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Le premier ministre canadien Justin Trudeau (g) et le président américain Donald Trump (d)

Vers la fin des contes de fées ?

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La lutte pour l'égalité des genres se poursuit au Canada. Le gouvernement a décidé de mettre un genre neutre dans tous ses formulaires. L'administration va remplacer les titres "père" et "mère" par "parent" et va éviter d'utiliser les termes "monsieur" ou "madame".

Le premier ministre canadien Justin Trudeau (g) et le président américain Donald Trump (d)
Le premier ministre canadien Justin Trudeau (g) et le président américain Donald Trump (d) Crédits : JIM WATSON - AFP

Au Canada, un débat (sinon une polémique) fait cette semaine les choux gras de toute la presse. Depuis que l'information a été révélée mercredi par RADIO CANADA, l'histoire s'est répandue comme une traînée de poudre, suscitant au mieux une incompréhension totale, au pire des railleries de mauvais goût. De sorte, précise LA PRESSE, que le gouvernement de Justin Trudeau tente (tant bien que mal) de calmer le jeu devant ce qui s'apparente, désormais, à un véritable barrage de critiques. En cause, une note de service envoyée à ses fonctionnaires et dans laquelle il est écrit que les employés de l'administration canadienne, qui interagissent avec le public, seront désormais priés d’éviter d’employer les mots «Monsieur» ou «Madame», qu'ils devront plutôt s’adresser aux clients par leur nom complet, ou leur demander de «quelle façon ils préfèrent que l’on s’adresse à eux». Et pourquoi, ainsi, abandonner une marque de courtoisie élémentaire ? Parce qu'elle pourrait s'avérer stigmatisante. En clair, dire «Bonjour Monsieur» risque d’être mal vécu si ledit monsieur ne se sent pas tout à fait monsieur. Et de la même manière, le document recommande, aussi, d'éviter l’emploi des mots «mère» et «père» au profit, cette fois-ci, du terme générique «parent».

En réalité, cette démarche découle d’un examen entrepris à la suite d’une plainte déposée par une personne transgenre, à qui l'on refusait de modifier le dossier d’assurance sociale. Et c'est ainsi, explique la chaîne de télévision TVA, que pour «favoriser l’égalité des genres», il n’est plus nécessaire aujourd'hui, par exemple, d’indiquer le sexe dans les documents d'identité. Et sans doute n'y a-t-il rien à reprocher à ce qui s'apparente à un désir d’inclusion. Reste que de là à écarter, à présent, les formules de politesse courantes lors de son premier échange avec un citoyen, le temps de vérifier sa préférence, il y a une marge écrit l'éditorialiste du DEVOIR, pour qui tout cela ressemble surtout à un cas d’hypersensibilité, sinon de rectitude politique. Et son confrère de LA PRESSE n'était pas loin, d’ailleurs, de penser la même chose. Du moins avant de prendre acte, ces derniers jours, de sarcasmes, d'intonations ou de petits sourires en coin qui ne sont beau, dit-il, ni à entendre, ni à voir. Et de citer, notamment, un article paru dans le JOURNAL DU MONTREAL, dans lequel un chroniqueur rapportait une scène qu'il jugeait hilarante. C'était au supermarché. Devant lui, «une femme, grande, corpulente, blonde, pas vraiment jolie et exagérément maquillée» s'apprêtait à payer ses achats à la caisse. Au même moment, «la caissière, elle, alternait son regard entre les yeux de la cliente et sa carte de crédit», parce que sur la carte était écrit : «Jacques». Perdant patience, la fille a fini par lever sa perruque, pour montrer son crâne d'homme et partir sans payer, humiliée. Alors on peut choisir de rire de cette scène ou la voir pour la tragédie qu'elle représente : une épreuve dans la vie de «Jacques» qui s'ajoute, certainement, à des centaines de déchirements et des milliers de petites morts. Et l'éditorialiste de LA PRESSE d'en conclure : Pour ma part, je choisis de penser que «Jacques», quand il va désormais parler à un fonctionnaire, va être heureuse de se faire demander comment elle préfère qu'on s'adresse à elle. Et que son choix ne m'enlève absolument rien. Ni à vous, Madame. Ni à vous, Monsieur.

