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Manifestation contre les fémincides à Mexico

Au Mexique, dix féminicides sont commis chaque jour

5 min
À retrouver dans l'émission

L'opinion et la presse mexicaines s'indignent de l'indifférence avec laquelle les institutions traitent les féminicides, après deux assassnats particulièrement atroces et médiatisés. En Haïti, les festivités du carnaval sont compromises par une vague de rebellion chez les policiers.

Manifestation contre les fémincides à Mexico
Manifestation contre les fémincides à Mexico Crédits : ALFREDO ESTRELLA - AFP

Il y a un mot qui obsède les journaux mexicains depuis près de deux semaines.  

Ce mot c'est "féminicide", au pluriel : c'est même devenu une rubrique à part entière sur le site du quotidien El Universal : "féminicides", mais aussi "violence de genre"... et surtout deux prénoms épinglés parmi les titres dominants de l'actualité : "Ingrid" et "Fatima". 

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Ingrid Escamilla avait 25 ans, début février, quand elle a été assassinée puis démembrée par son conjoint, je vous épargne les détails plus sordides encore de son supplice. 

Fatima, elle, avait sept ans quand en fin de semaine dernière elle a disparu, juste après que les responsables de son école l'ont laissée seule dans la rue parce que ses parents avaient 20 minutes de retard pour venir la chercher. Le corps de la fillette a été retrouvé lundi dans un sac en plastique. Ses meurtriers présumés, dont une femme, ont été arrêtés ce mercredi, et cette nouvelle fait la Une de tous les journaux au Mexique tant ces deux macabres affaires, avec l'assassinat d'Ingrid qui a lui aussi été très médiatisé, ont constitué comme l'écrit Courrier International, "les féminicides de trop".  

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Mais pourquoi ceux-là, en particulier, dans un pays où l'on compte en moyenne dix femmes assassinées chaque jour ? C'est El Pais édition Amériques qui livre cette statistique, et qui poursuit ainsi sous la plume de David Marcial Perez :  dans "ce pays où l'on est habitué, ces dernières années à prendre le petit-déjeuner en lisant la liste des nouvelles les plus macabres", les calvaires vécus par Ingrid et Fatima semblent avoir "éprouvé le seuil d'épuisement et d'indignation de la société mexicaine". Il y a un contexte de conscientisation plus large également : la montée ces derniers mois d'un mouvement féministe radical au Mexique, qui n'hésite plus à user de la violence dans ses manifestations de rues pour faire pression sur les institutions et combattre enfin l'indifférence généralisée au sort des femmes.  

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Car il est bien là, le fléau à combattre, à lire le point de vue de Jorge Fernandez Menendez pour Excelsior : non pas l'indifférence de la population (il suffit de voir le nombre et l'ampleur des manifestations de ces derniers jours pour le comprendre) mais l'indifférence des institutions. De la police, de la Justice, de l'école, en ce qui concerne la petite Fatima. En la matière, la disparition puis la mort de celle-ci est révélatrice, affirme Milenio,  des manquements généralisés à toutes les étapes ; manque de protection de l'enfant à l'école, manque de professionnalisme des policiers qui ont refusé de prendre la déclaration des parents, manque de réactivité de la Justice qui n'a pas déclenché l'enquête et l'alerte Amber enfant disparu.  

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Il y a donc l'indifférence, et il y a aussi l'indifférenciation, un volet plus politique du sujet mais qui est au coeur du débat de société aujourd'hui au Mexique : dans les pages Opinion du site Animal Politico, la militante féministe Isabel Anayanssi Orizaga renvoit aussi une part de la responsabilité sur le président Andres Manuel Lopez Obrador mais surtout sur le procureur général du Mexique qui, juste avant le meurtre d'Ingrid Escamilla début février, avait expliqué qu'il était favorable à ce que l'on supprime le terme de "féminicide" du code pénal mexicain ; il préconisait de le remplacer par "homicide avec circonstances aggravantes" parce que, soit-disant, le féminicide serait "un principe de droit peu clair et inutilement compliqué".  

Refuser le mot pour contester la spécificité du féminicide comme "manifestation la plus atroce des violences faites aux femmes" : c'est d'autant plus grave, s'emporte Isabel Anayanssi Orizaga, que ça se passe en 2020 dans un pays qui avait été il y a 8 ans l'un des premiers à indroduire le délit spéficique de féminicide dans sa loi.  

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Depuis que le sujet fait la Une des journaux, le président AMLO a bien tenté de calmer les critiques, il a promis d'e s'attaquer aux causes profondes de ces violences de genre... mais il n'a pas convaincu, d'autant plus qu'il l'a fait sur un ton particulièrement paternaliste et condescendant envers les mouvements féministes.  

"Ce qui a indigné les Mexicains, c'est de voir que leur président n'avait pas l'air indigné par la situation", résume Ricardo Rocha dans les colonnes d'El Universal. L'éditorialiste s'interroge enfin sur le coût politique pour le président de gauche ; cette vague de féminicide pourrait être pour AMLO l'équivalent de ce qu'avait été en 2014 pour son prédécesseur l'enlèvement de 43 étudiants sur fond d'arrangements entre policiers et gangs mafieux : une tâche de sang indélébile sur son mandat. 

En Haïti, les réjouissances du carnaval semblent compromises. 

Et pourtant elles sont très attendues, très populaires, ces festivités programmées cette année du 23 au 25 février. Mais voilà, les stands et les tribunes qui devaient accueillir les carnavaliers sur le Champ-de-Mars de Port-au-Prince ont été détruits, incendiés lundi en marge d'un manifestation particulièrement envenimée... 

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Particulièrement, parce que nous explique Le Nouvelliste, ce sont des policiers qui manifestaient ce jour-là, des policiers très remontés contre leur gouvernement : ils ont annoncé qu'ils créaient un syndicat, alors que ça leur est interdit par la loi haïtienne ; il y a eu des tirs d'armes à feu devant le siège de la police nationale, et donc ces installations du carnaval incendiées. Selon la Gazette d'Haïti ce mercredi  encore des chars entreposés dans un stade sont eux auss partis en fumée lors d'une nouvelles manifestation.  

Mais "le carnaval aura bien lieu", a assuré mardi le premier ministre Jean-Michel Lapin, cité par AlterPresse. "C'est une tradition plus agée que nous, c'est de la responsabilité de l'Etat d'apporter les réjouissances populaires à toutes et à tous", a ajouté le chef du gouvernement qui est démissionnaire depuis juillet dernier mais n'a toujours pas pu être remplacé.  

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Un rappel de la crise politique et sociale très profonde qui déchire Haïti depuis l'été dernier... si même les policiers entrent en rebellion contre le pouvoir, écrit Frantz Duval dans l'édito du Nouvelliste, alors "ce ne sont pas seulement les stands du carnaval qui brûlent, mais c'est bien plus que ça", c'est la dernière institution sur laquelle reposaient le pouvoir depuis des mois, des hommes et des femmes à bout de nerfs et exténuée...  Ce qui brûle en Haïti depuis lundi, "c'est une insatisfaction, une colère, une perte de contrôle, une rébellion, une chute, une révolution... un effondrement".

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