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Lz Cheney évincée de la direction du parti républicain, Washington le 12/05/21

Purge au parti républicain : ce que révèle la "défenestration" de Liz Cheney

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Aux Etats-Unis le parti républicain a évincé ce mercredi sa n°3 Liz Cheney qui dénonçait les mensonges et dangers incarnés par Donald Trump. Shoshana Zuboff alerte sur le "coup d'Etat qui ne dit pas son nom" mené par le capitalisme de surveillance des GAFAM et de leurs soutiens politiques.

Lz Cheney évincée de la direction du parti républicain, Washington le 12/05/21
Lz Cheney évincée de la direction du parti républicain, Washington le 12/05/21 Crédits : Chip Somodevilla - AFP

Des questions sur l’avenir du parti républicain aux Etats-Unis : est-il fragilisé, ou bien renforcé après l’éviction hier de sa n°3 Liz Cheney ?

Liz Cheney, élue du Wyoming à la Chambre des représentants, a été "éjectée de l’organigramme du parti", explique David Smith dans The Guardian, parce qu’elle a osé contester le "big lie", mensonge suprême de l’ère trumpiste, signifiant le refus d’accepter la défaite à la dernière présidentielle. 

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Ce "big lie" reste la religion d’Etat chez les républicains, tout comme l’allégeance aveugle à Donald Trump : c’est cela que démontre la purge opérée sur la personne de Liz Cheney, élue emblématique de la famille ultra-conservatrice, certes, mais de la vieille école. Celle de son père Dick Cheney qui a été vice-président de George W Bush : une droite dure, néo-conservatrice, intransigeante sur les valeurs traditionnelles de l’Amérique à papa… mais qui refuse pour autant de verser dans la déréalisation hystérique, le conspirationnisme décomplexé, le suprémacisme blanc et le culte de la personnalité délirant qu’a imposé Trump et qu’il impose toujours, on en a eu la preuve ce mercredi.

Exit donc, poursuit David Smith qui est le correspondant à Washington duGuardian, l’illusion qui s’était emparée de Washington avec l’arrivée de Joe Biden à la présidence : illusion d’une accalmie, d’un retour général à la raison. "On commençait à se dire, avec la réouverture des rues autour de la Maison Blanche, que le pire était derrière nous, que la démocratie américaine avait certes vécu, le 6 janvier au Capitole, une expérience de mort imminente, mais qu’elle s’en était remise et était à nouveau sur pieds". Mais non, l’éviction de Liz Cheney prouve que le mal reste profondément ancré dans le parti républicain, et que tout pourrait basculer à nouveau.

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Dans les pages "opinion" de USA Today, Donna Brazile fait mine de s’amuser du fait que les Républicains aient pratiqué sans vergogne "l’effacement" de Liz Cheney parce qu’elle incarnait des idées différentes des leurs, eux qui conspuent à chaque détour de polémique cette "culture de l’effacement", cette "cancel culture" qu’ils prêtent aux milieux progressistes de gauche accusés de refuser le débat et d’imposer leur idéologie "woke" en tentant d’effacer ses détracteurs.

Le sort réservé à Liz Cheney prouve justement que le débat d’idée n’a pas non plus sa place au sein du Parti républicain… mais ce n’est pas nouveau, d’après Russel Berman à lire dans The Atlantic. Depuis Ronald Reagan, c’est comme une règle d’or au sein du "Grand Old Party" comme on le surnomme : ne jamais critiquer un autre élu, ne jamais remettre en cause le chef. Pour avoir commis ce "pêché originel", pour avoir osé dire haut et fort que Donald Trump est une menace pour la démocratie, Liz Cheney est effacée de l’organigramme. C’est comme ça que les républicains ont survécu à toutes les crises internes,  en choisissant un leader, une ligne et en s’y tenant, monolithiques comme l’éléphant qui symbolise leur parti.

Alors bien sûr, Gloria Borger de CNN veut croire que la "défenestration de Liz Cheney" (expression reprise par de nombreux éditorialistes) lui a donné un porte-voix, une caisse de résonance pour incarner le refus de Trump dans le camp républicain, quitte à susciter en interne "une guerre civile aussi forte qu’une croisade religieuse" dont, affirme-t-elle, "ceux qui vénèrent de fausses idoles sortent souvent perdants"…

Sur le site Politico, Jeff Greenfield lui répond à l’inverse qu’il serait dangereux de parier sur un affaiblissement du "Grand Old Party" à 18 mois des élections de mi-mandat. Depuis que son allégeance totale à Donald Trump est claire, la désignation des candidats ne devrait pas faire de vague, les quelques inconscients qui osaient encore dénoncer la responsabilité de Trump dans l’assaut du Capitole en janvier ont bien compris qu’il faut se taire et rentrer dans le rang s’ils veulent garder l’investiture républicaine. Quant à 2024, la prochaine présidentielle, Donald Trump affirme plus que jamais qu’il y sera candidat et le soutien total du parti républicain ne fait plus de doute depuis mercredi. La machine de guerre est lancée, elle ne s’embarrassera pas de nuance ni de débat, et c’est justement ce qui l’avait rendue invincible en 2016.

Pour prolonger la réflexion sur les menaces qui pèsent sur nos démocraties, saluons la bonne initiative du quotidien suisse Le Temps.

En ce jeudi de l’Ascension où l’on a (peut-être) un peu plus le temps de lire que d’habitude, Le Tempsa fait traduire intégralement et publie une passionnante tribune de la chercheuse américaine de Harvard Shoshana Zuboff, une spécialiste mondialement reconnue de la Révolution numérique et de tout ce qu’elle fait à nos vies. Le texte avait été publié fin janvier par The New York Times, je ne vous en avais pas parlé à l’époque alors je me rattrape aujourd’hui. 

Car Shoshana Zuboff nous dit que nous sommes en train d’assister à "un coup d’Etat qui ne dit pas son nom" avec l’avènement de ce qu’elle qualifie de "société de la surveillance", ou plus précisément de "capitalisme de la surveillance" porté par les grandes sociétés de l’internet et les politiques qui leur déroulent le tapis rouge depuis deux décennies. Une société de la surveillance dont nous sommes les victimes consentantes. 

Mais il faut voir la réalité en face, ajoute Shoshana Zuboff : nous ne devons pas nous faire d’illusion, il est compliqué de concilier la société mise en avant par les GAFAM et la démocratie, l’une est en train de tuer l’autre et il faut choisir, tant que nous en avons la possibilité. 

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que l’universitaire a écrit cet article dans la foulée du 6 janvier, de l’assaut lancé contre le Capitole de Washington, on y revient… "Quand les agences de renseignement publiques et les sociétés privées s’allient" pour nous voler nos vies numériques, influencer nos choix politiques, et favoriser ceux qui nous éloignent de la démocratie, on est bien face à un "coup d’Etat épistémique" clame Shoshana Zuboff pour qui "les capitalistes de la surveillance détiennent désormais les clés de la distribution du savoir, de l’autorité qui régit sa distribution, et du pouvoir qui protège cette autorité"

Il est bien question de sujets et d'enjeux ressentis de manière diffuse, mais auxquelles nous refusons trop souvent de nous confronter réellement. Le texte republié ce jeudi parLe Temps nous offre cette possibilité en poursuivant la réflexion ; ce qu'il décrit est glaçant,  mais il ouvre aussi le champ des possibles, se concluant avec cette phrase : "Nous avons une civilisation de l’information démocratique à construire, et il n’y a pas de temps à perdre".

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