Qu'ai-je fait pour mériter ce genre de discrimination ? Tout ce que je voulais, c'était un havre de paix.

Dans la presse britannique, cette fois-ci, l’histoire malheureuse de Melissa. Son visage s'affiche en Une, ce matin, du MIRROR. A 57 ans, Melissa a récolté il y a quelques jours pas moins de 4 millions de livres sterling sur une carte à gratter de la Loterie Nationale. Et c'est ainsi qu'elle s'apprêtait, enfin, à s'offrir la maison de ses rêves à Cottingham : une vaste propriété avec son étang à canards. Du moins, jusqu'à ce que le voisinage se ligue pour l'empêcher de s'installer. Pourquoi ? Tout simplement parce que Melissa est, en réalité, un ancien chauffeur de taxi. Et dans les colonnes du journal, elle ne cache pas aujourd’hui sa colère : «Tout ce que je voulais, c'était un havre de paix. Mes enfants étaient heureux à l'idée d'avoir, enfin, chacun leur propre chambre. C'était la fin heureuse dont nous avions rêvé». Et Melissa d'ajouter : «Qu'ai-je fait pour mériter ce genre de discrimination ? Peut-être que je devrais quand même acheter cette maison et faire installer dans l'allée une grande statue de moi avec mon majeur bien dressé !»

La fin d’une amitié virile

Et pour terminer la fin d'une «bromance» à la Une de la presse américaine.C'est en particulier le titre choisi, ce matin, par THE WASHINGTON EXAMINER, après que le président Donald Trump a fini par déclencher, hier, son offensive contre Pékin. «Bromance» est, en réalité, un mot valise anglais composé de l'abréviation de «brother» (frère) et «romance» (idylle) et que l'on pourrait, donc, traduire par une amitié virile entre deux hommes. Et le quotidien américain de poser ainsi la question : Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que Trump et Xi Jinping mettent fin à leur «bromance» ? La décision du président américain, hier, d'annoncer des mesures punitives contre les importations chinoises signifie qu'un vent glacial balaye, désormais, les relations sino-américaines. Sauf que cette bataille ne se traduit pas seulement, en réalité, par des tarifs douaniers. Ces derniers jours, les deux dirigeants ont pris d'autres mesures qui témoignent de leur animosité croissante. Pas plus tard que la semaine dernière, Donald Trump a notamment promulgué une loi destinée à encourager les visites mutuelles entre responsables américains et taïwanais, déclenchant aussitôt la fureur de Pékin, qui considère toujours l'île comme une province en rébellion. De son côté, la Chine a fermement rejeté les efforts des États-Unis visant à dénoncer l'accord nucléaire iranien, choisissant plutôt de renforcer ses liens (militaires et économiques) avec Téhéran. Enfin la perte de confiance de Trump envers son homologue chinois est également motivée, en partie, par le désintérêt de Pékin à aider Washington à résoudre la crise nord-coréenne. 

Et à présent, renchérit le site BLOOMBERG, toute la question est de savoir si en espérant obliger la Chine à mettre fin à une série de pratiques commerciales déloyales, Trump ne risque pas, in fine, de provoquer exactement le contraire. Car en gonflant ainsi le torse, le président américain risque d'offrir à son homologue chinois une occasion rêvée d'apparaître comme le défenseur invétéré des intérêts de la nation, face à un tyran occidental. En d'autres termes, les nouveaux tarifs douaniers américains fournissent à Xi Jinping une excuse idéale pour faire ce à quoi il n'avait, de toute façon, pas l'intention de renoncer : reporter toute mesure d'ouverture des marchés et continuer à promouvoir l'industrie chinoise, tout en continuant à endosser le rôle de victime innocente. 

Par Thomas CLUZEL

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