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Les chefs des principaux partis espagnols, lors du débat télévisé

Espagne : Pedro Sanchez, les juges et la baleine blanche

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A trois jours des législatives anticipées, le chef du gouvernement espagnol et leader socialiste Pedro Sanchez commet un impair qui pourrait faire monter le parti d'extrême-droite Vox, en embuscade. A Kansas City, Missouri, un référendum local valide le débaptême du boulevard Martin Luther King.

Les chefs des principaux partis espagnols, lors du débat télévisé
Les chefs des principaux partis espagnols, lors du débat télévisé Crédits : Juan Carlos Hidalgo - Maxppp

Retour aux urnes, ce dimanche en Espagne où sont convoquées les quatrièmes élections législatives en quatre ans. 

Quatre ans durant lesquelles les partis politiques espagnols ont été incapables de s'entendre pour former des majorités viables. A lire le billet de Javier Rodriguez Marcos pour El Pais, on comprend que ces élections à répétition, en Espagne, c'est un peu comme "la chasse à la baleine blanche dans Moby Dick de Melville", la baleine étant remplacée par l'idée qu'un seul parti parti puisse obtenir la majorité absolue : une sorte de bête sauvage et mythologique dont tout le monde parle, que tout le monde traque, mais qu'en fait personne n'a jamais vue. 

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Si l'on file donc cette métaphore, le capitaine Achab c'est Pedro Sanchez, leader du parti socialiste espagnol. Le PSOE avait remporté le précédent scrutin au printemps, mais sans majorité suffisament probante pour gouverner seul ou convaincre Podemos, à sa gauche, et Ciudadanos, à sa droite, d'embarquer sur son "baleinier". 

En renvoyant tout le monde aux urnes, Sanchez, selon ce qu'en décrit Carlos Cué, toujours dans les colonnes d'El Pais, pensait s'en sortir en menant une campagne à minima quoiqu'assez clairement recentrée sur sa droite pour aller prendre des voix à Ciudadanos. Sur la foi  des sondages, il pensait sans trop d'efforts pouvoir annoncer une victoire socialiste dimanche soir, sans doute pas la majorité absolue, la "baleine blanche", mais au moins un nombre de sièges au nouveau parlement supérieur aux 123 du mois d'avril (pour info il en faut 176 pour la majorité absolue donc vous voyez qu'on est loin du compte).  

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Mais il y a eu le grand débat télévisé de lundi dernier, et Sanchez a commencé à douter. Car dans la ligne droite finale, c'est du jeune parti d'extrême-droite Vox que vient le danger : son leader Santiago Abascal (qui était invité pour la première fois à un tel événement cathodique suivi par 8 millions de téléspectateurs) a pu y dérouler son discours nationaliste anti-immigration et xénophobe, certes,  maizs aussi simple et percutant. Il y a gagné en visibilité d'autant plus, commente Miguel Gonzales à nouveau pour El Pais, que ses adversaires n'ont pas réussi à lui opposer de réfutation claire. 

Pire, Pedro Sanchez s'est tenu à une stratégie douteuse consistant à faire mine d'ignorer Abascal dont le parti est tout de même crédité d'entre 10 et 15% des voix par les sondages. Depuis, Vox monte encore dans ces même sondages, et contrairement  à ce qu'avait prévu Pedro Sanchez, le parti d'extrême-droite semble bien être en train de grapiller des voix pas seulement à la droite mais bien également aux socialistes du PSOE. 

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D'autant que Pedro Sanchez a commis une hier une faute politique qu'il pourrait payer cher à trois jours du vote. Il y est question de la Justice espagnole et de son indépendance vis-à-vis de l'exécutif ; il y est aussi question de la possible extradition vers l'Espagne de l'ancien président de Catalogne, l'indépendantiste Carles Puigdemont qui vit en exil depuis 2017 en Belgique pour fuir les poursuites judiciaires lancées par Madrid après la déclaration unilatérale d'indépendance catalane.  

