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Vue d'artiste de l'étoile autour de laquelle gravite K2-18B

Non, l'exoplanète K2-18B n'est pas une Terre de rechange

5 min
À retrouver dans l'émission

A l'heure où l'on nous dit la planète Terre condamnée, l'hypothèse d'une vie possible sur la lointaine K2-18B excite la presse mondiale, prise entre prudence scientifique et volonté de rêver encore. Un rappeur russe pro-Kremlin victime d'une nouvelle forme d'engagement politique en ligne.

Vue d'artiste de l'étoile autour de laquelle gravite K2-18B
Vue d'artiste de l'étoile autour de laquelle gravite K2-18B Crédits : ESA/Hubble - Maxppp

L'information la plus reprise ce matin dans les journaux du monde entier nous vient... de très loin.  

A un million de milliards de kilomètres de la Terre, il y a une planète qu'on a nommée K2-18B, et selon une étude d'astronomes révélée par la revue Nature, on a détecté de la vapeur d'eau dans son atmosphère. Je sens déjà que rien que les mots "planète", "atmosphère" et "eau" dans la même phrase, ça allume une lumière rouge dans votre esprit, et c'est bien de cela dont il est question avec cette nouvelle scientifique qui déclenche les passions dans toute la presse mondiale.  

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Au hasard, prenons El Pais, en Espagne : K2-18b, retenez ce nom, nous y est présentée comme une "super-terre", deux fois le diamètre de notre planète et 5 fois sa masse, et avec cette découverte d'eau nous dit-on "très abondante  dans son atmosphère", la voici propulsée au rang de planète "potentiellement habitable". Car K2-18B, nous explique-t-on, combine des qualités très rares : comme la Terre c'est une planète faite de roche (ou peut-être de glace, on n'est pas bien sûrs, c'est quand même très loin) et surtout, elle se trouve en orbite autour de son étoile, une naine rouge, à une distance théoriquement "idéale" de celle-ci,  ni trop loin (il y ferait trop froid), ni trop près (il y ferait trop chaud). Juste la distance, enfin à quelques millions de kilomètres près, où l'eau à sa surface pourrait rester à l'état liquide et permettre l'existence de la vie ! 

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En d'autres termes, ceux en l’occurrence choisis par The New York Post, les températures, sur cette exoplanète, sont juste "parfaites". Je ne sais pas vous mais en lisant ça, moi, j'ai l'impression de lire un guide touristique et je prépare déjà ma valise.  

Sauf que "la planète K2-18B n'est pas une Terre-bis" ! 

C'est un avertissement que vous lirez dans tous les articles consacrés à cette découverte scientifique "hallucinante, terriblement excitante" telle que la présente la BBC. "K2-18B n'est pas une Terre 2.0", martèlent les auteurs de l'étude : tout ce que l'on a, pour le moment, ce sont des déductions, des calculs algorithmiques très complexes et théoriques, qui tendent à prouver qu'il y a de la vapeur d'eau et donc possiblement des nuages dans son atmosphère, et donc possiblement des pluies et donc possiblement de l'eau liquide à sa surface. Mais vu que tout cela est, justement, très théorique, et qu'à une distance de 111 années-lumières on ne risque pas de s'approcher de sitôt de la fameuse planète pour vérifier, il n'y a vraiment pas de quoi se ruer dans le grand fantasme de la vie extraterrestre, et encore moins celui de la planète de remplacement accueillante où nous pourrions emménager quand nous aurons achevé de détruire la nôtre.

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D'ailleurs tous les médias que j'ai explorés ce matin, à commencer par la chaîne australienne ABCNews, posent la question absolue : "Et si la Terre n'était pas unique ?" Et si la vie avait trouvé ailleurs les conditions improbables à son développement ? Mais ces mêmes médias nous mettent tous en garde contre les extrapolations de science-fiction... Du coup, eh bien, impossible de ne pas y penser. On peut même facilement se dire que c'est exactement pour cela que les journaux ont mis cette info à la une : parce qu'ils savent que cela existe notre imaginaire et que cela fait vendre du papier. 

Comme si on avait besoin de ce genre de délire collectif à l'heure où l'on nous dit tous les jours que notre Terre est condamnée, et, c'est le grand slogan du moment et c'est une réalité, qu'"il n'y a pas de planète-B", que "la Terre est la seule que nous avons" et donc que nous n'avons donc pas d'autre choix que d'en prendre soin tant qu'il est encore temps. 

Pas de planète-B mais une planète K2-18B, pour continuer à rêver... c'est toujours ça de pris !

Retour justement sur Terre, et même très précisément à Moscou. 

Pour parler du clip d'un rappeur russe, j'ai nommé Timati, qui le week-end dernier, à la veille des élections municipales dans la capitale, publiait sur le portail russe de Youtube le clip d'une chanson à la gloire de Moscou et de son maire pro-Kremlin Sergueï Sobianine.  

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Ce clip, vous ne le trouverez pas en lien dans cette page, parce que, comme nous l'explique l'Express Gazeta, l'artiste a décidé de le retirer après trois jours d'une intense campagne de dénigrement sur internet : la vidéo, excusez du peu, venait de battre un record, celui du plus grand nombre de personnes qui l'avaient "disliké", qui avaient cliqué sur l'icône "je n'aime pas" sur la page du clip. 

Trois millions de vues mardi, et près de la moitié, un million et demi qui avaient cliqué sur le petit pouce vers le bas : c'est du jamais vu en Russie... Et c'est un signe des temps, un acte politique, selon le site d'info Rosbalt. Dans un pays où "la population, à commencer par la jeunesse, ne croit plus au pouvoir de changement de l'élection" (voir le taux d'abstention de 80% aux élections de dimanche), s'en prendre collectivement, par un simple clic désapprobateur, à un artiste clairement pro-Kremlin, c'est "un acte de défiance envers les autorités". 

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Il faut dire aussi, nous explique l'auteur de l'article Victoria Voloshina, que le rappeur Timati n'y était pas allé de main morte, se disant fier de ne pas faire partie de ces Moscovites qui participent aux manifestations d'opposition, ou fier également que la Gay Pride n'ait pas droit de cité dans sa ville. 

Des messages politiques pro-Kremlin nombreux et franchement affirmés : à lire le journal en ligne Lenta, on comprend qu'il y a une vraie tradition de chansons engagées dans ce genre-là dans la Russie de Vladimir Poutine, avec des liens souvent troubles et corrompus entre les artistes et le pouvoir en place. 

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Mais quelque chose change avec cette dernière affaire : d'habitude les clips des chansons rencontraient la plupart du temps le succès populaire, sauf que cette fois c'est tout le contraire, le rejet est massif et immédiat. Pour Anya Narinskaya, à lire dans la Novaya Gazeta, il faut y voir "la fin d'une forme de détachement post-moderne, de cynisme" en vogue ces dernières années et qui poussait les jeunes Russes à se désintéresser de tous ces phénomènes de propagande en les traitant par l'ironie. Mais "l'ironie a vécu, la nouvelle génération ne laisse plus passer, pour elle les mots qui sont prononcés sur la place publique ont un vrai poids, un vrai prix." Le rappeur Timati l'a appris à ses dépends, et "ce n'est qu'un début", prévient Anya Narinskaya.

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