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Manifestation de la diaspora Oromo à Saint-Paul, Minnesota, USA

L'assassinat d'un chanteur populaire remet le feu aux poudres ethniques en Ethiopie

5 min
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Hachalu Hundessa, chanteur adulé par la jeunesse Oromo en Ethiopie, a été tué par balles lundi. Depuis, cette ethnie majoritaire mais marginalisée crie justice et conteste son Premier ministre Abiy Ahmed. En Russie, le référendum constitutionnel préfigure une démocratie russe en trompe-l'oeil.

Manifestation de la diaspora Oromo à Saint-Paul, Minnesota, USA
Manifestation de la diaspora Oromo à Saint-Paul, Minnesota, USA Crédits : Stephen Maturen - AFP

Quand l'assassinat d'un chanteur populaire menace une fragile démocratie : nous sommes ce matin en Ethiopie.  

Addis Abeba et son journal en langue anglaise The Addis Standard nous plongent en plein dans l'évenement: en deux jours, 81 personnes sont mortes à travers le pays, dans la sanglante répression de manifestations qui font donc suite à la mort du jeune chanteur Achalu Hundessa, tué par balles lundi à Addis-Abéba dans des circonstances qui restent encore très floues.  

Ca ne transparait pas forcément à l'écoute, mais cette musique d'Achalu Hundessa était comme son auteur, très engagé dans la vie politique de son pays l'Ethiopie pour la cause des libertés de la démocratie et de son peuple, les Oromo. C'est d'ailleurs, précise la BBC Afrique, pour ces trois raisons que la pop-star avait soutenu avec ferveur l'ascension vers le pouvoir il y a deux ans du Premier ministre actuel Abiy Ahmed, premier dirigeant issu de l'ethnie Oromo pourtant majoritaire parmi les quelques 100 millions d'habitants du pays mais qui a toujours été marginalisée politiquement et espérait son heure enfin arrivée en 2018. 

Dès mardi matin, les manifestations spontanées et furieuses de jeunes Ethiopiens ont pris une coloration très ethnique, avec des slogans et des chants repris dans le repertoire d'Achalu Hundessa à la gloire de la nation Oromo. Dans plusieurs villes, d'après les récits qu'a pu rassembler Al Jazeera, les défilés de jeunes Oromos ont viré à l'affrontement avec des groupes issus d'autres ethnies puis avec la police. L'armée a été déployée dans la capitale.   

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La révolte qui s'est levée avec la mort du chanteur est aussi très politique : elle demande des comptes à Abiy Ahmed sur ses promesses non tenues justement au détriment des Oromos. Plusieurs leaders de mouvements d'opposition, rapporte The Addis Standard, ont d'ailleurs été arrêtés par la police, sans motif clair, en marge des défilés. Il faut dire, avec la revue en ligne Quartz Africa, que depuis la mi-juin Abiy Ahmed est sous le feu des critiques de ses opposants pour avoir repoussé à l'an prochain les élections générales, arguant du danger sanitaire et de la Covid-19 dans un pays qui n'affiche à ce jour pas plus de 5000 cas détectés et 103 morts.   

Abiy Ahmed, qui a été présenté comme le miracle démocratique d'Afrique de l'Est il y a deux ans, déçoit donc jusque dans les rangs de son ethnie, les Oromos. Il se défend en appelant à l'union des toutes les ethnies au sein de la communauté nationale, il accuse à demi-mots l'Egypte et le Soudan d'avoir commandité le meurtre du chanteur pour destabiliser l'Ethiopie et l'affaiblir dans le conflit qui oppose les trois pays autour du futur grand barrage éthiopien sur le Nil.  

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Mais ces réponses ne portent pas. La colère du peuple Oromo est profonde, historique, elle ressurgit depuis lundi sous des formes et dans des endroits parfois étonnants : dans la banlieue sud de Londres par exemple, on apprend dans l'Express and Star qu'une foule d'immigrés Ethiopiens a saccagé une statue d'Hailé Sellasié dans le parc de Wimbledon. Hailé Sellassié, dernier empereur d'Ethiopie jusqu'en 1974 qui n'a pas été que le Messie des rastafariens, mais aussi un dictateur qui a réprimé sévèrement les révoltes Oromo de l'époque. 

Les blessures de l'histoire sont encore vives, comme l'est le sentiment d'injustice et de déclassement des Oromos d'aujourd'hui. C'est tout celà que chantait Hachalu Hundessa, et que crient les siens depuis trois jours, avec le risque que cette flambée violente de nationalisme Oromo ne fasse dérailler le processus démocratique et civique engagé, depuis deux ans par Abiy Ahmed en Ethiopie. Je vous conseille très vivement à ce sujet l'analyse du grand universitaire somalien Abdi I Samatar pour le média sud-africain Business Day.   

Retour à présent sur le référendum constitutionnel qui a pris fin hier en Russie. 

... Pas tant sur le résultat : plus de 70% de "oui" à la grande réforme poutinienne de l'organisation politique et sociale de la Russie, c'est tout sauf une surprise. Vladimir Poutine peut donc se maintenir au pouvoir jusqu'en 2036 ; ce soit-disant plébiscite en faveur du président est à la Une de tous les journaux de Moscou ce matin.  

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Attardons-nous plutôt sur le processus électoral qui a permis ce plébiscite : on le fait avec ce commentaire très acerbe du journaliste/polémiste Fédor Krasheninnikov publié sur le média en ligne dissident Republic.  Le référendum constitutionnel, je vous l'expliquais il y a une semaine, a duré 7 jours, selon un procédé encore jamais vu qui a consisté à aller chercher les électeurs là où ils étaient pour les faire voter au maximum et eviter une abstention qui s'annonçait très forte. Le vote électronique a été utilisé sous à peu près toutes ses formes possibles, on a monté des bureaux de vote mobiles dans les rues, les supermarchés, les maisons de retraites, etc. 

On a complètement distendu l'idée-même du vote, on l'a déformée dans le temps et l'espace, décrit Krasheninnikov, à un tel point que le principe qui en est la base (un jour, un lieu de vote, un cadre fixe et contraint pour éviter les détournements) a perdu tout son sens.  A partir de là, il suffit de consulter les infos du site Meduza pour savoir que des fraudes ont existé, à travers tout le pays, pour arriver au résultat escompté, plus de 60% de participation et plus de 70% de "oui" à l'avenir radieux bâti par Vladimir Poutine.   

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En prétendant moderniser et ouvrir l'élection, le président russe l'a tuée ; il acte ainsi la fin de la démocratie russe par sa dillution dans elle-même. Pour Fédor Krasheninnikov dans Republic, donc, il serait naïf de croire que ce plébiscite n'était qu'une exception, que les prochaines élections en Russie ne vont pas s'inspirer des mêmes procédés. Une manière en creux pour l'élite russe de reconnaître que le Poutinisme n'a plus le soutien de la population, et qu'il faut trouver d'autres moyens pour légitimer sa survie.

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