Pedro Sanchez, lundi soir pendant le débat, a donc promis que si le PSOE remportait les élections dimanche, il ferait extrader Puigdemont vers l'Espagne pour qu'il y soit jugé.  Le socialiste en a clairement fait une promesse de campagne, confirme El Periodico, et il a eu tort de le faire, parce que cette décision d'extrader Carles Puigdemont dépend des seuls Parquets généraux belge et espagnol. A un journaliste de la radio publique RNE qui l'interrogeait à nouveau sur le sujet hier, voilà ce que Pedro Sanchez a répondu : 

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Quand le chef du gouvernement redit qu'il va faire extrader Puigdemont, le  journaliste lui rétorque que c'est au Parquet d'en faire la demande, et Sanchez réplique : "Et le Parquet, il dépend de qui ?" Il répête sa question, le journaliste est gêné et répond dubitatif : "Il dépend du gouvernement?" "Et voilà !", conclut le socialiste, apparemment satisfait de sa démonstration. 

Sauf que depuis, les magistrats espagnols sont hors d'eux : ils rappellent que selon la Constitution espagnole le Parquet général et la magistrature sont indépendants du pouvoir exécutif,  qu'ils ne sont pas là pour répondre à des ordres politiques. Pablo Suanzes, dans El Mundo, ajoute que le coup électoral tenté par Sanchez "compromet deux années de travail minutieux" de la part de ces mêmes magistrats, côté espagnol et belge. 

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Depuis ce faux-pas et la réaction outrée des juges, El Periodico observe que la côte du PSOE dans les sondages accuse le coup et que celle de Vox grimpe. De toute façon pour El Pais, d'après ces mêmes sondages, l'élection de dimanche "ne semble vraiment pas partie pour sortir l'Espagne de l'impasse politique".

Aux Etats-Unis, un nom de rue divise la population de Kansas City, Missouri.

Et ce n'est pas une petite rue mais un long boulevard de 16 kilomètres anciennement nommé The Paseo (c'est la BBC qui fait la visite) mais rebaptisé boulevard Martin Luther King en janvier par le conseil municipal. 

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Aussi fou que cela puisse paraître, en particulier quand on sait que cette avenue centrale de la ville dessert principalement des quartiers où vivent de nombreuses familles afro-américaines, ce rebaptême a soulevé une opposition très vive de la part d'une partie des habitants de Kansas City. La municipalité a du organiser un référendum citoyen à l'issue duquel 70% des votants ont approuvé le débaptême du boulevard Martin Luther King pour le renommer donc The Paseo. 

"Comment une telle chose est-ellle possible ?", s'interroge le magazine Time, tant il est vrai que le nom du pasteur icône de la lutte pour les droits civiques est d'ordinaire plutôt consensuel ; des centaines de villes américaines d'ailleurs ont leur rue Martin Luther King.  Les défenseurs actuels des droits civiques, qui avaient bataillé pendant des années pour que Kansas City ait enfin son boulevard MLK, sont aujourd'hui aterrés :  ils dénoncent une campagne raciste menée par ceux défendaient le retour au nom de The Paseo. 

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Car la campagne jusqu'au réferendum a été très clivante, comme dimanche dernier au cours d'une messe gospel dans le quartier, quand quelques militants en faveur de l'ancien nom El Paseo sont venus troubler l'office. Des manifestants très majoritairement blancs et venus d'autres quartiers, au milieu de paroissiens très majoritairement noirs et riverains du boulevard : l'image est franchement saisissante.  

Dans le Kansas City Star, les partisans du retour au nom d'origine expliquent que la dénomitation The Paseo date de la fin du 19e siècle, que la rue elle-même est la plus ancienne et historique de Kansas City, qu'il faut conserver cette mémoire-là aussi. Le maire de la ville lui promet de trouver très rapidement un autre moyen pour honorer le pasteur et héros national afin d'apaiser les esprits. 

N'empêche, voir retirées des pancartes de nom de rue avec Martin Luther King écrit dessus, c'est un symbole fort dans l'Amérique actuelle où même la mémoire de Martin Luther King fait à nouveau débat.

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