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Boutique de vapotage à Dallas, Texas

Inde, Etats-Unis, Canada : ça sent le roussi pour la cigarette électronique

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De plus en plus populaire chez les jeunes et accusée de causer de mystérieuses maladies pulmonaires, la e-cigarette fait l'objet d'interdictions en Inde et sans certains Etats américains. Au Canada, des "blackfaces" reviennent hanter Justin Trudeau, accusé de racisme en pleine campagne fédérale.

Boutique de vapotage à Dallas, Texas
Boutique de vapotage à Dallas, Texas Crédits : LARRY W. SMITH - Maxppp

Les cigarettes électroniques constituent-elles une nouvelle "épidémie" mondiale ?  

Le mot est volontairement provocateur, et pourtant c'est bien "d'épidémie", dont il est question dans la presse indienne depuis hier, depuis que le gouvernement de Narendra Modi a décidé de pénaliser la production, la vente, l'import ou encore la publicité de tout produit lié au vapotage. Une interdiction pure et dure non pas de consommer mais de rendre consommable la cigarette électronique... l'Inde, se félicite le quotidien The Hindu, prend ainsi une décision "historique" en matière de santé publique, même s'il faut bien reconnaître qu'elle s'inscrit dans un contexte mondial de défiance grandissante ces dernières semaines contre la e-cigarette, on va y revenir. 

En Inde donc, selon The Verge, le gouvernement parle bien d'une mode du vapotage chez les enfants et adolescents indiens "qui a pris des proportions épidémiques" ; le journal économique Mint, à New Delhi,  nous explique que "la cigarette électronique pose des problèmes de santé similaires à ceux induits par la cigarette traditionnelle, et qu'à partir du moment où elle touche des jeunes, des primo-fumeurs, il est nécessaire d'en finir avec l'idée fausse selon laquelle le vapotage est une alternative inoffensive au tabac classique." 

Mais il n'y a pas de fumée sans feu : les premières interdictions de vapoter sont venues ces dernières semaines des Etats-Unis. D'abord dans l'Etat de New-York, puis du Michigan, sans doute bientôt en Californie et au niveau fédéral (Donald Trump l'a laissé entendre), on est en train d'interdire non pas la e-cigarette mais la vente de recharges de liquides parfumés.  Ce sont eux, en reproduisant des goûts comme celui du chewing-gul ou des céréales préférés des enfants, qui sont accusés d'avoir converti à la e-cigarette, selon une étude citée par le magazine  Forbes, jusqu'à "_40% des jeunes de 17 ans, et un quart des lycéens new-yorkai_s".  

Et le soucis, c'est que contrairement à ce qu'on en disait jusque-là, la cigarette électronique ne serait pas si inoffensive. Ce qui a poussé les autorités sanitaires à agir, explique le Los Angeles Times, c'est qu'elles ont identifié au moins 450 cas dont 7 mortels de graves maladies respiratoires chez des jeunes vapoteurs. La voilà, la mystérieuse épidémie qui a tout déclenché : on en retrouve ce matin la trace au Canada voisin, c'est le Globe and Mail de Toronto qui nous alerte : le premier cas de maladie pulmonaire semblable à celles constatées aux Etats-Unis vient d'être détecté dans l'Ontario... et déjà l'opinion publique s'interroge, faut-il interdire ou pas ? 

Mais attention au grand flou scientifique et à l'emballement politico-médiatique : interdire la e-cigarette, c'est "ridicule", selon Rich Lowry, chroniqueur pour Politico Magazine, c'est "à la fois céder à l'hystérie et faire preuve d'ingratitude" envers un dispositif qui a permis à des centaines de milliers de gros fumeurs à travers le monde de surmonter leur addiction. 

