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PAul Hudson, DG de Sanofi à PAris le 6 février 2020

Vaccin : le français Sanofi cède au "America First" de Donald Trump

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Le groupe pharmaceutique français Sanofi annonce que les Américains auront la priorité sur les commandes d'un éventuel vaccin contre la Covid-19, parce qu'ils ont financé la recherche avant les autres. De quoi choquer la France et l'Europe, et nous interroger sur l'économie de la recherche mondiale.

PAul Hudson, DG de Sanofi à PAris le 6 février 2020
PAul Hudson, DG de Sanofi à PAris le 6 février 2020 Crédits : Eric Piermont - AFP

Le patron du groupe pharmaceutique français Sanofi l'a annnoncé ce mercredi : les Etats-Unis et la Chine seront les premiers à bénéficier d'un éventuel vaccin contre la Covid-19 parce qu'ils ont été les premiers à en financer la recherche.

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais le 16 mars dernier, premier jour du confinement en France (il y a donc une éternité) je vous avais raconté que Donald Trump avait tenté de faire signer à un laboratoire pharmaceutique allemand une clause d'exclusivité sur un possible vaccin, en échange de quelques dizaines de millions de dollars.

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Face à l'indignation des autorités allemandes, ça ne s'était pas fait, à l'époque... mais hier donc Bloomberg publiait une interview de Paul Hudson, directeur général du groupe français Sanofi, dans laquelle ce dernier explique que, en toute logique, les Etats-Unis auront une priorité (s'il fonctionne) sur l'un des vaccins que le groupe est en train de concevoir dans leurs laboratoires. "Les Américains, dit précisément Paul Hudson, auront le droit à la plus importante pré-commande, parce qu'ils ont pris un risque pour financer ces recherches avant les autres, dès le mois de février".  

Depuis, il faut le dire, Sanofi a quelques peu tempéré les propos  de son DG : voyant les critiques qui montaient en France en particulier où l'on s'est souvenu que Sanofi  bénéficie chaque année de dizaines de millions d'euros en Crédit Impot Recherche, le groupe a précisé, via une dépêche Reuters qu'il est aussi "en contact étroit avec les régulateurs européens pour accélérer l'accès futur des Européens à ce vaccin contre la Covid-19" s'il devait être validé (ce qui soit dit en passant n'arrivera pas avant la seconde moitié de l'année 2021).

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Et il y a de quoi enrager de cette "provocation" telle que la qualifie la Frankfurter Allgemeine Zeitung en Allemagne, quand on est Européen (et de surcroît Français il faut bien le dire) et que l'on voit que la stratégie de mise en concurrence des Etats, de priorité au plus offrant, est en passe de l'emporter contre la tentative franco-allemande de mettre les moyens et les efforts en commun.  

Quand  le "téléthon" organisé par Angela Merkel et Emmanuel Macron récoltait 8 milliards d'euros pour faire avancer la recherche sur le vaccin au bénéfice de tous, Donald Trump lui refusait de participer : il fait "cavalier seul", comme le résume The Guardian, privilégiant des financements de la recherche à coup de gros chèques tonitruants signés à des projets bien ciblés et rentables politiquement à assez court terme comme le fait de protéger sa population de la pandémie sans se soucier de ce qui passera dans les autres pays.  

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Ce n'est rien de plus que l'application à la santé du principe "America First", on ne pourra pas reprocher un quelconque manque de cohérence au président américain. Mais le propos de Tom McCarthy dans The Guardian, tout comme de Christian Schubert de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, c'est de dire qu'avec cette stratégie du "nationalisme vaccinal", les Etats-Unis (et la Chine aussi d'ailleurs il faut le rappeler) sont en train de remodeler dangereusement tout le secteur de la recherche médicale... avec le soutien des grands groupes pharmaceutiques, puisque le DG de Sanofi terminait hier son interview à Bloomberg en disant en gros aux Européens : "voilà ce qui va se passer, les Américains et les Chinois ont payé, ils seront servis les premiers... et vous, vous faites quoi ?"

Ça pousse notre continent à rentrer dans cette course à l'argent et à la recherche au coup par coup, en oubliant la vocation universelle du savoir médical, la nécessité de financer la recherche sur le long court plutôt que de manière opportuniste.  A moins que les Européens n'en tirent la leçon qu'il faut vraiment miser sur la recherche publique, plutôt que de succomber au chantage des labos privés ? Pour le moment, rien n'est moins sûr...

Et pourtant, la question de « qui aura accès au vaccin et à quelles conditions » est essentielle si l'on veut se débarrasser définitivement du coronavirus.

C'est ce que nous rappelle sans préambule la BBC qui cite une note de l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé selon qui "le coronavirus et la Covid-19 pourraient ne jamais vraiment disparaître", si nous ne trouvons pas le moyen de nous entendre pour que le plus grand nombre ait accès aux futurs vaccins. Et de citer l'exemple de la rougeole ou la tuberculose pour lesquelles des vaccins existent depuis longtemps, mais qui continuent de tuer des centaines de milliers de personnes chaque année... principalement dans des pays pauvres.

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Même avertissement dans le Washington Post : "ce n'est pas parce qu'un ou plusieurs vaccins sortiront des labos que nous serons débarrassés de la pandémie" ; pour ça il faudrait qu'au moins 70% de la population mondiale soit vaccinée, soit 5,6 milliards de Terriens, qu'ils se trouvent dans des pays riches qui ont pu financer la recherche ou qu'ils vivent dans les pays en développement qui vont dépendre de la solidarité internationale, qu'ils aient les moyens de se payer individuellement le vaccin, qu'ils aient la chance d'être dans un pays où la santé est gratuite pour tous... ou qu'ils n'aient rien de tout ça.

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Rien qu'aux Etats-Unis, affirme le site d'investigation TruthOut, les dirigeants actuels ne sont pas capables de garantir à 100% que tous les Américains auront accès gratuitement au vaccin. C'est d'ailleurs très précisément ce qu'annonçait dès la mi-mars Marianna Mazzucato et  

Azzi Momenghallibaf dans une tribune au New York Times intitulée "Les grands laboratoires pharmaceutiques vont faire un malheur avec le vaccin contre la Covid-19". Le pronostic était clair : les big pharma vont remplir leurs caisses pendant que les contribuables américains eux se retrouveront piégés obligés de payer un remède qui a été conçu grâce à leurs impôts. En ce qui concerne Sanofi, les contribuables français s'associent à leur malheur !

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