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Manifestations anti-régime à Suweida, Syrie, le 09/06/2020

Quatre journées de manifestations anti-régime à Suwaida en Syrie

7 min
À retrouver dans l'émission

Depuis dimanche des centaines d'habitants de Suwaida dans le sud de la Syrie manifestent et réclament la chute de Bachar El Assad. Une colère étonnante dans une ville à majorité druze qui était restée neutre à travers 9 années de guerre. La Belgique face à son passé colonial incarné par Léopold II.

Manifestations anti-régime à Suweida, Syrie, le 09/06/2020
Manifestations anti-régime à Suweida, Syrie, le 09/06/2020 Crédits : SUWAIDA24 - AFP

Dans l'actualité syrienne ce matin, une étrange impression d'être revenus 9 ans en arrière.

C'est vrai qu'il y a un lointain sentiment de déjà vu, un écho du passé d'avant la guerre, dans ces images de manifestations anti-Bachar El Assad qui nous arrivent du sud de la Syrie, de la ville à majorité druze de Suwaida. Comme en 2011, comme au début de ce qui était à l'époque un embryon de révolution et pas encore une guerre civile, quand la population syrienne s'était élevée, avait manifesté pacifiquement , sur fond de printemps arabes, pour dénoncer la misère dans laquelle elle était maintenue par un pouvoir vérouillé, répressif et corrompu.

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Eh bien à lire The Middle East Eye, con comprend que c'est la mèeme colère, le même désespoir, qui poussent depuis quatre jours des centaines d'habitants de Suwaida à descendre dans les rues de leur ville, à reprendre en chœur des slogans contre la misère, pour de meilleures conditions de vie... et pour la chute du régime des El Assad.  

Depuis Beyrouth, dans l'Orient-Le Jour, Caroline Hayek constate aussi que c'est la première fois, depuis 2011, que les chants des manifestants de Suwaida se retournent clairement contre le président et son clan. La communauté druze avait jusque-là fait entendre son inquiétude sur la situation économique du pays, notamment ces derniers mois avec l'inflation liée à la dévaluation de la monnaie nationale ; mais cette fois, les critiques n'épargent plus le régime, il s'agit bien de faire tomber Bachar El Assad et de conspuer le souvenir son père et prédecesseur Hafez El Assad. Ce mercredi c'était le vingtième anniversaire de la mort de ce dernier et de la transmission du pouvoir à son fils : la foule en colère a marqué cette date à sa manière, en jettant des chaussures et autres projectiles sur les portraits d'Assad-père qui décoraient la ville, et en se prenant en photo sur les réseaux sociaux arborant le signe de ralliement sans équivoque du mouvement, le doigt d'honneur adressé à Assad-fils.

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Ces manifestations spontanées à Sweida ont débuté dimanche et elles ne donnent pas de signe d'affaiblissement malgré la réponse que tente de lui opposer le régime syrien. C'est à lire cette fois dans le quotidien émirati The National : en guise de contre-offensive, les partisans zélés de Bachar El Assad ont organisé ce mercredi une contre-manifestation qui elle n'avait rien de spontané : il s'agissait de donner aux médias officiels, à commencer par l'agence Sana, des images lui permettant d'affirmer que les manifestants de Suwaida dénonçaient en fait les effets dévastateurs des sanctions occidentales sur l'économie syrienne... sans bien entendu trouver quoi que ce soit à redire sur le régime en place. 

Le site d'info locale Suwayda 24 a même diffusé hier un message vocal, envoyé par une responsable d'organisation étudiante pro-Assad, qui menaçait de représailles tous les professeurs, fonctionnaires et étudiants qui n'iraient pas participer à cette contre-manifestation factice.  

La manœuvre aura sans doute fonctionné pour la population syrienne qui ne regarde que les médias officiels, mais la presse internationale elle, en tous cas celle qui s'intéresse encore  la Syrie, ne s'est pas laissé berner. L'Orient-Le Jour donne la parole aux opposants, eux-mêmes surpris par ce soudain soulèvement des druzes de Suwaida. Eux qui étaient restés neutres depuis le début de la guerre, esxpliquent qu'ils ne supportent tout simplement plus la dégradation de leurs conditions de vie, en particulier  le blé qui vient à manquer alors que des soldats de Bachar El Assad postent fièrement en ligne des vidéos d'eux incendiant des champs de céréales. 

