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Le conservateur Sebastian Kurz et et le chef du Parti vert autrichien, Werner Kogler (dte) se serrent la main lors d'un communiqué de presse après les négociations de coalition pour un nouveau gouvernement autrichien. Vienne, 1er janvier 2020

Autriche : drôle d'alliance conclue entre le turquoise et le vert

6 min
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Une coalition improbable entre conservateurs et écologistes s'apprête à gouverner l'Autriche. Sebastian Kurz revient au pouvoir, en tandem avec les Verts. Egalement au sommaire de cette revue de presse internationale : la nouvelle campagne de recrutement de l'armée britannique.

Le conservateur Sebastian Kurz et et le chef du Parti vert autrichien, Werner Kogler (dte) se serrent la main lors d'un communiqué de presse après les négociations de coalition pour un nouveau gouvernement autrichien. Vienne, 1er janvier 2020
Le conservateur Sebastian Kurz et et le chef du Parti vert autrichien, Werner Kogler (dte) se serrent la main lors d'un communiqué de presse après les négociations de coalition pour un nouveau gouvernement autrichien. Vienne, 1er janvier 2020 Crédits : Florian Wieser / EPA / Newscom - Maxppp

L'alliance inédite de deux couleurs politiques, avec un bébé du 1er janvier que s'amuse à décrire le quotidien Österreich. L'enfant a été annoncé par ses parents hier soir, à 21h03 très précisément. L'heureux papa conservateur et de nouveau chancelier, Sebastian Kurz, et l'heureux papa vert et vice-chancelier, Werner Kogler, ainsi que leurs partis respectifs, l'ÖVP et Die Grünen, sont fiers de vous annoncer la naissance d'un programme commun de gouvernement.

Un petit bonheur inédit en Autriche car ce contrat de coalition signé hier entre les deux leaders met un terme à plusieurs semaines de négociations et scelle une alliance entre les conservateurs ultra-libéraux et les écologistes de gauche. Voilà qui marque un virage à 180° pour La Libre Belgique, puisqu'il y a deux ans Kurz avait fait un choix de coalition bien différent. Celui de gouverner avec le parti d'extrême droite FPÖ. Un mariage qui s'est soldé par un divorce au bout de 18 mois suite à un scandale de corruption impliquant la formation nationaliste. D'autant que Les Verts, ancrés à gauche pendant toute cette période, ont été de virulents opposants, révulsés par leur politique  d'immigration, de sécurité et leurs choix budgétaires, rappelle le journal belge.

Mais Kurz, à 33 ans maintenant, demeure un brillant tacticien. Sorti vainqueur des élections générales de septembre, il tend la main aux écologistes arrivés 4ème avec environ 14% des suffrages. Les deux partis détiennent ensemble 97 sièges au Parlement autrichien, qui en compte 183. Et les voilà donc qui s'entendent sur un programme commun, avec un futur gouvernement jeune, féminin, à première vue passionnant.

Dans leur déclaration à la presse hier, les deux hommes disent avoir réussi à combiner le meilleur des deux mondes. Ce qui sous-entendrait que chacun aurait fait des compromis tout en tenant des promesses électorales majeures. Tout cela résumé par cet argument marketing signé Sebastian Kurz : "Il est possible de protéger le climat et les frontières".

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. Crédits : Askin Kiyagan - AFP

Mais pour le quotidien Österreich, il est évident que Kurz est le grand vainqueur de ce pacte, les Verts ne fournissant qu'un habillage écolo. Pour preuve, un document que s'est procuré le journal, contenant des détails du futur programme, de prochaines annonces. Comme  l’interdiction du voile jusqu'à l'âge de 14 ans ou la création de nouveaux centres de rétention pour les demandeurs d'asile.Un vrai buffet, non pas de couleuvres mais d'anacondas, à avaler pour les Verts qui semblent n'obtenir que de petites concessions. Un paquet climat, un paquet transparence de l'État, et un paquet lutte contre la pauvreté des enfants.

