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Coronavirus : Donald Trump s'adresse à la Nation depuis le bureau ovale et annonce la suspension des vols en provenance d'Europe

Coronavirus : la folle nuit américaine

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À retrouver dans l'émission

De la suspension de la saison de NBA à l'allocution de Trump qui ferme les Etats-Unis à l'Europe... la nuit a été fertile en rebondissements sur le front du coronavirus aux Etats-Unis

Coronavirus : Donald Trump s'adresse à la Nation depuis le bureau ovale et annonce la suspension des vols en provenance d'Europe
Coronavirus : Donald Trump s'adresse à la Nation depuis le bureau ovale et annonce la suspension des vols en provenance d'Europe Crédits : POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP - AFP

La soirée commençait bien à Oklahoma City où les fans de NBA s'étaient rassemblés pour le choc entre Oklahoma City Thunder et Utah Jazz. Les équipes étaient en piste, prêtes à en découdre, le public chaud bouillant avant cette nouvelle rencontre de NBA... Mais voilà que les officiels descendent sur le parquet, les discussions vont bon train, puis les joueurs quittent le terrain, repartent dans les vestiaires... Que se passe-t-il ? Personne n'y comprend rien. Les commentateurs sportifs avouent leur incompréhension... Puis tombe l'annonce  : le match est suspendu... Rentrez chez vous. Dans la foulée,  ce coup de tonnerre...  La NBA suspend sa saison ! L'Amérique est sous le choc. Sur tous les sites des journaux les chats et les commentaires se multiplient. Le Français Rudy Gobert qui joue avec Utah Jazz serait le joueur testé positif au coronavirus. Le virus a encore frappé et chasse les primaires de la Une de la presse. Les quarantaines se multiplient. Washington à son tour prend des mesures. Etat d'urgence et état d'urgence sanitaire. Plus de parade de la Saint Patrick, une première en 250 ans , les événements, convention, salons sont tous annulés les uns après les autres. 

Une allocution rarissime

C'est une folle nuit. Presque au même moment, et c'est un autre des gros titres aux Etats-Unis ce matin, Tom Hanks annonce depuis l'Australie où il prépare un biopic sur Elvis Presley qu'il est positif au virus, tout comme son épouse Rita Wilson. Hanks est la première célébrité américaine à se dire infectée, écrit le Washington Post. L'acteur a posté cette annonce juste après l'adresse à la nation du Président Trump. Le président américain frappe fort. Il interdit tout vol en provenance d'Europe, sauf depuis le Royaume uni et le Département d'Etat recommande aux citoyens américains de ne plus voyager à l'étranger. 

Une allocution solennelle de Donald Trump depuis le bureau ovale, ce qui est rarissime. Le visage grave, le ton compassé, un peu essoufflé, Trump n'a quand même pas manqué de faire une ou deux boulettes, en assurant par exemple que les biens en provenance d'Europe étaient aussi bannis, avant que la maison Blanche ne rectifie la parole présidentielle. Seuls les voyageurs venus d'Europe sont concernés par l'interdit. Si Donald Trump était accusé de minimiser le risque épidémique aux Etats-Unis, il semble avoir radicalement changé d'attitude. Il annule même ses déplacements de levée de fonds du week end dans le Nevada et le Colorado et n'ira pas devant la convention républicaine juive à Las Vegas ce soir, écrit le Washington Post. Avant d'ajouter, il faut dire que la combinaison de préoccupations économiques grandissantes et les questions sur l'état de préparation du gouvernement fédéral face aux mesures d'urgence constitue l'une des menaces les plus fortes dans sa quête pour sa réélection. 

Donald Trump avait tenté de conserver une routine "business as usual" pour rassurer le public malgré les alertes des autorités sanitaires, mais là il suspend tous ses événements de campagne. Et le quotidien de recenser l'ensemble des rencontres annulées, des matches suspendus, des restrictions, des fermetures d'école à travers le pays et dans le monde avant de s'inquiéter dans son éditorial. Les gouvernements doivent faire attention à ne pas étrangler les sociétés en voulant les sauver. Les restrictions doivent être fondées sur les preuves et la logique, non sur les peurs. Les restrictions américaines sur les voyageurs venus d'Europe (à l'exception de la Grande Bretagne) seront-elles efficaces? Rien ne le garantit. Le virus est déjà chez nous. Et maintenant qu'il est présent les gens devraient plutôt être incités à éviter les rassemblements de masse, renoncer aux concerts, et accepter les fermetures d'écoles. Mais ils devraient être autorisés à aller faire leurs courses chez l'épicier ou se rendre chez leur docteur. En d'autres termes, conclut l'éditorial, reprenant son titre Lock down but don't shut down, Restreignez, verrouillez, mais ne fermez pas tout, ne mettez pas le pays à l'arrêt.  

Le coronavirus comme un révélateur

Le Washington Examiner n'a lui pas été convaincu par la prestation présidentielle. La confusion règne dans l'action comme dans le discours, tacle le site politique. Ce fut l'une des allocutions les pires sur le fond comme dans la forme jamais prononcée depuis le bureau ovale. On ne sait pas comment il va s'y prendre pour affronter le problème. Il ne dit pas comment les Américains qui sont en Europe pourront rentrer après l'entrée en vigueur de l'interdiction vendredi. En deux semaines, le président est passé d'une extrême à l'autre. Le 26 février, il assurait que le nombre de cas de coronavirus aux Etats-Unis serait proche de zéro, et ne prenait pas la mesure de la gravité de la situation. Aujourd'hui, il semble sombrer dans la panique contre laquelle il veut nous prémunir. Le New York Times, lui, se plaint des réponses en ordre dispersé des différents chefs d'Etat et de gouvernement de la planète  Alors que tous parlent de la gravité de la pandémie, écrit le New York Times, leur voix s'apparentent moins à un chœur qu'à une cacophonie, et les Etats-Unis ont abandonné leur rôle traditionnel de chef d'orchestre. Donald Trump n'a pas réussi à façonner une réponse commune avec les autres dirigeants. Il préfère s'entourer d'un mur et prétend sans aucune preuve que le laxisme de l'Union européenne est responsable de la multiplication des cas dans notre pays. 

Mais les autres leaders ne sont pas logés à meilleure enseigne. Et le quotidien de pointer les dirigeants comme Vladimir Poutine en Russie ou Mohamed Ben Salman en Arabie saoudite qui en profitent pour renforcer leur emprise et supprimer les libertés. Il dénonce les égoïsmes nationaux pour ce qui concerne le partage du matériel médical. La montée du populisme, déplore le New York Times, a exacerbé le problème en réduisant l'envie des pays de coopérer. Ou comment le coronavirus agit comme un révélateur des manques du monde d'aujourd'hui.

Marie-Pierre Vérot

Chroniques

7H40
42 min

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