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Une électrice indienne montre son doigt encré après avoir voté

Le Pakistanais Imran Khan s'invite dans le marathon électoral indien

6 min
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Ce jeudi débutent les élections législaitves indiennes qui vont durer six semaines ; en soutenant clairement Narendra Modi, le Premier ministre pakistanais Imran Khan va-t-il défavoriser son improbable allié ? Brexit, Libye : Emmanuel Macron isolé et critiqué au sommet européen de Bruxelles.

Une électrice indienne montre son doigt encré après avoir voté
Une électrice indienne montre son doigt encré après avoir voté Crédits : Nasir Kachroo - AFP

La plus grande élection au monde a débuté il y a quelques heures en Inde, et elle va durer six semaines. 

L'Inde où 900 millions d'électeurs sont convoqués aux urnes... pour renouveller la Lok Sabha, la Chambare du peuple comme on désigne  le Parlement Indien. 

C'est un incommensurable marathon électoral en 7 phases qui a débuté ce matin, et pour s'y retrouver on a bien besoin du guide, quasi-touristique, que publie India Today.  

Le scrutin va donc durer 6 semaines, les résultats ne seront pas connus avant le 23 mai, et l'affiche politique, c'est le premier ministre sortant Narendra Modi et son parti nationaliste hindou, le BJP, face à Rahul Ghandi qui mène l'opposition avec le Congrès National Indien, de sensiblité plus libérale. Au terme d'une campagne "particulièrement agressive", d'après la BBC, les deux formations ont publié ces derniers jours leurs professions de foi. Cette journaliste d'India Today s'est chargée de comparer les programmes : 

Elle nous explique que "les deux partis s'attaquent aux mêmes sujets de fonds, mais avec une idéologie et une méthodologie différente : le BJP axe surtout son programme sur la sécurité nationale, le Congrès se concentre sur les questions économiques et la stabilité financière de l'Inde."

Tout celà est bien sûr beaucoup plus complexe, à tel point qu'en parcourant la presse indienne, ce matin, il y a de quoi se noyer dans la diversité et la complexité des enjeux électoraux, territoriaux à l'échelle du géant indien. 

Mais il y a tout de même une thématique qui revient dans chaque journal : c'est l'ingérence dans le débat du Premeir ministre pakistanais.  Imran Khan, l'ancien champion de cricket, dont India Today nous dit qu'il a "frappé un coup de batte inattendu", hier, en faveur de Narendra Modi : il a déclaré que selon lui "le processus de  paix avec l'Inde aurait plus de chance de réussir si c'était le BJP de Modi qui remportait les élections".  

Forcément, ça semble improbable (et le Deccan Herald nous le confirme) tant les deux hommes se sont opposés ces derniers mois dans le très inquiétant regain de tensions frontalière au Kashmir, cette région  que les deux pays ne cessent de se disputer.  A la fin du mois de mars dans une interview au Financial Times, Irman Khan accusait Narendra Modi de mener une "politique de plus en plus agressive", de prendre une virage clairement nationaliste et anti-pakistanais. 

Mais hier, pourtant, il a quasiment appelé les Indiens à voter Modi... et en fait, ça amuse la presse indienne. Car au final ça semble surtout fragiliser le leader du BJP dans son électorat.  Ca ouvre un boulevard à l'opposition qui crie à la trahison nationale, accuse Modi d'être à la solde du Pakistan, et surtout d'être hypocrite, affichant sa fermeté face à Islamabad tout en conservant des relations amicales en coulisses avec Imran Khan. 

Mais plutôt qu'un double discours, le quotidien de centre gauche  The Hindu préfère voir dans la position du Pakistanais une réminiscence de son glorieux passé sportif : quand Imran Khan dominait le monde du cricket, il était connu pour son inoxydable confiance en soi. Le genre à donner le meilleur de lui-même face à un adversaire en théorie beaucoup plus fort. The Hindu note d'ailleurs que ça ne lui a jamais tant réussi que lors des matchs, fratricides et légendaires, entre le l'Inde et le Pakistan.

