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Thomas Kemmerich (de dos) félicité par le leader de l'AFD Björn Höcke

Montée de l'extrême droite : l'histoire est-elle en train de se répéter en Allemagne ?

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Ce mercredi, le libéral Thomas Kemmerich a été élu chef de la région de Thuringe avec les voix de la CDU... et celle du parti d'extrême droite AFD. Les médias allemands y voient un inquiétant parallèle avec la montée du parti nazi entamée il y a près d'un siècle dans la même région.

Thomas Kemmerich (de dos) félicité par le leader de l'AFD Björn Höcke
Thomas Kemmerich (de dos) félicité par le leader de l'AFD Björn Höcke Crédits : Martin Schutt - Maxppp

La revue de presse, aujourd'hui, débute avec par citation. 

Nous sommes en Allemagne, et voici la citation en question :  "Nous avons obtenu la plus belle des victoires, en Thuringe. A présent nous sommes vraiment un parti incontournable là-bas ; les partis de Thuringe, qui formaient auparavant le gouvernement, ne peuvent plus former de majorité sans notre participation.

Cette phrase, elle colle parfaitement à l'actualité allemande, à cette élection hier du Premier ministre du Land de Thuringe, dans le centre-est du pays, qui a vu le libéral Thomas Kemmerich élu avec les voix du parti d'extrême-droite AFD.  Sauf que cette phrase, citée par Der Spiegel, elle a été écrite, le 2 février 1930 par Adolf Hitler. Car il y a un peu plus de 90 ans, c'est bien en Thuringe que le jeune parti nazi  allemand entamait sa conquête du pouvoir, dans des conditions tout à fait similaires. 

Le parallèle historique est dans tous les esprits, en Allemagne depuis hier, depuis, nous dit encore Der Spiegel, qu'un "tabou absolu a été brisé" : ce mercredi donc à Erfurt, capitale de la Thuringe, "un parti qui représente à peine 5% des votes au niveau national, le FDP libéral, s'est fait élire à la tête d'un gouvernement régional grâce aux voix de l'extrême-droite populiste", xénophobe, révisionniste, pour ne pas dire néo-nazie.  

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"Ce qui s'est passé hier restera dans l'histoire" commente Jonas Schaible toujours dans Der Spiegel, comme "une double trahison" : celle des libéraux avant tout, qui ont accepté de gagner avec ces alliés-là, même s'ils disent à présent qu'il n'est pas question de gouverner ensemble, qu'ils veulent former une coalition de gouvernement avec les Verts et le SPD, le centre-gauche... ce que ces deux partis ont d'ailleurs immédiatemment refusé. 

Trahison aussi, et énorme malaise, au sein de la CDU, le parti chrétien-démocrate de la chancelière Merkel dont les élus de Thuringe ont voté hier, avec l'AFD, l'élection du libéral Kemmerich. En fin de journée, pour tenter de dissiper le malaise, les responsables nationaux de la CDU appelaient à l'organisation d'une nouvelle élection en Thuringe : "plutôt ne pas gouverner, que de gouverner grâce à ces voix-là".  

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Les partis de droite traditionnelle ont beau exprimer leur surprise et leur indignation, une partie de la presse allemande estime qu'ils auraient du voir le danger venir.  C'est le cas notamment de la Berliner Zeitung, où l'on lit ce commentaire signé Sabine Rennefanz : avant le vote, hier à Erfurt, flottait dans l'air ambiant "ce sentiment que quelque chose d'encore jamais vu, d'apparemment inconcevable, allait bel et bien se passer". Un peu, nous dit la journaliste, "comme avant le référendum sur le Brexit ou l'élection de Donald Trump : ça ne doit pas arriver selon les calculs, mais ça arrive quand même". 

Ensuite, tout le monde fait mine de tomber de sa chaise, d'être horrifié... sauf qu'à bien y regarder, il y avait bien des indicateurs qui auraient du nous alarmer.  A commencer par "la croissance très rapide du vote AFD en particulier dans l'Est allemand" et le fait que, dans ces régions rurales comme la Thuringe, les élus locaux de la CDU ont tellement peur de perdre leur mandat qu'ils évoquent à demi-mot depuis plusieurs mois la possibilité d'une alliance avec l'extrême-droite". 

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Pour ceux-là, "le carriérisme politique est donc passé avant les valeurs démocratiques les plus élémentaires, on en est là..." écrit encore Sabine Rennefanz.. A moins que ce ne soit la vieille haine de la gauche qui ait prévalu, que ces élus de droite n'aient pas vu le mal qu'il y avait à vendre leur âme à l'AFD pour priver die Linke du'une réélection en Thuringe. 

Quoi qu'il en soitn, ces calculs politiques nous rappellent le début des années trente et à la montée du parti nazi. La question est donc bien : "l'histoire est-elle en train de se répêter en Thuringe" et plus globalement en Allemagne? C'est très précisément en ces termes que la pose Peter Frey, le chef du service politique de la ZDF, la deuxième chaîne publique fédérale.  

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"En offrant à l'AFD, l'extrême-droite, le rôle de faiseur de roi en Thuringe, le chef régional du parti libéral thomas Kemmerich a fait un choix inacceptable, il a brisé un tabou historique de 1924, nous dit l'éditorialiste, évoquant comme on l'a déjà fait au début de cette revue de presse cette date où le NSDAP se retrouvait au centre de l'échiquier politique et ne le quiterrait plus, avec comme "terminus, Buchenwald", dixit Peter Frey. Il livre ensuite sa prescription, pour ne pas que l'histoire se répête : il faut que les partis démocratiques lèvent au plus vite toute ambiguité, prennent leurs distances avec leurs élus régionaux qui ont pactisé avec l'AFD. Des têtes doivent tomber, une nouvelle élection doit être organisée.  

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Mais qu'on ne se leurre pas pour autant : "ce qui s'est passé hier en Thuringe n'est pas un simple accident", avertit Georg Fulberth pour l'hebdo Der Freitag : à Erfurt on aurait pu voir émerger une sorte d'union républicaine gauche-droite contre le retour des fascistes. A la place, on a assisté au naufrage des partis traditionnels du centre. 

"Le centre est mort, restent les extrêmes", et les digues politiques sautent les unes après les autres. "Non, ce qui s'est passé hier n'était pas un accident", martèle donc Georg Fulberth en conclusion : c'est plutôt un aperçu de ce qui attend, si l'on n'y prend pas garde, la politique allemande dans un avenir proche.

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