LE DIRECT
Un manifestant opposé à l'accord de Prespes chante l'hymne national grec devant le Parlement à Athènes.

La Grèce reste très divisée sur le nouveau nom de la Macédoine

6 min
À retrouver dans l'émission

Le Parlement grec s'est donné hier 24 heures de plus pour débattre de l'Accord de Prespes signé en juin, censé apaiser les tensions avec le voisin macédonien mais qui divise la population. Les attaques de l'Italien Di Maio contre la France et le Franc CFA ravivent ce débat en Afrique de l'Ouest.

Un manifestant opposé à l'accord de Prespes chante l'hymne national grec devant le Parlement à Athènes.
Un manifestant opposé à l'accord de Prespes chante l'hymne national grec devant le Parlement à Athènes. Crédits : LOUISA GOULIAMAKI - AFP

Le Parlement grec va tenter ce vendredi de mettre fin à un débat vieux de 27 ans. 

Ce débat c'est celui sur le nom officiel du voisin du Nord, la République ex-Yougoslave de Macédoine :  le parlement grec devait voter hier pour entériner l'accord historique entre les deux pays, qui avait conclu à Prespes en juin dernier, mais le vote a  été repoussé de 24 heures, pour "donner encore un peu plus de temps au débat public". Cet ultime report,  c'est le signe que 27 ans après, rien n'est vraiment réglé, estime la chaîne Al Jazeera, qui reprend pour nous ce dossier. 

Depuis 1991 donc, le démantèlement de la Yougoslavie et la création d'une République indépendante de Macédoine,  Athènes revendiquait le monopole de cette appelation de "Macédoine" pour sa région la plus septentrionale,  refusant que le pays dont Skopje est la capitale n'utilise ce nom associé en particulier à la glorieuse histoire d'Alexandre le Grand. 

En Juin, pourtant, les dirigeants des deux Etats s'accordaient tout de même sur un nom pour la petite république ex-yougoslave : on l’appellerait désormais 'Macédoine du Nord". A l'époque on a salué un "accord "historique", l'Union Européenne et l'OTAN ont voulu croire que le contentieux historique et nationaliste était soldé. Mais, nous rappelle Al Jazeera, côté macédonien, le peuple a rejeté l'accord par référendum début octobre (mais comme le quorum n'était pas atteint, ça n'a pas empêché le Parlement de ratifier le texte), et côté grec, le week-end dernier et hier soir encore, des milliers de manifestants sont venus dire qu'ils considèrent l'accord de Prespes, comme une "trahison".  

Dans ces manifestations, la droite nationaliste et les néo-nazis d'Aube Dorée, sont très fortement représentés, mais, dans le quotidien grec E Kathimerini ce matin, on apprend que le rejet est beaucoup plus large :  les socialistes, les communistes, vont voter contre l'accord, qui selon un sondage est jugé "néfaste", à différents degrés, par 6 Grecs sur 10. 

Mais quoi qu'il arrive tout à l'heure au Parlement grec, cette histoire de Macédoine restera comme "une victoire pour l'UE... autant qu'un échec pour la Démocratie".  Ça, c'est l'analyse du spécialiste grec en relations internationales Angelos Chrissogelos, publiée par le magazine américain Time.  Pour lui tout le processus de Prespes aura consisté, pour Bruxelles, à faire pression sur deux gouvernements particulièrement faibles et dépendants de l'UE, à flirter avec la légalité démocratique, à faire fi des oppositions exprimées par les populations des deux pays, pour obtenir "son" accord. Grâce à lui, l'Europe et l'OTAN auront bientôt les coudées franches pour affirmer leur présence en Macédoine puis dans toute la région des Balkans, et y contrer l'influence grandissante de la Russie.

L'actualité internationale a aussi ramané au premier plan cette semaine un débat qui agite, cette fois, l'Afrique francophone depuis des décennies.  

