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Manifestants portants des masques de B. Netanyahou et B. Gantz, Tel Aviv le 02/12/20

Crise politique en Israël : chronique d'un naufrage annoncé

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Le parti de Benny Gantz a voté pour la dissolution du parlement israélien, basculant dans l'opposition alors qu'il était censé gouverner avec Netanyahou. Le pays se dirige vers d'énièmes élections. En Chine, un procès pour lancer une vague #metoo? Evocations de VGE dans la presse européenne.

Manifestants portants des masques de B. Netanyahou et B. Gantz, Tel Aviv le 02/12/20
Manifestants portants des masques de B. Netanyahou et B. Gantz, Tel Aviv le 02/12/20 Crédits : Jack Guez - AFP

De nouvelles élections législatives se profilent en Israël... et il n'y a guère lieu de s'en réjouir.  

Ce seraient les quatrièmes en moins de deux années, signe très clair d'un délitement complet de la vie politique israélienne selon la plupart des observateurs à Tel Aviv et Jérusalem. Signe surtout d'un échec, prévisible, de ce gouvernement d'union conclu au printemps dernier entre Benyamin Netanyahou et son grand rival de centre-gauche Benny Gantz : ils devaient se partager le poste de Premier ministre, Netanyahou devait céder la place à Gantz au début de l'année prochaine mais et ça n'aura vraisemblablement pas lieu, constate Haaretz, pas franchement surpris de cet échec annoncé. 

Le "gouvernement des damnés" va tomber, écrit Anshel Pfeffer, et un hypothétique compromis de dernière minute sur leur dernier sujet de discorde (l'adoption du buget 2021) n'y changera rien : "ce gouvernement ne va nulle part", et Israël avec. Ce mercredi  le parti de Benny Gantz a basculé dans l'opposition, en votant pour une dissolution de la Knesset en signe de rupture avec Netanhayou. Ce dernier est "le principal responsable de l'échec gouvernemental", selon l'éditorial cinglant du Jerusalem Post pour qui le Premier ministre est "inexcusable" d'avoir piétiné son accord de coalition avec son ennemi juré, refusant de céder la place comme il s'y était engagé au prétexte que l'urgence sanitaire exigerait la plus grande stabilité gouvernementale.  

Netanyahou, assène encore le Jerusalem Post, ce sont dix années de corruption éhontée, de "promesses non tenues pour Israël, de trahisons systématique de ses alliés politiques"... et finalement de crise parlementaire sans fin. Alors tout de même, plaide David Horowitz du Times of Israel, Benny Gantz porte lui aussi une part de responsabilité dans l'impasse actuelle, ne serait-ce que pour avoir fait semblant de croire à une alliance avec Netanyahou en avril, lui donnant la possibilité de se maintenir au pouvoir en sachant très bien qu'il ne le céderait pas si facilement. 

Au final, les élections se profilent donc pour mars 2021 ; "elles ne résoudront rien de la crise" interne qui consume Israel, prévient le Yediot Aharonot pour qui "certes le gouvernement actuel est terrible mais il reste moins pire que cette perspective des quatrièmes législatives en moins de deux ans", en pleine pandémie, et en sachant que les partis ultra-orhodoxes seront plus que jamais en embuscade.  

En Chine le mouvement #metoo connaît enfin son premier grand procès.  

Il n'en est encore qu'à ses balbutiements, ce mouvement de dénonciation des violences sexuelles subies par les femmes en Chine : le magazine en ligne SitxhTone nous fait le récit de plusieurs témoignages, apparus ces deux dernières années sur les réseaux sociaux chinois de femmes qui ont osé briser le silence ambiant... mais qui sont toujours confrontées à l'inertie de la société et à la lenteur de la justice. 

Pourtant, la Chine a besoin comme le reste du mopnde de son tremblement de terre #metoo, il faut que les récits se multiplient et "aboutissent à des lois vraiment fortes contre le harcèlement sexuel", au travail, à l'université, dans tous les aspects de la vie, écrit le journaliste Chen Ronggang. Et c'est justement l'espoir qu'incarne le procès ouvert ce mercredi d'un célèbre présentateur de la télévision publique CCTV. 

