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Affrontements manifestants/police devant le parlement serbe, Belgrade, 08/07/2020

Les déconfinements à géométrie variable du président serbe

5 min
À retrouver dans l'émission

Des dizaines de milliers de Serbes manifestent depuis mardi contre le président Vucic et sa gestion de la crise sanitaire, entre déconfinement opportuniste pour gagner les élections et reconfinement brusque ensuite. Aux USA, le football américain renoncera-t-il à son imagerie "peau-rouge" raciste ?

Affrontements manifestants/police devant le parlement serbe, Belgrade, 08/07/2020
Affrontements manifestants/police devant le parlement serbe, Belgrade, 08/07/2020 Crédits : Oliver Bunic - AFP

La nuit qui vient de s'achever a été particulièrement violente dans le centre-ville de Belgrade. 

Difficile d'échapper au lieu commun journalistique : ce sont bien "des scènes de chaos" que décrit ce matin le tabloid serbe Kurir. Des manifestations pacifiques qui pour la deuxième journée de suite se sont achevées en "affrontements violents avec les forces de l'ordre", d'après le quotidien Politika ; contrairement à mardi soir, les manifestants n'ont pas réussi à pénétrer dans le Parlement national de Serbie mais il y a bien eu des blessés, de part et d'autres, et ce qu'en retient le site spécialisé Balkan Insight, c'est quand même surtout la violence de la répression policière. La gendarmerie de la capitale a beau expliquer dans ses communiqués officiels qu'elle a "retenu ses coups", à voir les images des blessures infligées aux manifestants, on se demande ce que ça doit être quand elle frappe vraiment, commente l'hebdo belgradois Nedeljnik

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Mais alors, pourquoi ces manifestations et ces affrontements à Belgrade depuis deux jours ? Si l'on se fiait d'aux dépêches d'agences et aux grands titres de la presse internationale, on serait tenté de répondre, avec The Guardian pour ne garder que lui, que ces dizaines de milliers de Serbes protestent contre l'instauration de nouvelles mesures de reconfinement face à la Covid-19, l'instauration en particulier par le président Aleksandar Vucic d'un couvre-feu strict le week-end. En somme, nous serions face à des manifestations d'enfants gâtés qui ne voient pas le danger de la deuxième vague épidémique et ne veulent pas y sacrifier leurs samedi soirs. 

Sauf que ce n'est pas cela qui est en train de se passer à Belgrade... et dans toutes les grandes villes de Serbie, d'ailleurs, il faut le préciser avec le magazine en ligne Noizz qui insiste bien sur le fait que la contestation, la plupart du temps pacifique, est nationale et pas cantonnée aux hipsters de la capitale.  Donc non, ce n'est pas une révolte de fêtards irresponsables et d'ailleurs, comme le remarque Politika, Aleksandar Vucic a retiré hier soir son projet de couvre-feu du week-end et ça n'a pas empêché les manifestations de gagner en nombre et en détermination. 

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Car cette contestation-là est avant tout politique, reconnaît enfin Patrick Kingsley du New York Times : on est même là, selon le journal américain, en présence de "la première grande révolte populaire de l'ère Covid-19 en Europe". Si les Serbes sont "en furie", nous explique Kingsley, c'est contre l'inconséquence voire les mensonges de leurs dirigeants dans leur manière de faire face à l'épidémie. 

En particulier, les Serbes proches de l'opposition, qu'elle soir de gauche ou de droite radicale, ne digèrent pas comment leur président et son parti conservateur ont joué avec la santé de leurs administrés pour s'assurer la victoire aux élections générales du 21 juin dernier, en levant d'un coup toutes les mesures de confinement, en manipulant les chiffres de contaminations pour faire croire que la situation était sous contrôle alors qu'elle ne l'était clairement pas, et en voulant réinstaurer ensuite un reconfinement brusque parce qu'ils ne savaient plus comment gérer la situation qui leur a echappé et parce que, accessoirement, ça leur permet de faire taire cette contestation naissante. 

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Cette analyse, est confirmée du côté de la BBC World par le correspondant à Belgrade Guy de Launey, selon qui "les Serbes qui manifestent reflètent l'amertume générale qui s'est emparé du pays avec ces élections" manipulées à la sauce Covid. Déjà, au lendemain du scrutin, l'opposition avait alerté contre un risque de "dérive autoritaire" du pouvoir autour d'Aleksandar Vucic ; les images qui nous parviennent depuis deux jours de Belgrade ne sont clairement pas pour nous rassurer.  

Parlons sports, à présent, avec des nouvelles de la NFL, la ligue etats-unienne de football américain.  

e vous inquiétez pas je ne vais pas vous livrer les résultats de la dernière journée de championnat, d'abord parce que ce championnat est suspendu pour cause de pandémie, et ensuite parce que ça n'aurait aucun intérêt... Non, si nous parlons de la NFL, c'est parce que la puissante ligue qui génère chaque année des milliards de dollars de chiffre d'affaire est à son tour rattrapée par les débats sur les droits civiques et les minorités aux Etats-Unis, débats qui secouent le pays depuis fin mai et la mort de Georges Floyd. 

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Mais cette fois-ci ce n'est pas de la communauté afro-américaine dont il est question, mais bien des peuples autochtones américains. Je lis, dans le Washington Post que, ça y est, avec tout ce qui se passe ces dernières semaines les associations de représentants des premières nations semblent sur le point d'obtenir le scalp des Redskins de Washington. 

C'était un vieux combat, d'obtenir que l'équipe mythique de la capitale soit rebaptisée, qu'on abandonne une bonne fois pour toute ce nom infamant de Redskins... litteralement "les peaux-rouges de Washington" qui, selon Kevin Gover à lire donc dans le Washington Post, "correspond parfaitement à la définition de l'insulte raciste".  

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Car, qu'on ne s'y trompe pas, écrit Gover (qui dirige le musée Smithsonian des Indiens d'Amérique à Washington et appartient lui-même à la tribu Pawnee d'Oklahoma) : utiliser des noms à connotation autochtone ou une imagerie reprenant les clichés sur les "Amérindiens", ce n'est pas un rendre hommage aux premières nations et à leur bravoure supposée, c'est de l'appropriation culturelle, du détournement de mémoire à des fins commerciales, c'est relayer des clichés racistes, et, quand on connait le sort qui est reservé aux peuples en question depuis deux siècles aux Etats-Unis, c'est comme exhiber en trophée la tête emplumée de sa victime plutôt que de lui montrer du respect. 

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Voilà donc ce qui fait dire également à CNN que, quitte à rebaptiser les "Redskins" de Washington, il faudrait aussi penser à trouver un nouveau nom aux "Braves" d'Atlanta , aux "Indians" de Cleveland et aux "Chiefs" de Kansas City dont on apprend que le nom vient d'un artiste de music-hall qui s'était rendu célèbre en 1925 par ses numéros où il imitait un personnage de chef indien... avec tout ce que ça avait de dégradant et de raciste.  

C'est contre cette imagerie-là, derrière les beaux logos de guerriers à plumes, que se bat aujourd'hui la NFL. Et ça nous dit bien  à quel point cette séquence "Georges Floyd" avec tout ce qu'elle a entraîné n'a pas fini de secouer l'Amérique dans la représentation qu'elle a d'elle-même.

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