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Le président américain Donald Trump

Quand l'actualité nous apparaît tout aussi incompréhensible que la physique quantique

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Après plusieurs jours d'atermoiements, Donald Trump a finalement annulé le sommet prévu dans moins de trois semaines à Singapour avec le leader nord-coréen Kim Jong Un.

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : NICHOLAS KAMM - AFP

Certains physiciens pensent que nos perceptions du temps ne sont que des impressions erronées, ou plus exactement des convictions sincères mais qui n’ont, sans doute, aucun rapport avec la réalité. Evidemment, précise THE IRISH TIMES, cela ne signifie pas qu’hier n’a pas eu lieu ou que demain n’arrivera pas, mais peut-être que tout se passe en même temps. En clair, n'y aurait ni début, ni fin. Reste que le moment que nous pensons vivre est bien aujourd’hui notre seul repère pour essayer de réussir à comprendre la logique du monde.

Hier, sept mois après les premières accusations d'abus sexuels portées contre lui, plusieurs médias américains ont annoncé qu'Harvey Weinstein allait, enfin, se livrer à la justice aujourd'hui. Selon THE NEW YORK DAILY NEWS et THE TIMES, le producteur de cinéma qui avait disparu dès les premières révélations le concernant, pourrait être inculpé pour au moins une agression sexuelle, remontant à 2004. Dans l’immédiat, ni la police, ni le procureur de Manhattan n'ont confirmé ces informations. Mais si cette inculpation se confirmait, on se dit que le vaste mouvement de libération de la parole des femmes obtiendrait, là, sa première vraie victoire. Une victoire, pourtant, aussitôt ternie par une nouvelle désillusion : le visage d'un nouvel obsédé du sexe, titre ce matin en Une THE DAILY MIRROR. Hier, Morgan Freeman, l'acteur oscarisé et engagé, notamment, dans la défense des droits civiques, a présenté des excuses après avoir été mis en cause par au moins huit femmes qui, selon la chaîne CNN, lui reprochent un comportement inapproprié ou des faits de harcèlement.

Le cycle infernal du temps, c'est également l'impression qui se dégage ce matin dans la presse, après l'annulation hier par Donald Trump du sommet prévu avec son homologue nord-coréen Kim Jong-un.C’est par le biais d’une lettre, adressée à Kim Jong-un, que le président américain a fait part de sa décision. Le ton y est étrange, mi-menaçant, mi-révérencieux. «J’étais très impatient de vous rencontrer. Malheureusement, au regard de l’hostilité affichée dans votre dernière déclaration en date, je trouve qu’il serait inapproprié, à l’heure actuelle, de tenir cette rencontre prévue depuis longtemps», écrit le locataire de la Maison-Blanche, avant de préciser : «Vous évoquez votre arsenal nucléaire, mais le nôtre est si massif et puissant que je prie Dieu que nous n’ayons jamais à en faire usage.» 

Un brusque coup d’arrêt qui met donc fin à un inhabituel climat de détente entre les deux puissances et ouvre surtout une nouvelle ère d’incertitudes, de provocations et de manipulations, se désole notamment la correspondante du TEMPS. Et toute la presse de s'interroger, ce matin, sur les raisons qui ont bien pu conduire Donald Trump à annuler ce sommet, pour lequel il se voyait déjà attribuer Prix Nobel de la paix. Pour nombre de commentateurs, dans ce nouveau bras de fer, où aucune partie ne veut se sentir humiliée par l’autre, Trump aurait tout simplement préféré prendre les devants. Craignant que les Nord-Coréens ne le coiffent au poteau, Trump voulait être le premier à annuler, peut-on lire sur le site de la chaîne NBC NEWS

Quoi qu'il en soit, ce qui n’apparaît plus que aujourd'hui comme un pure numéro d'acrobatie politique, regrette THE I, a provoqué le désarroi de nombre de dirigeants étrangers, au premier rang desquels le président sud-coréen Moon Jae-in qui a immédiatement convoqué une réunion d'urgence, mais aussi le président russe Vladimir qui a déploré ce coup d'arrêt. 

Et pourtant, à en croire le site d'information BLOOMBERG, Poutine devrait au contraire s’en réjouir. Le journal craint, en effet, que par son comportement Donald Trump ne pousse le monde entier dans les bras de la Russie. Plus le président américain met à rude épreuve la diplomatie et plus le président russe semble devenir indispensable. Après Angela Merkel, qui s'est rendue à la résidence d'été de Poutine sur la mer Noire pour des entretiens vendredi dernier, c'est au tour du président français Emmanuel Macron de rendre visite au chef du Kremlin, avec un risque certain, note pour sa part le site THE CONVERSATION : tout d’abord, faire apparaître la Russie comme un contrepoids dans le jeu d’équilibre entre les puissances ; et  ensuite, de manière plus perverse et indirecte, dit-il, jeter une ombre sur la crédibilité d’Emmanuel Macron vis-à-vis de ses alliés et ce, précisément, parce qu'il reste pour beaucoup le dernier rempart contre le danger russe. 

Et quand le danger russe, justement, se rappelle à notre bon souvenir. Hier, un groupe d’enquête conjoint chargé d’étudier les circonstances du crash du Boeing MH17 de la Malaysian Airlines (le 17 juillet 2014 en Ukraine) a rendu ses dernières conclusions, en compagnie des procureurs néerlandais chargés d’instruire l’affaire. Selon eux, les responsabilités ne font aucun doute : le missile qui a détruit l’avion et tué 298 civils (en majorité des Néerlandais) appartiendrait à une unité de l’armée russe. En revanche, le site d'information SPUTNIK se demande, lui, où sont les preuves permettant d’incriminer Moscou ? Et le site pro-Kremlin de titrer sur ces enquêteurs, qui auraient annoncé qu’ils ne «montreront pas de preuves» à l’appui de leurs conclusions. Et de fait, ils n’ont pas encore réussi à désigner la personne qui a appuyé sur le bouton, un officier russe ou un séparatiste ukrainien local à qui on aurait, imprudemment, confié des missiles sol-air. 

Propagande antirusse ou pas ? Toujours est-il qu'à en croire la presse britannique, cette fois-ci, la menace russe n'aurait jamais été aussi précise. Alerte Rouge : le titre barre, ce matin, la Une du DAILY EXPRESS. Le journal publie une interview exclusive du secrétaire à la Défense qui évoque «une agression croissante» de la part de la Russie. Au cours de la seule année 2017, la Royal-Navy aurait été tenue d’intervenir pas moins de 33 fois pour contrer l’empiètement de ses frontières par l'armée russe. Ou quand «les vieilles menaces reviennent nous hanter», écrit le ministre britannique de la Défense. Preuve, quoi qu'il en soit, qu'il en va aujourd'hui de l'actualité comme des particules élémentaires : leur nature dépend du moment où on les regarde, mais aussi de celui qui les regarde.

Par Thomas CLUZEL

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