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Hajar Raissouni retrouve son compagnon après leur libération de prison

Au Maroc, la libération d'Hajar Raissouni et l'ambivalent fait du Prince

6 min
À retrouver dans l'émission

La libération de la journaliste Hajar Raissouni et de ses co-accusés au Maroc suscite le soulagement mais aussi une réflexion sur les limites d'une grâce royale qui ne doit pas occulter la nécessaire réforme du Droit marocain. En Italie la Justice autorise le prêt de l'Homme de Vitruve au Louvres.

Hajar Raissouni retrouve son compagnon après leur libération de prison
Hajar Raissouni retrouve son compagnon après leur libération de prison Crédits : FADEL SENNA - AFP

Au Maroc, une grâce royale qui laisse un arrière-goût doux-amer.

Il y a bien sûr le soulagement, de voir la journaliste Hajar Raissouni sortir de prison, libre tout comme désormais son fiancé et les trois professionnels de santé qui avaient été condamnés avec elle le 30 septembre.  

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Pour rappel, on se réfèrera à l'hebdo en ligne TelQuel : la jeune femme de 28 avait écoppé d'un an de prison ferme, reconnue coupable de relations sexuelles hors mariage et d'un avortement illégal qu'elle, son fiancé et son gynécologue ont toujours réfuté. L'affaire avait soulevé des critiques sur la Justice marocaine, dans l'opinion publique du pays aussi bien qu'à l'étranger. Et finalement c'est donc par une grâce royale signée de la main de Mohamed VI qu'est venue la libération. 

"Merci, majesté ! ", c'est le cri du coeur, sans aucune once de second degré, que pousse Le Maroc Diplomatique qui reprend les termes très lénifiants du communiqué royal : cette grâce, Hajar Raissouni et ses co-accusés la doivent à "la clémence, la compassion de Sa Majesté le Roi", qui a fait preuve de "sollicitude et de compréhension" à leur égard, justifiant sa grande mangnanimité par le fait que les deux amants fautifs ont "fait le voeu de fonder une famille conformément aux préceptes religieux et à la loi"... ce qui rachète apparemment leurs pêchés.

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Pour le Maroc Diplomatique, la sollicitude du Roi, "guidée par son coeur et sa raison", met surtout fin "à une sorte d'embrouillamini qui, au prétexte de dénoncer une arrestation arbitraire, s'est transformée  en une campagne de dénigrement à l'échelle internationale dont le Royaume se passerait bien". 

On le voit donc, c'est tout l'effet pervers de la grâce : non seulement elle ne signifie pas que les personnes graciées sont rétablies dans leur innocence (pour cela il faudra maintenir son pourvoi en appel et espérer y obtenir un acquittement) mais en plus  elle vient clore (de manière totalement arbitraire, pour le coup), un débat public qui questionnait profondément la Justice et les libertés individuelles au Maroc.  

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Par exemple, on évacue le fait qu'Hajar Raïssouni, en plus d'être une jeune femme indépendante, est aussi une journaliste que l'on a voulu intimider. The Middle East Eye nous rappelle que "pendant ses interrogatoires elle avait été longuement interrogée sur son travail, ses écrits politiques, bien plus que sur les faits qui lui étaient reprochés et qui n'avaient rien à voir". 

Le même Middle East Eye cite également la militante marocaine des droits humains Fayrouz Yousfi, très active dans les campagnes de soutien à Hajar Raissouni, et qui explique tout de même que la libération de la journaliste "redonne un peu d'espoir pour le combat en faveur des prisonniers politiques au Maroc". Car Hajar Raissouni est loin d'être la seule à avoir fini derrière des barreaux en toute injustice. Au contraire, estime Fayrouz Yousfi, "le durcissement autoritaire et répressif du Royaume a conduit à l'incarcération de centaines de jeunes activistes". 

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Et voilà pourquoi le site d'info Yabiladi titre sur le souhait que "la libération d'Hajar Raissouni ne doit pas freiner le débat sur les lois liberticides". La société évolue, les moeurs marocaines aussi, et toute la question du moment c'est de réformer vraiment le Code pénal pour le mettre en adéquation avec cette évolution sociétale. Par exemple, le fait d'être fiancés et de vivre en concubinage n'est pas reconnu par le Code pénal actuel jugé "archaïque et oppresseur" par la militante féministe Souad Ettaoussi. 

Pour le sociologue Mehdi Alioua, toujours interrogé par Yabiladi, il y a clairement un problème avec cette manière de "débloquer des situations d'injustice par l'arbitrage royal, par la grâce, et non par un fonctionnement normal des institutions". Et de rappeler que chaque année, "près de 17 000 personnes au Maroc sont poursuivies pour homosexualité, adultère, relations hors-mariage ou tentatives d'avortement. 17 000 vies brisées", résume Mehdi Alioua. Toutes grandes et généreuses qu'elles soient, la "compassion et la sollicitude" du bon Roi n'y suffiront pas.

Epilogue d'une affaire politico-juridico-artistique de part et d'autre des Alpes. 

Je parle bien entendu de la controverse autour de l'Homme de Vitruve, le plus célèbre des dessins de Léonard de Vinci, cette étude sur la décomposition du mouvement humain, quatre bras, quatre jambes, un rond, un carré... et un tribunal administratif, celui de Vénétie, qui a donc tranché hier : l'Homme de Vitruve, du haut de ces 500 ans et pas mal de poussières, va bien partir pour Paris et le musée du Louvre ces tous prochains jours, prêté le temps d'une exposition exceptionnelle sur justement le cinq-centième anniversaire de la mort de Léonard.

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La Stampa nous rappelle qu'après des mois de tensions politiques entre Rome et Paris, et à la faveur dun changement de gouvernement en Italie, les ministres de la Culture de nos deux pays s'étaient finalement mis d'accord sur le prêt du croquis ; mais une association de défense du patrimoine, Italia Nostra, avait déposé un dernier recours invoquant la trop grande fragilité du vieux gymnaste qui serait "intransportable". Selon Italia Nostra, résumait Il Fatto Quotidiano, c'était "aux amateurs d'art de se déplacer à Venise pour voir l'Homme de Vitruve et pas l'inverse". 

Mais non, reprend la Stampa : le dessin peut bien faire le voyage à Paris, mais avec tout de même des exigences de confort dues à son grand âge. Le papier est particulièrement sensible à la lumière, alors le Louvre doit s'engager à "ne pas l'exposer à un flux lumineux supérieur à 25 lux". C'est l'équivalent d'un phare de bicyclette, nous précise CNN qui ajoute que l'Homme de Vitruve (c'est aussi imposé par le tribunal Administratif), devra être mis au repos "dans l'obscurité, chaque jour au moins au tant de temps qu'il aura été exposé à la lumière". 

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C'est à ce prix que l'Italie consent à laisser partir son précieux croquis, avec tout de même en échange le prêt par la France de cinq oeuvres de Raphaël au musée romain du Quirinal en mars prochain. Malgré tout, il est assez drôle de voir comment les journaux italiens semblent se lamenter du fait, que "l'Homme de Vitruve part finalement pour la France" : comme s'ils craignaient qu'on ne leur rende jamais.  Remarquez, ils ont bonne mémoire : c'est bien ce qu'il s'est passé il y a un peu plus de cinq cents ans avec Léonard de Vinci !

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