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Le Vanuatu est un des pays les plus pauvres et endettés du monde, notamment du fait de catastrophes naturelles.

Hommes d'affaires troubles et ex-dirigeants en disgrâce s'arrachent les passeports du Vanuatu

5 min
À retrouver dans l'émission

The Guardian publie ce matin une enquête sur les passeports du Vanuatu, que s'arrachent fugitifs, hommes d'affaires troubles et politiciens en disgrâce.

Le Vanuatu est un des pays les plus pauvres et endettés du monde, notamment du fait de catastrophes naturelles.
Le Vanuatu est un des pays les plus pauvres et endettés du monde, notamment du fait de catastrophes naturelles. Crédits : Dan McGarry - AFP

The Guardian révèle ce matin que plus de 2000 personnes ont acheté des passeports du Vanuatu l'an dernier, et avec eux un accès sans visa à 130 pays, parmi lesquels tous les Etats de l'Union européenne ainsi que le Royaume-Uni.

Cette pratique est connue depuis 2017, mais ce qu'il y a de nouveau avec cette enquête, c'est qu'elle révèle l'identité et le pedigree des personnes désireuses d'acquérir ce précieux sésame. Et il ne s'agit pas forcément d'amoureux de l'archipel. On trouve plutôt dans cette liste de nombreux fugitifs, dirigeants ou hommes d'affaires en disgrâce, quand ils ne sont recherchés ou interdits d'entrée dans certains territoires.

The Guardian cite notamment un homme d'affaires syrien proche de Bachar Al-Assad et sur lequel pèsent des sanctions américaines, un businessman italien accusé d'avoir extorqué plus de 15 millions d'euros à des fonctionnaires du Vatican, deux frères sud-africains accusés d'avoir volé 3,6 milliards de dollars en cryptomonnaie, un patron de la FIFA dont l'identité n'est pas révélée ou encore l'ancien premier ministre libyen soutenu par l'ONU, Fayez el-Sarraj.

Ce passeport a évidemment un prix, 130 000 dollars selon le journal britannique. Le processus prend environ un mois, sans qu'il y ait besoin de mettre un pied au Vanuatu. Rappelons que cette procédure est légale, certaines agences sur leurs brochures le présentent ouvertement comme l'un des "passeports dorés" les plus rapides, les moins chers et les plus laxistes au monde. Ajoutez à cela que le Vanuatu est déjà connu pour être un paradis fiscal franchement sympathique : pas d'impôts sur le revenu, pas d'impôts sur les sociétés et pas d'impôts sur la fortune, de quoi rendre l'Archipel plutôt attrayant pour le placement et éventuellement le blanchiment d'argent. En clair les autorités du monde entier s'alarment de voir cet archipel devenir une plateforme toujours plus complète et attrayante pour les activités illégales, en même temps que le Pacifique devient chaque année davantage une plaque tournante du trafic de drogue. D'autant plus, selon un expert de la région interrogé par The Guardian, que ce programme peut offrir la possibilité à quiconque obtenant la nationalité de changer de nom, et donc de repartir avec une identité flambant neuve.

Toujours est-il que ce business est très rentable pour le gouvernement du Vanuatu, un des pays les plus pauvres du monde et des plus endettés, notamment du fait des catastrophes naturelles. Près de 116 millions de dollars ont été récoltés l'an dernier grâce à ces demandes de passeport, argent en grande partie utilisé pour effacer la dette du pays. Néanmoins certaines voix s'élèvent au Vanuatu pour dénoncer cette pratique. Elle salirait selon ses plus farouches opposants une nationalité très récente et acquise de haute lutte, alors que le pays n'est indépendant de la France et du Royaume Uni que depuis 1980.

Des localités redoublent d'imagination pour inciter à la vaccination contre le Covid-19

Alors qu'Emmanuel Macron annonçait il y a trois jours les nouvelles modalités plus strictes du pass sanitaire, ou encore l'obligation vaccinale des soignants, certains pays ou régions préfèrent la carotte au bâton et redoublent d'imagination pour inciter les citoyens et notamment les plus jeunes à se faire vacciner. Partons tout d'abord en Californie et plus précisément à Long Beach, où deux organisations proposent aux candidats à la vaccination un joint de marijuana pour les récompenser après la piqûre raconte ce matin le Los Angeles Times. De quoi déstresser on l'imagine les plus craintifs dans cet Etat où la consommation et la commercialisation de cannabis sont légales, où le variant delta est récemment devenu la souche dominante et où les candidats à la vaccination ne se bousculent pas au portillon.

L'idée est portée non pas par la municipalité mais par une organisation de défense des droits des personnes de couleurs à faible revenue, et une coalition d'entreprise de cannabis. Avec un slogan que l'on pourrait traduire par : "avant de tirer sur le oinj et de faire tourner, viens te faire vacciner". Ainsi, au cours de matinées dédiées, tous les plus de 21 ans recevront au moment de leur vaccination un jeton contre un joint de cannabis pré-roulé explique le journal américain. Le Los Angeles Times qui cite également pêle-mêle d'autres initiatives du même tonneau un peu partout aux Etats-Unis, certaines localités proposant de la bière gratuite, d'autres des donuts, quand ce n'est pas des tickets de loterie pour gagner une voiture ou même des chèques d'un million et demi de dollars, c'est ce qu'avait mis en place l'Etat de Californie il y a pile un mois.

Ce type d'initiative n'est pas l'apanage des américains. Le magazine Fortune publie aujourd'hui sur son site internet une liste non exhaustive de programmes d'incitations similaires à travers le monde. Avec des entreprises russes qui organisent des tombolas pour gagner des jours de congés, des voyages tous frais payés ou encore des motoneiges. En Roumanie, des journées de vaccination sont organisées au château de Bran en Transylvannie, haut lieu touristique surnommé le château de Dracula. On s'y fait vacciner par des soignants qui arborent un autocollant représentant des canines acérés

Et puis, il y a les incitations purement monétaires, celles-ci plus contestées par de nombreux scientifiques et spécialistes de l'éthique. En Grèce par exemple, tout jeune de 18 à 25 ans se verra remettre une carte créditée de 150 euros, utilisable pour des voyages et des activités culturelles. En Serbie, c'est 3000 dinars serbes en espèces sonnantes mais surtout trébuchantes pour certains scientifiques, qui dénoncent une forme de coercition pour les les plus pauvres ayant désespérément besoin d'argent.   

Le magazine relaie également les propos d'un spécialiste de l'éthique irlandais, pays qui a rapidement refusé ces programmes d'incitation. Il dénonce des mesures qui pourraient selon lui "transformer un comportement altruiste en un comportement purement intéressé, avec des conséquences négatives à long terme, en cas d'émergence de nouvelles menaces pour la santé". Et un épidémiologiste serbe de conclure sur le deuxième effet Kiss-Cool de ce genre de programme sur la confiance des citoyens :  "Il serait naturel pour beaucoup de gens de penser maintenant : si on me donne de l'argent pour prendre ce vaccin, c'est que le vaccin n'est pas bon. C'est qu'il y a un risque, et qu'un prix a été mis sur ce risque". Ou quand la carotte finit par avoir elle aussi des allures de bâton.

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