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"Trump ment, des gens meurent", manifestation à Washington le 20/05/20

USA : Donald Trump reconnaît avoir sciemment minimisé la gravité du Covid-19

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Dans des conversations avec le célèbre journaliste Bob Woodward, Donald Trump avoue qu'il connaissait la gravité de la crise sanitaire dès début février mais a sciemment menti aux Américains pour "éviter la panique". En Afrique du Sud un parti anticapitaliste et antiraciste sème la polémique.

"Trump ment, des gens meurent", manifestation à Washington le 20/05/20
"Trump ment, des gens meurent", manifestation à Washington le 20/05/20 Crédits : Eric Baradat - AFP

"Un président ne devrait pas dire ça", aux Etats-Unis comme en France ? 

Loin de moi l'idée de comparer sur le fond François Hollande et Donald Trump, mais il y a quand même quelque chose de commun dans cette propension maladive des hommes de pouvoir à s'épancher auprès de journalistes... dont il ne peuvent pas ignorer que ces propos seront un jour publiés, et joueront en leur défaveur. 

Or donc, hier soir  The Washington Post publiait les bonnes feuilles du dernier livre à paraître de Bob Woodward, légende du journalisme américain depuis le Watergate, pas le plus inoffensif donc des enquêteurs (il avait d'ailleurs déja publié en septembre 2018 un livre explosif sur les coulisses de l'administration Trump), et l'on apprenait qu'entre décembre et juillet dernier, le président avait accordé à Woodward 18 interview téléphoniques enregistrées avec l'accord de la Maison blanche. Des conversations qui forcément, à partir du mois de février, ont commencé à évoquer la menace du nouveau coronavirus. A l'époque, vous vous en souvenez peut-être, Donald Trump minimisait publiquement et constamment la gravité de cette épidémie naissante... Le Washington Post a d'ailleurs compilé 32 extraits de discours dans les trois premiers mois de l'année :   

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"Non, nous ne sommes pas inquiets ; tout est sous contrôle : le virus recule déjà grâce à tout ce qu'on a mis en place : on l'a déjà presque vaincu ; ce n'est rien de plus qu'une grippe" ou encore : "c'est le nouveau canular des démocrates pour me nuire! " Voilà donc ce que déclarait Donald Trump dans les premières semaines de la crise sanitaire.Et voilà à présent ce qu'il confiait, au même moment, à Bob Woodward : "le virus se déplace dans les airs, Bob, c'est comme ça qu'il se transmet... C'est vraiment un virus mortel, bien plus qu'une grosse grippe". 

Voilà donc la confirmation, gravée sur bande, de ce qu'on avait entrevu à l'époque, ici-même dans cette revue de presse : Donald Trump n'ignorait rien de la gravité de la situation, il était informé des dernières connaissances scientifiques sur le coronavirus. A ce stade, le 7 février, accuse donc l'édito du New York Times, "il savait que des millions d'Américains risquaient de tomber malades, que des milliers allaient mourir (ils sont  près de 200 000 aujourd'hui)... mais il s'est vautré pendant des semaines encore dans le mensonge et la dénégation, pendant que son administration se révélait incapable de mettre en place les mesures qui auraient évité le pire aux Etats-Unis". Le Times enfonce le clou : "Trump a menti éhontément, de la même manière qu'il reprochait à l'époque à la Chine de le faire."

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Toujours dans ses conversations téléphoniques avec Bob Woodward, voilà ce que le président déclarait à la mi-mars : "J'ai toujours minimisé sciemment la gravité de la situation parce que je voulais éviter la panique". Alors bien sûr, c'est à cette idée-là, éviter la panique, que se raccroche un peu désespérément la Maison Blanche pour tenter de répondre aux accusations depuis hier soir. Autant dire que ça ne convainc pas grand-monde. 

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Combien de vies auraient pu être sauvées, s'interroge l'édito du Boston Globe, si l'Amérique n'avait pas "un menteur et un incompétent" dans le bureau ovale ?  "Combien d'Américains, s'interroge l'universitaire David Faris dans la revue The Week, ont-ils en février et mars continué de voyager, de rendre visite à leurs parents âgés, de se rassembler dans des stades ou des théâtres et sont devenus sans le savoir des véhicules du virus qui allait dans le pire des cas tuer certains de leurs proches ?" La responsabilité du président est écrasante, écrit encore Faris, car "n'importe quel dirigeant politique un tant soi peu aguerri aurait pu trouver les mots pour informer la population sans créer la panique", on l'a bien vu ailleurs dans le monde. Et de fustiger la "mauvaise foi, l'égoïsme cynique faramineux" qu'il a fallu à Trump pour conduire à ce choix du mensonge, un choix dont on commence à peine à mesurer les conséquences, tant humaines qu'économique et sociales, pour la population américaine.  

Direction à présent l'Afrique du Sud où un jeune parti de gauche radicale suscite la polémique.  

Ce parti c'est l'EFF, Economical Freedom Fighters, un mouvement dont The Guardian nous apprend qu'il est né en 2013 et centre son action "_militante et radical_e" sur le combat anticapitaliste pour l'émancipation économique des populations noires sud-africaines "contre toutes les disciminations, bien réelles aujourd'hui encore 25 ans après la fin de l'apartheid".  

Si l'EFF défraie la chronique cette semaine, c'est pour une série de manifestations, au départ pacifiques et plutôt anodines à vrai dire, devant des pharmacies. Elles visaient, raconte le Guardian la chaine de magasins Clicks qui commercialise un soin capilaire pour lequel avait été mis en ligne début septembre une publicité jugée clairement raciste par les militants de l'EFF : 

Depuis, les médias sud-africains comme le site News24, n'hésitent pas à parler d'une "hair-ad-saga", tant cette question du rabaissement des coiffures afro des femmes en particulier, cette injonction à le lisser ou à les éclaircir, est l'un des chevaux de bataille des organisations anti-racistes comme EFF qui revendiquent fièrement leur africanité jusqu'au bouts de leurs cheveux. 

D'ailleurs la chaîne de boutiques Clicks, nous apprend The South African, a retiré le produit en question de ses étagères et s'est publiquement excusé pour sa campagne de publicité. Mais ce qu'en retient une partie de la presse sud-africaine ce sont les quelques vitrines brisées et flacons de shampoing renversés dans les actions menées par les activistes de l'EFF et qui ont vaguement dégénéré dans une dizaine de magasins sur la centaine visés.  

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Il y a là une terrifiante "glorification romantique de la violence et de la guerre", s'emporte le vice-président d'université Adam Habib dans une tribune outrée publiée par le Daily Maverick. Il y dénonce une "cohorte de jeunes gens eux-mêmes racistes et intolérants qui, en citant Franz Fanon et Steve Biko, batissent par leurs actions (on parle bien de rassemblements devant des pharmacies je le rappelle ) un projet politique fasciste pour l'Afrique du Sud post-apartheid". 

C'est ce qu'on appelle donner des cheveux blancs aux vieux éditorialistes de la presse sud-africaine majoritairement blanche... et ça ne devrait pas déplaire aux militants de l'EFF.

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