Un match qui joue (encore) les prolongations, c'est le Brexit, avec les 27 qui se sont mis d'accord hier soir sur un nouveal délai au 31 octobre. 

Et ce qu'en retient ce matin la presse européenne, ,au-delà de cette énième date-butoir et de l'incertitude toujours aussi complète sur ce qui peut encore se passer à Londres d'ici-là, c'est le fait qu'hier soir à Bruxelles Emmanuel Macron a passablement "énervé tout le monde" autour de la table européenne.  

C'est The Guardian qui est le premier à l'écrire. Macron aurait même "fait enrager" les autres leaders de l'UE, en s'opposant jusqu'au bout, et contre tous sauf la Belgique, à une extension plus longue de la date de sortie du Ropyaume-Uni.  La France et son président sont apparus "isolés, fragilisés", et le fait qu'Emmanuel Macron ait intrigué pour être le dernier à prendre la parole à l'issue du dîner et des débats a achevé d'énerver les convives.  

Jean-Claude Juncker était "furieux", nous révèle le Daily Express, quand il a lancé que "l'Europe n'est pas là pour régler les problèmes de politique franco-française" de Macron. Car c'est bien de cela dont tout le monde l'accuse : d'avoir surjouée la posture de l'intransigeant, du garant des intérêts européens contre les populistes de tout poil, et surtout contre des Britanniques incapables de s'entendre entre eux.  Même Angela Merkel, pour une fois, s'était rangé du côté des conciliants, des flexibles, envers Londres et Theresa May. Mais si Macron a voulu incarner cette rigueur européenne, de l'avis général c'est bien pour soigner son image dans l'opinion française, et ce alors que la campagne officielle des élections européennes démarre lundi prochain. 

Du coup, l'allemand Die Welt ne peut que constater que "l'unité européenne a été brisée", hier soir, non pas par le Brexit en lui-même mais par l'arrogance d'Emmanuel Macron.  Même constat de la part des américains de Bloomberg pour qui, "en voulant jouer les gros durs, le président français s'est mis tout le monde à dos".   

Mais à bien y regarder, il y a un autre dossier sur lequel La France et Emmanuel Macron étaient seuls contre tous hier soir à Bruxelles.  

Et ce dossier c'est la Libye, où les combats font rage depuis une semaine aux portes de Tripoli : les troupes du général Haftar, le chef de guerre de l'Est libyen, ont lancé l'assaut sur la capitale tenue par l'armée du premier ministre Al-Sarraj. L'UE reconnait le pouvoir du second et voulait publier ce mercredi un communiqué appelant à la cessation des hostilités de la part des hommes d'Haftar, à un retour de la diplomatie.

Sauf que, nous dit l'agence Reuters, Emmanuel Macron, encore lui, a réussi à faire échouer ce consensus.  Et voilà qui relance le débat, sous-entend Reuters, sur la position française en Libye, son soutien officieux aux forces du général Haftar, ses intérêts pétroliers dans les régions de l'Est libyen contrôlées par ce dernier... 

Au final, on en revient à ce que le journal en ligne espagnol El Confidencial décryptait il y a quelques jours :  "Le conflit en Libye comme une guerre silencieuse entre Macron et Salvini". L'Italie et son vice-président du Conseil d'extrême-droite Mateo Salvini soutiennent clairement le gouvernement libyen d'unité nationale d'Al-Sarraj, quand Macron penche sans le dire vraiment du côté d'Haftar : chacun a ses intérêts cachés et au milieu il y a, la population libyenne, bien sûr, mais aussi la question des migrants en Méditerranée.  

La Repubblica, à Rome, nous redit à quel point, le sauvetage des bateaux en perdition au large de la Libye n'est quasiment plus assuré par les garde-côtes libyens depuis que les combats se sont intensifiés à Tripoli. Hier ces gardes-côtes n'ont traité un appel au secours qu'au bout de près de 24 heures, ce dont s'est félicité Matteo Salvini.

Car la Libye, malgré le retour de la guerre, reste appremment selon Rome, mais aussi selon Bruxelles, un partenaire fiable et un pays sûr où renvoyer les migrants secourus en mer.

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