concernent pas directement Donald Trump ou sa campagne, précise toujours le quotidien de New York. En revanche, elles pointent un nouveau comportement criminel et, ce faisant, elles apparaissent comme la dernière tentative du procureur Mueller pour faire pression sur Manafort et Gates afin qu'ils coopèrent à son enquête (sur l'ingérence russe dans la présidentielle américaine), s'ils veulent éviter une longue peine de prison. Sauf que pour l'heure les deux hommes ont dit qu'ils n'avaient rien à offrir au procureur et nient avoir commis des actes répréhensibles.

Enfin quand Marion Maréchal-Le Pen s'invite chez les conservateurs américains.Sa présence, hier, au grand raout annuel des républicains a été très remarquée, raconte ce matin LE TEMPS. Elle a pris la parole pendant près de dix minutes, intervenant juste après Mike Pence (le vice-président des Etats-Unis). Une place de choix. Et par sa jeunesse et sa modernité, écrit la correspondante du journal, Marion Maréchal-Le Pen a visiblement séduit les conservateurs américains. Pourtant, annoncée au dernier moment, sa venue avait déclenché une petite polémique, plusieurs membres de la vieille garde du parti ayant fait savoir, rapporte THE WASHINGTON POST, qu'ils n'étaient pas désireux de s'associer à une formation politique liée aux sombres vestiges du fascisme européen. Un glissement idéologique que confirme, d'ailleurs, la liste des invités parmi lesquels on trouve le très controversé shérif David Clarke, qui n’a pas hésité à comparer Barack Obama à Adolf Hitler, ou bien encore Sebastian Gorka, un ex-conseiller de Trump connu pour avoir des liens avec un groupe néonazi hongrois. Du côté de Washington, il se murmure que Marion Maréchal-Le Pen a été invitée, elle, par Sarah Palin et Steve Bannon, comprenez une incarnation à la fois de la droite dure américaine et du courant des suprémacistes blancs. Ou quand le Parti républicain, conclue le journal de la capitale, se transforme en extrême droite française.

Par Thomas CLUZEL

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