LE DIRECT
Pedro Castillo proclamant sa victoire à la présidentielle, Lima le 09/06/21

Le clan Fujimori conteste sa défaite au Pérou, au risque de la rupture

6 min
À retrouver dans l'émission

Malgré une légère avance pour le candidat de gauche Pedro Castillo, le résultat du second tour de la présidentielle disputé le 6 juin au Pérou est contesté par la droite fujimoriste qui joue avec le feu de la division nationale. Emmanuel Macron cornérisé sur la scène internationale par Joe Biden ?

Pedro Castillo proclamant sa victoire à la présidentielle, Lima le 09/06/21
Pedro Castillo proclamant sa victoire à la présidentielle, Lima le 09/06/21 Crédits : Gian Masko - AFP

99,1 % des bulletins de vote dépouillés au Pérou et l'issue de l'élection présidentielle qui s'y est déroulé dimanche reste particulièrement incertaine. 

C'est le moins que l'on puisse dire, puisque selon les derniers résultats partiels bien que quasi-complets, il n'y a que 74 000 voix d'écarts entre l'instituteur de village socialiste (quoiqu'il préfère souvent se revendiquer marxiste-léniniste) Pedro Castillo et Keiko Fujimori, candidate de la droite péruvienne et fille de l'ancien autocrate désormais en prison Alberto Fujimori. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

74 000 voix d'écart, ça pourrait suffire à proclamer la victoire de Castillo (d'ailleurs il ne s'en est pas privé dès mercredi sans attendre les résultats définitifs). Mais Keiko Fujimori semble décidée à ne rien lâcher, jusqu'au bout. Le quotidien El Correo nous apprenait cette nuit qu'elle a lancé une contestation officielle sur les résultats de 802 bureaux de votes, soit un peu plus de 200 000 voix à recompter dans des régions plutôt acquises en principe à sa cause et donc qui pourraient, mathématiquement, faire basculer le résultat final en sa faveur. 

Voyant l'avantage se maintenir pour son adversaire, cela faisait deux jours que la candidate avait commencé à faire entendre la petite musique des contestations de vote, ce "pavé dans la mare des accusations de fraudes" comme le désigne l'un des éditoriaux de La Republica de Lima, cette arme ultime qui remet en cause la légitimité de tout un scrutin dont la bonne tenue démocratique avait pourtant jusque-là été louée par tous les observateurs. Sentant que la victoire lui échappe bel et bien, le clan Fujimori serait donc, selon le quotidien de centre-gauche, engagé dans une stratégie de contestation un peu désespérée et surtout très dangereuse : car elle met de l'huile sur le feu des divisions politiques très franches (le résultat de cette présidentielle le montre) qui parcourent la société péruvienne. Le pays est profondément polarisé, pour faire simple, entre des régions rurales délaissées qui se tournent vers la gauche radicale, et des électeurs urbains plus sensibles à la nostalgie de l'embellie économique libérale qui avait accompagné les années Alberto Fujimori.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Une élection indécise et contestée par la fille de l'ancien président, sans qu'elle puisse apporter aucune preuve de malversations pour le moment : c'est "le pire des scénarii qu'on pouvait imaginer pour le Pérou", selon le politologue Carlos Basombrio Iglesias dont on lira avec intérêt l'analyse dans El Comercio. Il fait le constat d'un "Pérou divisé par son exact milieu entre deux visions du monde irréconciliables" et d'une fratrie Fujimori qui n'accepte pas de se voir infliger, avec si peu d'écart, une troisième défaite lors d'une présidentielle : "une quatrième occasion ne se présentera pas, les fils et filles de l'ex-dictateur emprisonné le savent, et ils ne veulent pas laisser passer la maigre chance qu'il leur reste"... même si cela doit attiser les tensions entre une moitié de la population et l'autre. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Un autre analyste de la politique péruvienne, Alberto Vergara invité tout récemment des pages Opinion du New York Times, ne dit pas autre chose quand il décrit comment l'élite de droite du Pérou "a tout fait pendant la campagne présidentielle pour instiller la peur dans les esprits des électeurs, tant elle était elle-même terrorisée à l'idée d'une possible victoire de l'extrême-gauche". Plus largement, le politologue accuse les deux candidats du second tour de n'avoir rien fait pour jouer le jeu démocratique raisonnable qui aurait consisté à chercher le compromis, à tenter d'attirer le vote d'électeurs indécis pour remporter une victoire franche et rassembleuse. Non, Castillo comme Fujimori ont mobilisé leur camp, leur fiefs électoraux, accentuant le côté clivant et populiste de leurs idées jusqu'à la parodie, creusant le fossé et aiguisant les ressentiments.  

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Et puis, ajoute Clara Ferreira Marques pour Bloomberg, impossible de comprendre la situation sans rappeler que le Pérou est le pays le plus durement touché par le Covid-19 en nombre de morts rapporté à la population. Des ouvriers des mines aux petits investisseurs de la classes moyenne, la pandémie et ses ravages ont attisé la colère des plus démunis et déstabilisé tous les acteurs économiques. Cette élection et la crise qui s'ensuit, conclut la journaliste, ne font que "préfigurer tout le mal que le Covid-19 peut faire à nos vies politiques".   

Revenons en Europe où Joe Biden vient d'arriver pour participer au sommet du G7 qui débutera vendredi en Cornouailles anglaises. 

Premier déplacement à l'étranger pour le nouveau président américain, où l'on pourra voir comment chacun des dirigeants du G7 se positionne par rapport à Joe Biden après 4 années de relations diplomatiques compliquées par la personnalité de Donald Trump. 

Pour le site d'info Politico Europe, Rym Momtaz livre une analyse très éclairante de la position inconfortable dans laquelle l'irruption sur la scène internationale de Biden place en particulier notre président français Emmanuel Macron. "Macron dans une impasse", Macron mis de côté par le nouveau pensionnaire de la Maison Blanche, lui qui avait su attirer sur sa personne une partie du leadership multilatéral dans les temps troublés où Trump l'avait délaissé. Avec le retour de l'Amérique, le Français est renvoyé aux seconds rôles. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Pour continuer à exister au premier plan, l'homme de l'Elysée est tenté par une forme de "surenchère" sur les grandes propositions internationales, mais force est de constater que pour le moment il a été évincé par l'engouement suscité par les premières grandes prises de position de Joe Biden. Sur l'accès des pays pauvres aux vaccins ou sur la taxation des multinationales, Macron donne l'impression d'être la remorque de la locomotive américaine et a du mal à s'y faire, commente Rym Momtaz. Emmanuel Macron n'en est tout de même pas à regretter Donald Trump, mais en tous cas il sera intéressant d'observer, ce week-end, comment il va tenter d'exister sur la scène international aux côtés de, en face de, ou bien derrière Joe Biden.

Chroniques

7H40
44 min

L'Invité(e) des Matins

Avenir du télétravail : entre désirs et réalités
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......