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Cordon de sécurité autour du siège de CNN à New York après al découverte d'un colis piégé.

Colis piégés aux Etats-Unis : "fake news, fake bombs" ?

6 min
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La presse américaine s'alarme de l'essor des thèses complotistes attribuant aux Démocrates eux-même l'envoi de 10 colis piégés à des personnalités anti-Trump. Le fils de Jamal Khashoggi autorisé à quitter l'Arabie Saoudite. Un couvre-feu décrété contre les restaurants de plage à Mogadiscio.

Cordon de sécurité autour du siège de CNN à New York après al découverte d'un colis piégé.
Cordon de sécurité autour du siège de CNN à New York après al découverte d'un colis piégé. Crédits : TIMOTHY A. CLARY - AFP

Nous en sommes ce matin à 10 bombes artisanales adressées à des figures de l'opposition à Donald Trump, et interceptées par les services de sécurité américains

La presse aux Etats-Unis suit minute par minute la "chasse à l'homme", l'enquête balbutiante qui pour l'instant se concentre en Floride, mais ce qui frappe les médias américains, c'est la prolifération de théories conspirationnistes autour de ces colis piégés.  A lire la longue analyse que consacre le New York Times au phénomène, on pourrait les résumer à cette formule :  "Fake News, Fake bombs" que l'on a pu lire hier sur la pancarte agitée par une militante républicaine, pendant un débat de la campagne des mid-terms. 

Chez les supporters du président, on se retient donc à peine de remettre en cause la réalité de ces attaques à la bombe. D'ailleurs, c'est l'argument-massue des complotistes, "sur dix soi-disant bombes envoyées, aucune n'a explosé : c'est bien la preuve qu'il s'agit de faux explosifs". 

"Fausse nouvelle, fausses bombes démocrates", c'est aussi, nous rapporte le site The Hill, ce qu'a écrit dans un tweet le chroniqueur de la chaîne Fox News, Lou Dobbs, avant de supprimer son message. Ça n'a pas empêché, sur cette même Fox News, l'expert maison en explosifs de se répandre en conjectures.

"Je crois que cette affaire est un coup monté, nous dit Geraldo Rivera, je suis convaincu que ces bombes n'ont pas été conçues pour exploser, mais pour diviser plus encore le peuple américain". il suggère que le responsable a simplement pu vouloir "faire du tort à Donald Trump" ; il évoque même l'hypothèse que tout ça ne soit qu'une nouvelle "invention des russes".   

Sur les chaînes radio, très populaires, des bloggeurs d'ultra-droite Rush Limbaugh et Alex Jones, on met les pieds dans le plat : ce sont les Démocrates eux-même qui ont fait le coup pour passer pour des victimes et relancer leurs candidats à deux semaines des mid-terms. La démonstration tient en une phrase : "A qui profite le crime? Aux démocrate? Alors ce sont donc eux les coupables!" Le genre de raisonnement à l'envers, contre lequel le Huffington Post  met en garde, tout en faisant remarquer que l'on n'en est pas loin, quand Donald Trump lui-même, dans ses derniers tweets, montre du doigts les victimes de ces colis piégés, les médias principalement, comme responsables de ce qui se passe pour avoir, avec leurs "fake news" à répétition, attisé la division et la haine dans le débat public. 

Le New York Times, d'ailleurs, constate que les théories du complot ne se sont jamais aussi bien porté en Amérique, que depuis que Trump est à la Maison Blanche. Par son utilisation des réseaux sociaux et des chaînes d'info conservatrices, il a "déclenché le turbo" en la matière, et les thèses conspirationnistes sont passées des limbes de la fachosphère aux Unes de médias "mainstream".

La presse arabe nous donne des nouvelles de la famille de Jamal Khashoggi 

On se souvient de cette photo et de l'indignation mondiale qu'elle avait suscité : celle, mardi à Riyad, qui montrait Salah Khashoggi, le fils aîné du journaliste sauvagement assassiné à Istanbul, forcé de serrer la main du prince héritier Mohamed Bin Salmane, lequel est très fortement soupçonné d'avoir commandité le meurtre de son père.

On a dit que Salah avait été forcé à cette poignée de main, filmée par les médias officiels saoudiens, parce qu'il avait le visage fermé, les mâchoires serrées sur la photo, et surtout parce que, comme le reste de sa famille, le jeune homme n'était pas libre de ses mouvements : depuis quelques mois il avait interdiction de quitter l'Arabie Saoudite nous explique le Middle East Eye, c'était pour le Royaume un moyen de faire pression sur son père qui lui avait choisi l'exil aux Etats-Unis voyant sa liberté menacée.

Eh bien ce matin le même Middle East Eye nous apprend que Salah et les siens ont pu échapper à leur prison à ciel ouvert : ils ont pris l'avion ce jeudi pour se réfugier à leur tour aux Etats-Unis. Leur libération aurait été négociée en personne à Riyad par le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo.

Faut-il y voir, pour autant, un signe d'ouverture de la part du régime saoudien qui nie toujours toute responsabilité dans la mort de Khashoggi?  Gulf News remarque en tous cas une timide inflexion dans la version officielle de sa mort : le procureur saoudien en charge de l'enquête affirmait hier que le meurtre avait bien été "prémédité".

Mais toujours dans Gulf News, cette phrase qui fait froid dans le dos : "les attaques 'injustes' contre le prince héritier l'ont rendu encore plus populaire chez les saoudiens" affirme l'ancien chef des services de renseignements du Royaume.  MBS renforcé ? La chaîne d'Etat Al Arabiya nous apprend qu'hier Mohamed Bin Salmane a présidé la première réunion du comité chargé de restructurer les services secrets saoudiens. C'est donc lui-même qui va tirer les leçons du scandale Khashoggi.

Le maire de Mogadiscio impose un couvre-feu sur les restaurants de plage de la capitale somalienne.

C'est la BBC Afrique qui nous alerté sur cette triste nouvelle pour la vie nocturne dans la Corne de l'Afrique. Car oui, et c'est en fait la première nouvelle, les plages du Lido, à Mogadiscio, étaient depuis deux ans un lieu très couru pour se réunir, manger et fumer la shisha jusqu'au petit matin. La jeunesse de Somalie voulait y voir un signe d'apaisement, de normalisation : les jihadistes d'Al Shabab n'avaient pas commis d'attentat meurtriers contre ces plages depuis 2016.

Autant dire que les lieux étaient redevenus très à la mode, sauf que ces derniers jours, le maire de Mogadiscio a donc sifflé la fin de la récréation. C'est à lire dans The East African : Abdu Rahman Omar Osmane a décrété un couvre-feu sur les nuits mogadisciennes. Les restaurants de plage devront fermer à minuit, car nous explique l'édile,  il fallait en finir avec "les entraves à la bienséance islamique", en particulier l'utilisation, par les jeunes clients, "des shishas et de divers stimulants cérébraux" qui les poussent à avoir des "comportements immoraux". 

Voila donc comment la presse africaine nous apprend en même temps l'existence d'une parenthèse enchantée pour la jeunesse somalienne, et le fait que cette parenthèse vient de se refermer.
 

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