Le Los Angeles Times, lui, nous relate déjà les témoignages de jeunes californiens qui avaient commencer à vapoter pour ne plus fumer, et se remettent à fumer parce qu'on leur dit à présent qu'ils risquent un maladie des poumons en vapotant. Tout ça peut sembler fumeux, je vous l'accorde... mais ce qui est sûr et tangible (je l'ai lu dans Mint le journal du monde des affaires indien), c'est que les actions des cigarettiers à la bourse indienne ont connu un boum depuis l'annonce hier de l'interdiction de vente des e-cigarettes hier.

Dans la presse canadienne également, les ennuis qui s'accumulent autour du Premier ministre Justin Trudeau, alors que démarre tout juste la campagne en vue des élections fédérales du 21 octobre. 

Des ennuis qui tiennent principalement en une photo, publiée par le magazine américain Time hier soir, cliché d'une soirée de gala en 2001 à l'école privée de Vancouver où Justin Trudeau était enseignant à l'époque. Ou l'on voit quatre femmes souriantes en robe de soirée de style arabisant ; derrière elle un homme, mpême genre de costume, turban sur la tête, mais surtout visage, bras et mains brunis avec une bonne couche de maquillage. 

Un "blackface", ou plutôt non, un "brownface" pour être précis, puisque c'est en personnage arabe et non noir que le jeune homme avait eu l'idée douteuse de se grimer.Depuis sa publication, le cliché fait scandale, et Justin Trudeau a du faire son mea culpa :

A des journalistes qui l'interrogent dans son avion officiel, il explique que c'était une soirée à thème "les mille et une nuits", alors qu'il s'était déguisé en Alladin et avait eu l'idée de se maquiller... mais qu'il n'aurait pas du, à l'époque il ne savait pas que ça pouvait être considéré comme un acte raciste, aujourd'hui il l'a compris, il ne referait pas la même erreur, et il s'excuse. 

Mais forcément, à un mois des élections fédérales, voilà un vieux souvenir très embarrassant, qui "revient hanter", ce sont les mots du Journal de Montréal, un Premier ministre qui n'a de cesse de se présenter en "chef du multiculturalisme". Car la pratique du blackface ou du brownface, nous dit Le Devoir, est un grand classique du racisme ordinaire dans la jeunesse dorée nord-américaine, plusieurs personnalités politiques ou du show-business en ont fait les frais ces derniers mois, et c'est particulièrement embarrassant pour un Justin Trudeau qui apparaît là comme le fils de Premier ministre, petit blanc privilégié et insouciant qu'il a été dans sa jeunesse, une image qu'il essaye de gommer depuis le début de sa carrière politique.  

Et les excuses improvisées face caméra cette nuit n'arrangent rien, selon l'éditorialiste de The National Post Christie Blatchford : "Trudeau prouve son irresponsabilité en ayant pensé pendant 18 ans qu'il pouvait cacher ces égarements racistes à ses concitoyens, et en décrivant ce brown-face comme un simple "maquillage", alors que non, se livrer à un brownface ce n'est pas "se maquiller", c'est se moquer ouvertement et volontairement d'une personne et de sa couleur de peau". Et c'est le faire, insiste le professeur d'histoire américaine David Leonard dans le Toronto Sun, avec tout ce qu'il y a historiquement et culturellement derrière cette moquerie de rabaissement, de dépréciation, bref de volonté de "pouvoir et de contrôle des blancs sur les noirs".

 Pour ceux qui en douteraient, je vous laisse imaginer cet autre épisode avoué par Justin Trudeau lui-même : devançant d'autres possibles révélations, il reconnait qu'il a aussi, quand il était au lycée, participé à un spectacle scolaire, en blackface, sur l'air de cette chanson bien connue d'Harry Belafonte.

"Banana boat song", fameux tube du chanteur carribéen... On a beau savoir qu'Harry Belafonte a été un ardent militant des droits civiques aux Etats-Unis, difficile d'imaginer que le choix artistique du lycéen Trudeau avait pour but de rendre hommage à cet engagement.

Le malaise raciste est total, et comme souvent dans ces cas-là, plus Justin Tudeau essaye de s'en dépétrer, et plus il s'y enfonce...

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