"L'armée et le régime ne veulent pas que nous soyons auto-suffisants, explique un opposant, car ils préfèrent que nous soyons dépendants des importations de blé iranien". L'incapacité de l'Etat, également, à mettre fin aux trafics de drogues dans cette région du sud syrien, semble être l'un des motifs qui a poussé les habitants de Suwaida à sortir de leur réserve. 

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A faire cela, "ils risquent leurs vies et ils le savent", écrit The Financial Times, même si le fait que ce soient des principalement des Druzes qui manifestent, les protège, plutôt, car "il serait très risqué diplomatiquement pour Bachar El Assad de s'en prendre à cette minorité ismaélienne très implantée au Liban et en Israël". Pour le moment seul un leader du mouvement a été arrêté, mardi... et ça n'a fait que renforcer la détermination des manifestants.  

La Belgique, elle, se demande ce qu'il faut faire de ses statues de Léopold II.

Léopold II, roi des Belges de 1865 à 1909, s'est retrouvé au cœur de l'actualité de ces derniers jours quand plusieurs des monuments à son effigie (et il y en a des centaines partout en Belgique) ont été pris pour cible, taggués, arrosés de peinture rouge, ou même carrément déboulonnés. 

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Tout ça, nous explique Le Soir, s'inscrit dans le mouvement planétaire Black Lives Matter : après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, l'urgence de poser la question du racisme systémique dans nos sociétés fait resurgir les blessures du colonialisme qui, qu'on le veuille ou non, reste fondateur dans la manière dont la questions raciale est posée dans chaque ancienne puissance coloniale ou esclavagiste. La Belgique n'y échappe donc pas, et Léopold II, qui a été le grand ordonnateur et le grand bénéficiaire de l'asservissement du Congo à la Belgique, en fait aujourd'hui les frais.

Léopold II, rappelle toujours dans Le Soir l'historien  Pierre-Luc Plasman, c'est "une sorte de Janus royal", avec un visage glorifié, celui du souverain constitutionnel, et une face sombre, cachée, celle du potentat colonial en Afrique, responsable de cruautés massives et sans limites contre la population congolaise massacrée par millions, tout comme du pillage des ressources du bassin du Fleuve Congo "dont il confia l'exploitation à des crapules de premier ordre".

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Toute cette histoire belge, comme on le (re-)découvre aujourd'hui à la faveur des polémiques sur le déboulonnage des statues, reste extrêmement méconnue des Belges eux-mêmes. Elle est taboue, elle est très peu enseignée, et c'est bien là qu'est le problème selon le journal néerlandophone De Standaard, pour qui "il est temps d'en finir avec cet angle mort collectif de la colonisation", l'école et l'université belges doivent sortir de ce tabou intolérable. 

"La Belgique, qui n'a jamais présenté d'excuses pour les exactions infligées au Congo, doit affronter les pages les plus sombres de son Histoire" , poursuit De Standaard, et cela passe par une nouvelle manière de penser, d'écrire cette Histoire, dans les manuels scolaires en particulier.

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Ca tombe bien, reprend Le Soir, les programmes d'histoire ont déjà été modifiés pour prendre en compte toutes ces questions... sauf qu'ils ne doivent entrer en circulation dans les écoles qu'à partir de 2026. Ce mercredi tout de même la ministre de l'Education belge a dit qu'elle voulait accélérer cette réforme.

En attendant, que faire toutes les statues de Léopold II ? "La question est surtout politique", selon le média en ligne 7 sur 7. Il y a un risque, disent certains historiens, qu'en faisant disparaître les monuments royaux de l'espace public, on fasse aussi disparaître tout un pan de l'histoire ; il faudrait donc plutôt réduire le nombre de statues mais surtout mieux les contextualiser, avec des explications sur les piédestales par exemple.

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"Décoloniser la rue", ce serait aussi trouver d'autres grands hommes et femmes à célébrer. Il y a débat, par exemple en ce moment à Bruxelles, sur la création d'une place Patrice Lumumba, du nom du grand combattant de l'indépendance conglaise assassiné en 1961. Le jour où une statue de Léopold 2 dialoguera dans l'espace public avec une autre de Lumumba, alors peut-être la Belgique aura réussi à amorcer sa décolonisation des esprits. C'est en tous cas le souhait de l'historien Pierre-Luc Plasman, à lire donc dans Le Soir de ce mercredi.

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