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Donald Trump et Xi Jinping lors d'une rencontre bilatérale à Osaka (Japon) à l'occasion du G20 le 29 juin 2019.

Honk Kong : la Chine accuse les Etats-Unis d'ingérence dans la crise actuelle

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Ce nouveau sujet de crispation entre Pékin et Washington s'inscrit dans une longue tradition qui veut que les troubles intérieurs sont fomentés par des forces extérieures.

Donald Trump et Xi Jinping lors d'une rencontre bilatérale à Osaka (Japon) à l'occasion du G20 le 29 juin 2019.
Donald Trump et Xi Jinping lors d'une rencontre bilatérale à Osaka (Japon) à l'occasion du G20 le 29 juin 2019. Crédits : Brendan Smialowski - AFP

Le South China Morning Post, journal basé à Hong Kong, relate la conférence donnée mercredi par Tung Chee-wha, qui fut le premier chef exécutif de la région administrative spéciale de Hong Kong en République populaire de Chine, après la rétrocession, entre 1997 et 2005. Intervention d'autant plus remarquée qu'il s'agissait de sa toute première prise de parole publique depuis que le Bureau de liaison du gouvernement chinois a été pris pour cible par des protestataires. Il s'adressait à une centaine de chefs d'entreprises et politiciens pro-Pékin. Selon lui, loin d'être privés de leaders, les manifestants sont manipulés par des politiciens étrangers et des forces anti-chinoises qui cherchent à détruire la relation entre la Chine et Hong Kong. "Cette tempête, a-t-il déclaré, est rapidement montée en puissance et a été bien organisée. Nous avons des raisons de penser qu'il y a des cerveaux derrière cette tempête."  Et de préciser sa pensée : "Il pourrait y avoir interférence de forces extérieures et les indices désignent Taïwan et les Etats-Unis. Pas question d'accepter que le slogan "Non au projet de loi sur l'extradition" devienne "Libérons Hong Kong". Tung Chee-wha pose quatre principes qui ressemblent fort à des commandements pour régler cette crise : "la stabilité de Hong Kong ne peut pas être remise en cause, l'opinion publique ne peut pas être ignorée, la violence doit cesser et la souveraineté nationale ne peut pas être contestée". On admirera au passage la manière de placer la notion de légitimité de l'opinion publique à s'exprimer entre les principes gardiens de l'ordre garants du dogme "Un pays, deux systèmes".

Sur son site Internet, la chaîne américaine CNN pose la question : "la Chine accuse les Etats-Unis d'être derrière les événements de Hong Kong. Cela peut-il être vrai ?". L'article rappelle en préambule les propos avant-hier de la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères. Hua Chunying répondait aux déclarations de Mike Pompeo, quelques jours auparavant. Le secrétaire d'état américain déclarait "espérer que la Chine fera ce qui est juste face aux manifestants". Réponse de Hia Chunying : "J'ai bien peur que Mike Pompeo se considère toujours comme le chef de la CIA. Peut-être croit-il que les récents actes de violence  à Hong Kong sont raisonnables car, comme vous le savez sans doute,  il s'agit après tout de l'oeuvre des Etats-Unis".

Pour répondre à  la question de l'éventuelle ingérence américaine, CNN a interrogé Bonnie Glaser, spécialiste de la Chine au Centre d'études internationales et stratégiques qui rappelle que le même reproche avait été formulé à l'encontre de Washington pour les événements de la place Tienanmen en 1989, dans le droit fil d'une longue tradition qui veut que les troubles  intérieurs sont fomentés par des forces extérieures. Parmi les récentes péripéties qui pourraient accréditer la thèse de l'intérêt de Washington pour les événements de Hong Kong - l'euphémisme est de rigueur -, la rencontre médiatisée entre Mike Pompeo, le vice-président Mike Pence et Jimmy Lai, magnat de la presse et l'une des plus puissantes et actives voix pro-démocrates à Hong Kong. Mais, conclut Bonnie Glaser, "il est beaucoup plus facile pour le gouvernement de Pékin de désigner le monde extérieur comme agent perturbateur plutôt que d'admettre qu'il est confronté à de sérieux problèmes dans sa relation avec Hong Kong.

Un pays, deux systèmes : pour combien de temps ?

La relation entre Pékin et Hong Kong a-telle changé au fil du temps ? C'est l'objet d'une tribune intéressante publiée par Channel News Asia, réseau d'information basé à Singapour. Tribune signée par deux professeurs d'université : l'un à Hong Kong, Andrew Shen, l'autre à Pékin, Xiao Geng. Ce qui se passe aujourd'hui pourrait, écrivent-ils, remettre en cause le modèle Hong Kong, ville qui a longtemps joué le rôle de phare pour les autres mégapoles asiatiques, notamment pour avoir servi de pont entre l'orient et l'occident. Par ailleurs, il est de l'intérêt du gouvernement de Pékin de faire en sorte que Hong Kong demeure une cité pacifique et prospère ouverte sur le monde, qu'elle soit un exemple de fusion entre les pratiques commerciales chinoise et occidentale, entre les systèmes de gouvernance et les idéologies.

Mais là comme ailleurs, les réalités économiques interviennent pour changer la donne. Le remarquable développement économique de la Chine ces dernières décennies a érodé le leadership de Hong Kong comme centre financier et commercial. Les chiffres sont évocateurs : en  1997, Hong Kong concentrait la moitié du commerce extérieur de la Chine ; son PIB pesait un cinquième du total national. Aujourd'hui, Hong Kong ne pèse plus qu'un huitième du commerce chinois et son PIB est passé derrière celui de Shanghai, Pékin et Shenzen. Selon ces  deux professeurs, qui inscrivent leur réflexion dans le cadre du  principe "un pays, deux systèmes", le peuple de Hong Kong ne doit pas prendre le risque de casser sa relation avec le gouvernement central. Le risque serait que la cité la plus internationale de la Chine perde son statut et soit reléguée à l'arrière-plan par Pékin.

Un dernier mot pour évoquer une dépêche de l'agence officielle chinoise china.org, relayant un tweet du Global Times, journal chinois tout aussi officiel : un tweet qui ironise sur les critiques occidentales formulées à l'encontre de la police de Hong Kong et de ses méthodes brutales. Il est accompagné de quatre photos montrant la police américaine et européenne faisant usage de la force face à des manifestants. Le message est clair : qui êtes-vous pour nous donner des leçons de morale en matière de maintien de l'ordre ? Cela est peut-être à mettre en relation avec le message adressé hier aux autorités françaises par Amnesty International pour les exhorter à garantir des stratégies de maintien de l’ordre respectueuses des droits humains. Le drame de Nantes, la mort de Steve Maia Caniço, est emblématique, ajoute Amnesty, d’une "dérive en France ces derniers mois", et d'appeler à "un usage strictement nécessaire et proportionné de la force".  Voilà un axe Paris - Pékin que l'on n'attendait pas à voir émerger au détour de cette promenade à travers la presse mondiale.

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