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Un soldat égyptien en poste devant un bureau de vote du Caire.

Sombre retour en arrière

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Selon les premiers résultats issus de l’élection présidentielle en Egypte, le candidat sortant Abdel Fattah al Sissi est donné, sans surprise, en tête par la presse officielle, avec 92% des suffrages exprimés.

Un soldat égyptien en poste devant un bureau de vote du Caire.
Un soldat égyptien en poste devant un bureau de vote du Caire. Crédits : IBRAHIM EZZAT / NURPHOTO

Dans un dessin publié par le NRC HANDELSBLATT, un homme se tient debout dans la rue et regarde, circonspect, l'affiche placardée sur un mur de celui qu’on imagine être son président, en uniforme militaire et la poitrine bardée de décorations, traversée par une écharpe sur laquelle on peut lire ceci : «Dictature». Sur une deuxième image, notre homme a désormais rejoint une foule qui agite des panneaux, sur lesquels sont inscrits, cette fois-ci, les mots de «Révolution» et de «Liberté». Enfin, sur la troisième et dernière image, notre homme se retrouve à nouveau, seul, dans la rue. Sur le mur, trois affiches se dressent à présent face à lui. Sur chacune d’entre elles un homme y porte une écharpe sur laquelle on peut lire «Démocratie». Sauf que tous portent, aussi, l’uniforme militaire et ressemblent, à s’y méprendre, au dictateur de la première image. En trois dessins seulement, cette planche sous forme de bande dessinée résume, à elle seule, 7 années d’histoire égyptienne. Lorsqu’en 2011 le soulèvement de la place Tahrir parvient à renverser le dictateur Moubarak, ce dernier est remplacé l’année suivante par un islamiste Mohamed Morsi, le premier président élu démocratiquement. Mais lui-même sera écarté du pouvoir un an plus tard, par des manifestations massives qui porteront à la tête du pays le général Al-Sissi, lequel vient d’être réélu avec un score avoisinant les 92%, c'est-à-dire rappelle le quotidien Al-MASRY AL-YOUM, à un niveau comparable à celui de l’ex dictateur Moubarak. La boucle est bouclée.

Tragi-comique de répétition

Bien entendu, personne n'a jamais douté de l'issue de ce scrutin. Et pour cause, précise ce matin la correspondante du LOS ANGELES TIMES, puisqu'après avoir arrêté ou intimidé (pour qu'ils se retirent de la course) tous ces challengers les plus sérieux, ne subsistait face au président sortant qu'un seul candidat, ou plutôt une marionnette destinée à donner à cette élection un vernis de légitimité. Hier soir, à peine les bureaux de vote étaient-ils fermés, que dans un tweet Al-Sissi a, lui, déclaré : «Ces scènes d'Égyptiens réunis dans les bureaux de vote resteront ma source de fierté et d'honneur et une preuve convaincante de la grandeur de notre nation». Dans ce qui apparaît comme une vaste farce électorale, peut-être, fallait-il y voir une plaisanterie étrangement subtile ? Toujours est-il que la réalité apparaît, ce matin, bien différente. Un peu plus d'un électeur sur trois, seulement, s'est rendu aux urnes. Et ce alors même qu'en Egypte le vote est une obligation légale et que tout avait été fait pour inciter les électeurs à aller voter : quand on ne leur promettait pas des boîtes de nourriture ou des versements en espèces, ainsi que certains électeurs l'ont raconté aux journalistes sur place, d'autres se sont vu offrir de participer à un tirage au sort pour un pèlerinage gratuit à La Mecque si le taux de participation locale dépassait les 40 %. Et le journal LE TEMPS de relever, in fine, que la situation du pays illustre, sans doute, à la fois la part de l'échec de la séquence née en 2011 mais aussi les défis démocratiques auxquels sont confrontés les nouveaux régimes. Et d'en conclure qu'après celle de Vladimir Poutine, la réélection du président égyptien Abdel Fatah al-Sissi est un non-événement. Ou plutôt une illustration de plus du tragi-comique de répétition. 

Jamais, depuis des décennies, les tensions n'avaient atteint un tel niveau.

S’agissant de Vladimir Poutine, justement, Moscou a annoncé hier l'expulsion de 60 diplomates américains, en réponse aux mesures équivalentes prises par Washington après l'empoisonnement au Royaume-Uni de l'ex-agent double Segueï Skripal.La Russie donne une semaine aux 58 diplomates et deux autres fonctionnaires américains pour quitter le pays, prévient ce matin THE MOSCOW TIMES. Ou quand l'escalade continue, résume pour sa part THE NEW YORK TIMES. Jamais depuis des décennies, dit-il, les tensions n'avaient atteint un tel niveau, même si, rappelle toujours le quotidien américain, les relations entre la Russie et l'Occident s'étaient déjà bien dégradées depuis le rôle joué par Moscou dans la guerre en Ukraine, suivie de l'annexion de la Crimée, sans oublier son intervention en Syrie, son ingérence présumée dans les élections aux États-Unis et, plus globalement, dans toutes ses campagnes de désinformation destinées à discréditer et déstabiliser les démocraties occidentales. Reste que l'intensification de cette crise exerce, à présent, une pression supplémentaire sur le président Donald Trump, lequel hésite toujours à critiquer son homologue russe. Hier, la Maison-Blanche s'est, d'ailleurs, contentée de qualifier les actions en représailles du Kremlin de «nouvelle détérioration» des relations entre les États-Unis et la Russie.

Et puis toujours s'agissant des suites de l'affaire Sergueï Skripal, THE DAILY MIRROR et THE I rendent compte en Une, ce matin, de l'amélioration de l'état de santé de sa fille, Yulia, laquelle ne serait plus dans un état critique, contrairement à son père.

Enfin aux Etats-Unis la mort, dans la nuit du 18 mars dernier, de Stephon Clark a ravivé la colère et les protestations. Deux policiers, 10 minutes et 20 balles au total, voilà ce qui a provoqué la mort d'un nouveau jeune homme noir non armé (seulement muni de son téléphone portable) et tué, cette fois-ci, dans le jardin de la maison de sa grand-mère, rappelle THE NEW YORK TIMES. A Sacramento, cette ville où Blancs et Latinos sont largement majoritaires, la mort de Stephon Clark vient donc illustrer, une nouvelle fois, combien la police traite les citoyens noirs avec mépris et cible, notamment, de manière injuste les quartiers où ils résident. Hier, tandis que des centaines de personnes assistaient aux obsèques du jeune homme, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, qualifiait pour sa part cette fusillade «terrible» de sujet «local». Ce qui n'a pas manqué, évidemment note USA TODAY, de susciter l'indignation du représentant des élus afro-américains au Congrès. Quoi qu'il en soit, à Sacramento, précise encore le journal, les messages réclamant plus de justice qui s'accumulent sur les murs du bureau du procureur font, désormais, écho à de très nombreux autres endroits aux Etats-Unis (en particulier dans le Missouri, le Minnesota et à New York) où tant d'autres hommes noirs sont, là aussi, morts sous les coups de la police.

Par Thomas CLUZEL

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