Le Süddeutsche Zeitung évoque également un verdissement du système fiscal. "Ecologie et justice sociale vont de pair" annonçait hier Kogler, prédisant que l'Autriche allait devenir le pionnier européen de la protection du climat. Pas forcément de quoi rassurer son électorat, mais juste assez pour convaincre son parti samedi, lors du Congrès fédéral, de voter les termes de l'alliance, rappelle le journal autrichien de centre-droit Die Presse. On en saura de toute façon plus cet après-midi avec l'annonce officielle du programme et des membres de gouvernement.

Il y a eu plusieurs fuites ces derniers jours dans la presse autrichienne. De la nouveauté, des femmes, je le disais précédemment. Susanne Raab, une très proche de Sebastien Kurz, devrait hériter d'un tout nouveau ministère de l'Intégration. Le régalien sera a priori aux mains de l'ÖVP, à l'exception peut-être de la justice.

Die Grünen devrait décrocher un "super ministère" de l’Environnement qui inclurait aussi Transports, Infrastructures, Energie, Technologie et l'innovation. Avec à sa tête Leonore Gewessler, ancienne présidente de Global 2000, l'une des plus importantes ONG écologistes du pays. Et puis d'autres portefeuilles devraient aussi leur revenir, comme la Culture et les Affaires sociales. Österreich laisse une interrogation en  conclusion de sa série d'articles sur le sujet : combien de temps peut durer une telle alliance.

Une actualité bien différente anime la presse du Royaume-Uni ce matin : la nouvelle campagne de recrutement de l'armée britannique.

Sans surprise, c'est partout pareil dans le monde, l'armée recrute. Car elle manque de bras et de jambes. Un effectif de 73 000 hommes à temps plein alors que les besoins s'élèvent à 82 000 hommes, révèle le Daily Mail. Un manque difficile à combler. Pire, cet écart progresse d'année en année. D'où le besoin de communiquer pour l'armée qui fait appel à un prestataire, Capita, depuis 2012, pour élaborer ses campagnes de recrutement. Agence très inefficace si l'on en croit les critiques rapportées par les journaux, et les chiffres évoqués à l'instant. Sauf l'année dernière.

La campagne 2019 "Your Army Needs You" a eu un grand succès, explique le Telegraph. Succès qui s'est traduit par une hausse des candidatures, 16 000 pour le seul mois de janvier 2019. Je précise bien candidatures et non recrutements, tous ceux qui postulent ne finissent pas dans les rangs. Les recrutements tournent autour de 8 000. Mais succès donc, et ce malgré la polémique qui a accompagné la campagne. Puisqu'on voyait sur les affiches la cible visée pour le recrutement. Il y était écrit en gros : les zombies du téléphone, les drogués du selfie, la génération snowflake. Snowflake, terme péjoratif utilisé pour parler des nouvelles générations supposées hyper-égocentriques et hyper-sensibles à la moindre parole  de travers.

Pour la campagne de cette année, la cible est la même mais les critiques ont été entendues, aucune expression polémique. Le slogan : ‘Army confidence lasts a lifetime’. Qu'on traduit par "la confiance en soi, l'estime de soi qu'apporte l'armée dure toute une vie". Tout cela, mis en opposition directe sur les affiches à la confiance en soi que procure la mise en scène de sa vie sur les réseaux sociaux. Le Telegraph raconte que l'agence s'est basée sur une étude qui révèle que 54% des Britanniques de 16 à 24 ans pensent être handicapés par un manque de confiance en soi. L'armée, explique le Financial Times, viendrait alors satisfaire le besoin de confiance en soi et de reconnaissance que cherche la génération Instagram.

Mais même si la campagne se révélait fructueuse à nouveau cette année, précise le Daily Mail. Parenthèse : à 3 millions et demi d'euros la campagne, on peut l'espérer. L'armée prend également soin de revoir ses standards de recrutement. Peuvent désormais candidater les personnes souffrant d'asthme et d’eczéma. Il n'est pas précisé si la Ventoline et la crème leur sera gracieusement fournie.

Et puis, pour ceux qui seraient "un peu trop lent ou un peu trop large", comme l'énonce le colonel en charge du recrutement, un stage de 4 semaines est proposé. Quatre semaines pour battre le chrono et avoir un Indice de Masse Corporelle qui entre dans les standards de l'armée. Il n'est pas précisé non plus dans quel état psychologique se trouvera celui à qui l'armée refuse le droit à une confiance en soi qui dure toute une vie.

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