Le South China Morning Post décrit la plaignante, Zhou Xiaoxuan, comme "la pionnière de #metoo en Chine" : elle a commencé à parler, seule contre tous, il y a deux ans et son récit a reçu un écho inattendu. Des centaines de personnes, des jeunes femmes pour la plupart, sont d'ailleurs venues la soutenir mercredi devant le tribunal de Pékin où son agresseur doit être jugé. 

La jeune femme de 27 ans accuse le journaliste de l'avoir embrassée de force après l'avoir harcelé pendant toute la durée de son stage, il y a six ans, dans la rédaction de la chaîne. Son agresseur présumé a toujours nié les faits, il n'est  pas venu à l'ouverture du procès et il a même déposé plainte il ya deux ans contre son accusatrice, pour avoir "attenté à sa réputation". 

Toute cette affaire, nous dit la BBC,  a été largement médiatisée en Chine ; elle pourrait donc constiter un "point de bascule", susciter d'autres révélations de la part de victimes. Mais d'ores et déjà, tout un pan de la jeunesse chinoise a pris fait et cause pour Zhou Xiaxuan, et se sent portée par cette mobilisation qui lui redonne l'espoir d'arriver à changer un peu, tout de même, les mentalités patriarcales en Chine.  

Cela ne se fera pas en un jour ou en un procès, reconnaît toutefois le quotidien en ligne proche du régime Global Times : alors que débute le procès à Pékin, dans la ville de Hangzhou une femme de ménage a dû payer à son employeur une amende équivalent à la moitié de son salaire, parce qu'elle était rentrée par accident dans la salle de bain d'un des patrons de l'entreprise pendant qu'il prenait sa douche. 

L'homme a également déposé plainte en justice, et l'affaire suscite un début de controverse chez les internautes chinois, nombre d'entre eux se demandant si la réprobation aurait été aussi forte si c'était un homme qui était rentré par erreur dans la salle de bain d'une femme. 

Quels souvenirs la presse européenne gardera-t-elle de Valéry Giscard d'Estaing ? 

Le souvenir d'un homme d'Etat qui a "dédié une bonne partie de son oeuvre politique à la construction européenne et à l'amitié franco-allemande" : c'est le trait saillant des portraits à lire ce matin dans la presse d'outre-Rhin, à commencer par la Frankfurter Allgemeine Zeitung qui se souvient de "la haute silhouette aristocratique du président français, qui étonnament s'accordait bien avec la personnalité, plus audacieuse, du chancelier Helmut Schmidt". 

"Ces deux-là regardaient dans la même direction", écrit la FAZ et ils ont mené leurs deux pays dans cette amitié scellée ensuite par Mitterrand et Kohl. "Un ami fidèle des Allemands, un grand européen" salue également Die Welt qui nous rappelle que "VGE était né à Coblence, en Allemagne il y a 94 ans". Il aimait pourtant rappeler, se souvient Der Spiegel, que "le premier allemand qu'il avait vu en vrai, c'était pendant la seconde guerre mondiale, à travers le viseur d'un char d'assaut". 

Valery Giscard d'Estaing était un "modernisateur de France et un batisseur d'Europe", poursuit El Pais sous la plume de Marc Bassets, justement parce qu'il était "l'un des derniers représentants de cette génération d'une autre époque, celle qui avait vécue la guerre dans sa jeunesse et avait vu de ses propres yeux le sort auquel se condamnait une Europe déchirée".  

"Un grand homme politique", insiste The Guardian, mais avec tout de même une "relation d'amour-haine compliquée avec le Royaume-Uni" et la reine Elizabeth II qui le battait froid dans leurs premières rencontres, mais dont il avait fini par gagner la confiance. ; "elle lui avait offert une labrador noir", note The Daily Mail pour qui, on ne va pas se mentir, VGE restera toujours "le président français qui s'était vanté dans un roman d'avoir eu une aventure avec la princesse Diana". Une affaire qu'il avait ensuite démentie comme "purement fictionnelle"... mais qui n'en est pas moins rappelée par tous les journaux britanniques ce matin.

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