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Démineur turc près de Tripoli en Libye le 17 juin 2020

La France, mauvaise perdante en Libye ?

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La presse turque répond aux attaques lancées par la France sur le rôle que joue la Turquie dans le conflit libyen : et si Paris n'acceptait juste pas d'avoir perdu son influence en Afrique du Nord ? Le Canada recalé au Conseil de sécurité de l'ONU : un échec personnel pour Justin Trudeau.

Démineur turc près de Tripoli en Libye le 17 juin 2020
Démineur turc près de Tripoli en Libye le 17 juin 2020 Crédits : Mahmud Turkia - AFP

La France serait-elle mauvaise perdante en Libye ? C'est en tout cas ce que sous-entend une bonne partie de la presse turque.

Les journaux d'Ankara et Istanbul reviennent sur les propos bien peu diplomatiques que sont sont adressés nos deux pays depuis dimanche. Paris, rappelle le quotidien Sozcu, a accusé ce mercredi la Turquie, qui est pourtant son allié à l'OTAN, d'avoir eu un comportement "extrêmement agressif" en début de semaine, lors d'une accrochage entre frégates française et turques. 

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Le batiment français participait à une mission de l'OTAN et cherchait à identifier un navire soupçonné de transporter des armes vers la Libye. Mais plusieurs bâtiments de la marine turque se sont interposés, et l'un d'eux a, à trois reprises, fait mine d'ouvrir le feu sur le navire français. Une démarche "particulièrement inamicale", pour Paris qui en lançant ces accusations devant les autres membres de l'Alliance atlantique sous-entend que la marine turque escorte et protège le trafic d'armes vers la Libye, lequel est justement interdit par l'ONU et l'OTAN.

Voilà donc pour cette "soudaine poussée de tension nerveuse", dixit Sozcu, de la France contre la Turquie accusée, par son implication dans le conflit libyen aux côtés du GNA de Fayez Al Saraj, de violer les règles édictées par l'alliance atlantique alors qu'elle en est elle-même membre.

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"Ce que la France ne digère pas, assène le quotidien très pro-Erdogan Daily Sabah, c'est sa défaite en Libye" : elle qui est soupçonnée, même si elle ne l'avouera jamais, d'avoir armé en sous-main les rebelles menés par Khalifa Haftar, elle n'arrive pas à accepter sa défaite au profit du gouvernement d'Al Saraj, reconnu par l'ONU et l'OTAN et soutenu militairement par la Turquie.  

Et le journal turc d'insister sur la soi-disant hypocrisie de la France, qui remet en cause la légitimité de l'ingérance turque actuelle aux côtés d'Al Saraj, alors que c'est bien au nom de la France que Nicolas Sarkozy en 2011 avait précipité l'intervention contre Mouamar Khadafi, avec un argumentaire et des motivations douteuses, sans attendre de mandat de l'ONU, et semant en Libye le chaos qu'il s'agit justement de pacifier une décennie plus tard.  

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Voilà pour la réponse de la presse turque aux accusations françaises. Qu'en disent les journaux européens, cette fois ? Si l'on prend par exemple La Repubblica en Italie (pays très interessé au dossier libyen en tant qu'ancienne puissance coloniale), on trouve sous la plume de Vincenzo Nigro ce constat, amer mais lucide, que les nations européennes que sont "la France, L'Italie et l'Allemagne ont bel et bien perdu, en Libye, le peu qu'il leur restait de domination sur l'Afrique du Nord". 

"De nouveaux équilibres sont en train de se former", autour ces nouveaux acteurs incontournables que sont la Turquie et la Russie, ainsi que l'Egypte et les Emirats Arabes Unis en deuxième rideau. La vieille Europe, au-delà de sa puissance post-coloniale passée, va y perdre gros, analyse Vincenzo Nigro, "sur le plan stratégique, énergétique autant que migratoire". 

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Mais s'il y a bien une chose que la guerre en Libye et avant elle en Syrie a prouvé, c'est que toute cette région au sud et à l'est de la Méditerranée a changé de polarisation géopolitique, désormais tournée vers Ankara et Moscou plus que vers Paris, Rome ou Berlin. Analyse partagée par Alfred Hackensberger pour Die Welt, en Allemagne justement : qu'on ne s'y trompe pas, le cessez-le-feu durable entre les deux belligérants libyens ces jours-ci sera négocié à deux, entre Poutine et Erdogan. Ce sont eux qui ont voulu faire de la guerre civile en Libye une "nouvelle Syrie"... et ils y sont parvenu :pour l'heure c'est la stratégie turque derrière Al Saraj qui l'a emporté, mais Moscou a tout de même pu poser ses pions et compte bien les conserver, ce sera tout l'objet des négociations.  

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La Turquie, elle, parade déjà en Libye comme si elle était chez elle. Hier, se félicite le quotidien Hurriyet, Tripoli a accueilli la première visite officielle de représentants turcs de haut niveau, menée par le chef de la diplomatie Mevlut Cavusoglu. Il y a été question de l'exploitation de gisements pétroliers fraîchement repris aux hommes du maréchal Haftar, et de l'installation de bases militaires turques sur le sol libyen. "Ankara est en passe d'obtenir ce qu'elle était venue chercher en Libye", résume Ian J. Lynch sur le site d'info turc en exil Ahval... Les affaires reprennent, mais la guerre, elle, n'a peut-être pas dit son dernier mot.

S'il y a une autre chose que la Libye nous confirme, c'est que les institutions multilatérales comme l'OTAN ou l'ONU n'ont plus vraiment de prises sur les conflits à travers le monde. Et pourtant, les places restent chères autour de la table du Conseil de sécurité des Nations Unies.

C'est le Canada qui vient de l'apprendre à ses dépends : triste nouvelle tombée hier soir sur le site de nos confrères de Radio Canada, le pays dirigé par Justin Trudeau a échoué à obtenir sa place parmi les 15 grands de ce monde, la plus haute instance des Nations Unies va accueillir, comme membres non-permanents pour deux ans, l'Irlande et la Norvège... mais pas le Canada qui échoue pour la deuxième fois en une décennie...  

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"Le Canada a mordu la poussière", écrit Marie Vastel dans les colonnes du Devoir de Montréal : il a perdu... et pas qu'un peu, éliminée dès le premier tour de scrutin. Les Canadiens n'avaient tout siplement pas assez de grandes idées à proposer au monde, ou alors "pas assez d'amis" pour voter pour eux, d'après les spécialistes en multilatéralisme interrogés par le quotidien. La Chine en particulier aurait fait un lobbying forcené contre le Canada qui retient toujours, en liberté sous caution, la fille du grand patron du géant chinois des télécommunications Huawei.

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Mais c'est dans la presse anglophone que les mots sont les plus durs contre Justin Trudeau, qui selon  le Toronto Sun avait fait de cette candidature onusienne l'une de ses promesses de campagne les plus clinquantes. Le Premier ministre libéral voulait au passage se tailler uen posture d'homme d'Etat international.... "L'échec à l'ONU est avant tout celui du Premier ministre", martèle donc Lorrie Goldstein. 

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Un echec d'autat plus cuisant qu'il aura coûté cher au pays, en voyages protocolaires de Trudeau pour tenter d'arracher des voix aux quatre coins du monde, ou en lobbying très actif au siège de l'ONU à New York. Radio Canada nous apprend par exemple que la campagne canadienne a invité tous les ambassadeurs onusiens à un concert de Céline Dion pour tenter de les amadouer. L'Irlande a fait la même chose avec le chanteur Bono de U2 : la défaite diplomatique canadienne se double donc d'un désaveu musical sans appel.

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