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Le roi Abdallah II de Jordanie, Amman le 28/02/21

Les ennuis ne sont pas terminés pour le roi Abdallah II de Jordanie

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Le roi de Jordanie Abdallah II affirme qu'il a tué dans l'oeuf une tentative de coup d'Etat fomentée par son demi-frère Hamzah, mais la tempête soulevée au sein de la dynastie hachémite laissera des traces. Machisme : la presse européenne ne décolère pas contre Charles Michel et le "sofagate"

Le roi Abdallah II de Jordanie, Amman le 28/02/21
Le roi Abdallah II de Jordanie, Amman le 28/02/21 Crédits : Yousef Allan/Palais royal de Jordanie - AFP

"La sédition a été tuée dans l’œuf", au sein de la famille royale jordanienne.

Ca, c’est ce qu’en dit le principal intéressé, le roi Abdallah II de Jordanie qui comme l’écrit CNN, est enfin "sorti de son silence" ce mercredi, cinq jour après que ses services de sécurité ont, comme il l’affirme en tous cas, déjoué une tentative de coup d’Etat à son encontre fomentée par son propre demi-frère, Hamzah. 

Abdallah II a fait publier dans tous les médias jordaniens (auxquels il avait pourtant deux jours plus tôt interdit de parler de l’affaire) une lettre dans laquelle il affirme donc, que tout est réglé, la stabilité et la sérénité sont revenues avec cette formule très reprise dans la presse "la sédition a été tuée dans l’œuf " et le prince Hamzah est désormais au palais royal ; "je m’occupe de lui" écrit encore le roi hachémite, sans que l’on sache trop ce qu’il faut comprendre de cette formule.

Pour rappel, on lira l’article que consacre le Financial Times à cette crise : samedi dernier, dix-huit personnes avaient été arrêtées et avec ces arrestations le bruit avait couru que le prince Hamzah (très populaire dans la population jordanienne pour son combat contre la corruption du régime, et aussi parce qu’il a toujours été le fils préféré de feu le roi Hussein qui en avait fait son prince héritier, avant qu’Abdallah ne lui ravise le trône à la mort du père) avait tenté de reprendre son dû, avait pour cela comploté avec des chefs tribaux et des puissances étrangères et était désormais détenu à son domicile.

Cinq jours plus tard, donc, le roi trahi Abdallah II clame donc qu’il a "beaucoup souffert de cette fronde ourdie au sein de sa propre famille", mais que tout est bel et bien terminé. Et c’est là qu’il ne convainc pas certains éditorialistes connaisseurs du Moyen-Orient à commencer par David Hearst du Middle East Eye pour qui les ennuis sont loin d’être finis pour Abdallah. Car cette crise a démontré "qu'il n'a plus confiance en son cercle le plus proche". Le coup tenté par Hamzah (si tant est qu’il ait vraiment existé) a fait ressortir tout ce que le roi avait tenté de mettre sous le tapis : le fait qu’Hamzah était le fils préféré de leur père commun, préféré aussi par une grande partie de la population qui le considère toujours comme le prétendant légitime au trône, avec une image proche du peuple alors qu’Abdallah passe pour prétentieux et trop occidentalisé.

Au-delà des frontières de la Jordanie, poursuit David Hearst, cette histoire met en lumière un roi isolé de toutes parts, fâché avec les monarchies du Golfe et avec les Etats-Unis aussi bien qu’avec Israël, pour avoir refusé d’accepter l'an passé le "deal du siècle" de Donald Trump pour le Proche-Orient, un soi-disant "plan de paix" échafaudé sur le dos des Palestiniens... et donc des Jordaniens.

Alors, pour aller défier tout ce monde-là, le roi Abdallah II est passé à l’action, avec cette affaire de prétendu complot : parmi la vingtaine de suspects arrêtés samedi, il y a Bassem Awadallah qui, après avoir servi les intérêts de la famille royale jordanienne, est devenu ces dernières années un très proche conseiller du Prince saoudien Mohammed Ben Salmane. "Un véritable doigt d’honneur adressé à l’Arabie saoudite", selon l’éditorialiste du Middle East Eye.