Il concerne le Franc CFA : outil de stabilité économique, de développement pour les anciennes colonies françaises en Afrique... ou bien arme d'asservissement post-colonial qui appauvrirait les pays concernés et jetterait leur jeunesse sur les radeaux de l'exil en Méditerranée? 

Cette dernière interprétation, c'est celle qu'a choisie le vice-président du Conseil Italien Luigi Di Maio en début de semaine pour attaquer la France sur sa responsabilité dans la crise migratoire en Méditerranée.

Luigi Di Maio, a mutliplié les attaques sur ce registre toute la semaine ; Paris a répliqué en convoquant l'ambassadrice italienne pour dénoncer cette attitude "inamicale", ces propos "inacceptables" ; nu député du mouvement populiste 5 Etoiles, de Di Maio, a même déchiré un billet de 10 000 francs CFA sur un plateau de la Raï Uno

En faisant cela... Aessandro Di Battista a attiré l'attention de la presse d'Afrique Francophone, pour qui cette question du Franc CFA est un débat déjà très ancien et régulier. C'est par exemple sur le site sénégalais SénéNews, que l'on comprend où Luigi di Maio est allé chercher son argumentaire pour attaquer la France : il s'est rapproché du polémiste franco-béninois, figure du pan-africanisme radical, Kémi Séba.  

En France, l'homme est connu pour avoir fondé deux organisations qui ont été dissoutes pour incitations à la haine raciale. Il est réputé proche de Dieudonné et d'Alain Soral. Il a été explusé en septembre 2017 du Sénégal, où il avait brûlé en public un billet de franc CFA.  Kémi Séba mène ce combat depuis des années, et voilà ce qu'il disait mardi lors d'une conférence de presse relayée par BéninWebTV :

 Et c'est une alliance qui a franchement surpris les médias d'Afrique francophone : elle était gardée secrète depuis des mois, confirme Kemi Séba à SénéNews. Di maio et 5 étoiles ont utilisé son argumentaire anti-franc-CFA livré clé en mains.  

Pour autant la contestation du Franc CFA ne se résume à la seule personnalité sulfureuse de Kémi Seba.  

Surtout pas! Et d'ailleurs, pour alimenter son dossier très complet de vérification (plutôt équilibré) des attaques lancées par Di Maio, la BBC Afrique s'est  en particulier appuyé sur les recherches de l'économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla.  

L'African Review of Policital Economy republie d'ailleurs, à la faveur du débat actuel, l'une de ses analyses, titrée sans équivoque possible "Le Franc CFA, ou l'impéralisme monétaire de la France en Afrique". Selon Ndongo Samba Sylla, la chose est entendue, "le Franc CFA est une bonne monnaie... pour ceux qui en bénéficient :  les entreprises françaises et étrangères qui y trouvent un instrument d'accès facilité aux marché africains; les dirigeants des deux banques centrales qui gèrent la monnaie, avec un droit de véto de la France ; les élites des pays concernés qui peuvent plus facilement exfiltrer leurs fortunes acquises plus ou moins légalement ; et les dirigeants de ces mêmes pays, à condition qu'ils se gardent de contester la politique africaine de la France".  Pour les autres, "ceux qui voudraient exporter des produits africains compétitifs, obtenir des crédits à des taux abordables, oeuvrer au développement du commerce à l'intérieur du continent, militer pour une Afrique libérée de son passé colonial... ou tout simplement pour ceux qui veulent trouver du travail chez eux, pour tous ceux-là, conclut l'économiste Sylla, "le "Franc CFA n'est rien d 'autre qu'un anachronisme qui doit être méthodiquement éliminé".

Pour compléter ce point de vue, on pourra également lire la tribune publiée par Jeune Afrique à la faveur de la polémique italienne :

Chroniques

7H40
41 min

L'Invité(e) des Matins

Des vies de châteaux avec Valéria Bruni-Tedeschi et Charles Dantzig
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......