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Militants pro-Trump à l'assaut du Capitole, Washington le 06/01/21

Unanime, la presse américaine appelle Donald Trump à "concéder sa défaite ou démissionner"

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La presse américaine, libérale comme conservatrice, pointe les responsabilités du pyromane Trump dans l'attaque sans précédent mené ce mercredi soir contre les institutions démocratiques des Etats-Unis. "Il doit reconnaître sa défaite ou démissionner'", "il doit être révoqué" clament les éditoriaux.

Militants pro-Trump à l'assaut du Capitole, Washington le 06/01/21
Militants pro-Trump à l'assaut du Capitole, Washington le 06/01/21 Crédits : Saul Loeb - AFP

Ce que nous dit la presse américaine ce matin, c'est que toutes choquantes que soient les scènes vues au Capitole hier soir, elles ne devraient malheureusement pas nous étonner. 

D'ailleurs vous vous en souvenez peut-être, mardi je terminais ma revue de presse sur cette phrase tirée d'un article de Peter Baker du New York Times : " Il y a une insurrection qui se prépare contre la démocratie américaine, la plus dangereuse depuis des générations, et cette insurrection est préparée, depuis le bureau ovale de la Maison Blanche, par celui-là même qui est censé protéger la démocratie".  Difficile de faire plus efficace comme prédiction, vous en conviendrez, et pas étonnant qu'elle nous vienne d'un Peter Baker, correspondant du NYT à la Maison Blanche ces quatre dernières années, autant dire en première ligne pour voir se mettre en place ce pourrissement de la démocratie américaine qui a bien failli la mettre à bas tout entière mercredi soir au Capitole. 

Cette "insurrection ratée", puisque le mot a été utilisé tout à l'heure par le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell (celui-là même qui a donné les clés du parti à Donald Trump depuis 2016), cette "insurrection" passée si près du coup d'Etat, elle est, pour le même Peter Baker aujourd'hui, "la concrétisation des pires craintes que l'on pouvait nourrir sur la manière dont se terminerait l'ère Trump", "le pire des scénarios" qui donne raison à ceux qui, comme le journaliste du Times donc, n'ont jamais cessé d'alerter sur la menace démocratique, et qui bien trop souvent "se sont retrouvés eux-mêmes critiqués, soi-disant trop alarmistes" ou obsédés par un Trump que l'on préférait caricaturer comme ridicule et inoffensif. 

Non : Donald Trump a tout fait, depuis quatre années, pour en arriver à ce moment précis que l'Amérique a vécu hier soir, il en porte la responsabilité et c'est sur ce point bien précis qu'insistent en Une aussi bien le New York Times que le Washington Post : ce sont des foules envoyées, fanatisées par le président lui-même qui ont fait irruption dans le saint des saints de la démocratie américaine. Même les médias conservateurs The National Review et The Washington Examiner se rendent ce matin à l'évidence : "c'est Trump qui porte la culpabilité morale pour les violences d'hier", "Trump et ses troupes ont déshonoré l'Amérique". Venant de journaux qui ont soutenu le président et sont si proches du parti républicain, ça mérite d'être souligné.  

Et s'il est besoin de démontrer cette responsabilité de Donald Trump dans la manière dont les évènements ont basculé mercredi soir, il suffit de se replonger dans le discours qu'il a prononcé devant la Maison Blanche juste avant la marche vers le Capitole. C'est ce que fait Maggie Haberman, l'autre âme damnée du président sortant au New York Times : elle rappelle que c'est bien lui qui a appelé ses milliers de supporters à converger vers Washington pour faire obstacle à la certification de la victoire de Joe Biden ; une fois au cœur de la capitale, c'est toujours lui qui les a incités à marcher vers le Capitole. Haberman cite cette phrase, accablante a posteriori, où il leur crie "ce n'est pas en vous montrant faibles que vous récupèrerez votre pays". "C'est avec ses mots, trop longtemps minimisés, que Donald Trump a contribué à déclencher des heures de violence et de chaos au Capitole", écrit froidement Maggie Haberman.  

Et s'il faut une autre preuve de la culpabilité du pyromane Trump, toujours dans le Times, on la trouvera dans le fait que l'homme de la Maison Blanche n'a rien fait, pendant l'assaut du Capitole, pour déployer les forces de l'ordre nécessaires à ramener le calme et sauver les institutions démocratiques. Ce n'est pas lui, le "Commander in chief", mais son vice-président Mike Pence depuis le bunker sous le Capitole où il avait été mis en sécurité, qui a déclenché l'envoi en renfort des militaires de la Garde nationale. Ce matin le Washington Post dans son éditorial en tire la conclusion qui s'impose : même s'il ne lui reste que 13 jours de mandat, "Donald Trump doit être d'urgence éloigné du pouvoir, il est une menace et le pays sera en danger, tant que cet homme restera à la Maison Blanche". "Concédez votre défaite, ou démissionnez" : voilà le seul choix que laisse au président sortant, cette fois, l'éditorial très péremptoire du Chicago Tribune.  

Enfin si l'on regarde tout ça avec le recul que permet la presse étrangère, il y a de quoi douter désormais de la grandeur de la démocratie américaine. C'est d'ailleurs un boulevard qui s'ouvre devant tous ceux qui, de Moscou à Pékin, n'ont de cesse de renforcer leur pouvoir autoritaire en dénonçant l'échec des démocraties occidentales. Le Global Times chinois, le premier, récupère les évènements du Capitole pour mieux justifier les rafles menées mercredi dans les rangs de la société civile pro-démocratie à Hong-Kong :  l'opposition hong-kongaise elle aussi l'an dernier avait fait irruption dans le Parlement local ; le Global Times ressort donc ces photos pour les mettre en parallèle avec celles de Washington hier.  

De manière un peu plus constructive, le Washington Post, on y revient, fait lui aussi le parallèle avec les scènes identiques, parlements envahis par des foules en colère, vues l'an dernier aussi bien au Kirghizistan qu'en Arménie, en Serbie ou au Burkina Faso... et donc désormais aux Etats-Unis... Une manière de nous dire que l'exceptionnalisme et l''exemplarité de la démocratie américaine ont vécu.  

Dans le Guardian britannique, enfin, le billet date de lundi mais il résonne d'une manière toute particulière ce matin : il est signé Richard Wolffe et nous dit que paradoxalement, l'Amérique peut s'estimer heureuse que Trump, au fond, ne soit "qu'un bouffon", dangereux certes mais pas assez structuré politiquement pour aller au bout de sa dérive anti-démocratique. Mais qu'on ne s'y trompe pas, prévient l'auteur, Trump a creusé la brèche dans la démocratie américaine, et "le prochain autocrate qui s'y engouffrera, lui, ne sera pas aussi incompétent", il ira jusqu'au bout... et gare à ceux qui penseraient que l'avertissement ne vaut que pour les Etats-Unis.

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