Pour toutes ces raisons, confirment les correspondants à Beyrouth d’Associated Press, la crise qui s’est révélée ces derniers jours à Amman est révélatrice d’un mal profond dans la dynastie hachémite et va laisser des traces. La Jordanie était  vue ces dernières décennies comme la cheville ouvrière de l’influence américaine au Proche-Orient pour assurer un semblant de stabilité dans la région, et éviter que la bombe à retardement du conflit israélo-palestinien n’explose vraiment. 

Ce mercredi, Joe Biden a d'ailleurs pris soin de téléphoner au roi Abdallah II pour lui exprimer tout son soutien. Mais comme l’écrit David Ignatius dans le Washington Post, avec son pouvoir basé sur une trahison familiale digne de la série The Crown et sa volonté autocratique "d'étouffer dans l'oeuf" toute opposition , le souverain hachémite est et restera "son propre pire ennemi".

Il y a des matins où plus que d'autres, l'on est content de ne pas être dans les souliers de Charles Michel.

Je fais là allusion à ce "sofagate" qui agite l’Europe depuis ce mercredi où est devenue virale une vidéo extraite de la visite officielle chez le président turc Erdogan, d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, et de Charles Michel, le président lui, du Conseil européen.

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Crépitements de flashs des photographes, on s’installe pour discuter, sauf que là, il n’y a que deux chaises au centre de la salle : Erdogan et Michel s’y dirigent tout naturellement en se tenant l’épaule et s'y assoient.  Ursula von der Leyen se retrouve seule, debout, à l’écart : elle vient de comprendre qu’on lui a prévu une place à dix mètres des deux hommes, sur une banquette, une "ottomane" puisque c’est ainsi que l’on appelle ce genre de meuble, ce que n’a pas manqué de remarquer Marc Allgöwer du quotidien suisse Le Temps, dans son édito titré donc "La présidente et l’ottomane". 

Et il repart de cette interjection prononcé par la présidente von der Leyen, quand elle se rend compte de ce qui lui arrive… Ce "hum" qui dit son incrédulité, non pas de ne pas être traitée au rang protocolaire qui est le sien, à l’égal du président du Conseil, mais bien comme une femme que l’on discrimine de manière ostentatoire, que l’on ostracise pour que la vraie discussion puisse se dérouler entre mecs. La "violence symbolique" de l’image est terrible, insiste Mark Allgöwer d’autant plus dans un pays, la Turquie, qui est tancée par l’Union Européenne pour avoir dénoncé il y a deux semaines la convention d’Istanbul sur, justement, les violences faites aux femmes.

Mais au-delà de l’humiliation volontaire et du mauvais coup protocolaire infligé par les Turcs, ce qui frappe surtout, c’est l’attitude de Charles Michel, le complice involontaire de cette discrimination : quand Ursula von der Leyen lance son fameux "hum" qui veut dire dire en quelque sorte "non mais les gars, vous n’êtes pas sérieux, là ?" et le regarde ostensiblement en attendant une réaction de sa part, le Belge la regarde comme impuissant et reste assis à côté de son hôte. A ce pitoyable "jeu de chaises musicales, Charles Michel a perdu la face" assène Maria Udrescu dans La Libre Belgique. Il est là, "le scandale", confirme Philippe Reigner dans les colonnes du Soir, toujours à Bruxelles. 

Charles Michel avait une occasion parfaite pour dénoncer ce machisme protocolaire, il n’en a rien fait. Sur le site Politico il explique qu’il a préféré, d’un commun accord avec von der Leyen, se concentrer sur le fond de discussions entre l’UE  et la Turquie, ne pas faire de scandale... C’est justement ce qu’on lui reproche ce matin à travers toute la presse européenne.

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