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Manifestation contre l'oléoduc Trans Mountain à Londres en 2018

Justin Trudeau et son "grand écart climatique libéral" sous le feu des critiques

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Le Premier ministre du Canada approuve l'extension d'un oléoduc très contesté, ouvrant la voie à un triplement de la production canadienne de pétrole alors qu'il vient de décrêter "l'urgence climatique". Dans le grand Nord, le permafrost dégèle, une "bombe à retardement environnementale".

Manifestation contre l'oléoduc Trans Mountain à Londres en 2018
Manifestation contre l'oléoduc Trans Mountain à Londres en 2018 Crédits : Tolga AKMEN - AFP

Ce matin, on finance la transition écologique en produisant plus de pétrole ! 

C'est la grande idée qu'a eu mardi soir le Premier ministre du Canada Justin Trudeau, qui décidémment partage avec notre Emmanuel Macron un goût prononcé pour le "en même temps". 

C'est Le Devoir, à Montreal, qui nous explique de quoi il en retourne : en même temps, donc, Trudeau donne son feu vert définitif à la construction d'un nouvel oléoduc Trans Mountain, dans l'ouest du pays... et il explique que ce grand projet très décrié sur le plan environnemental, est vertueux, puisque les revenus fiscaux générés par ce futur pipeline seront intégralement réaffectés à la politique de transition écologique que le Canada promet de mettre en place.  

Il s'agit donc bien de financer l'avènement d'une "économie à faible émissions de carbone", en augmentant la production et l'exportation de pétrole de l'Alberta vers la Chine. Le premier ministre canadien y voit une politique particulièrement innovante et équilibrée. A l'entendre, il aurait ainsi résolu la quadrature du cercle, qui consiste à ménager à la fois entre nécessité de croissance et verdissement de l'économie... mais il faut bien reconnaître, avec Le Devoir, que ces dernières 24 heures il a eu bien du mal à faire "avaler la pilule".

Dans son édito, Manon Cornellier annonce la couleur : ce que veut faire Justin Trudeau reviendra en fait à "polluer plus pour mieux nettoyer ensuite. Un pis-aller, une fuite en avant"...  et une mesure, le doublement du Trans Mountain, qui "va permettre aux sociétés exploitantes des sables bitumineux de l'Alberta d'exporter 325 millions de barils de pétrole par an contre 109 millions actuellement", soit 3 fois plus.  Contrairement à ce qu'affirme le gouvernement Trudeau, poursuit Manon Conerllier, "cette hausse de la production pétrolière va forcément entrainer plus d'émissions de gazs à effets de serre. Et dès lors les engagements candiens pris dans le cadre de l'Accord de Paris deviendront pratiquement impossibles à atteindre à court et à moyen terme". 

A partir de là, "les accusations d'hypocrisie fusent" à l'encontre de Justin Trudeau, constate Le Journal de Montréal...  qui critique à son tour l'impossible "grand écart climatique libéral" tenté par le Premier ministre fédéral. Il faut dire que le calendrier choisi pour cette annonce sur Trans Mountain n'a pas arrangé les choses : le doublement de l'oléoduc a été validé mardi alors que la veille, Trudeau déclarait avec fracas "l'urgence climatique" comme priorité absolue de son gouvernement. 

Le lendemain donc, note Guillaume Saint-Pierre dans son édito du JdM, il offre aux industriels du pétrole un pipe-line dont la construction aura les mêmes effets sur l'environnement, que "3 à 4 millions de voitures de plus lancées sur les routes canadiennes".  

Et pour ne rien arranger, le projet Trans Mountain X pose aussi problème aux populations autochtones du grand Ouest canadien.  Les communautés de descendants d'amérindiens de Colombie-Britannique sont farouchement opposés au pipeline, depuis la création du premier tuyau en 1953, et encore plus avec son doublement programmé. Pour CBC-Radio Canada, "la vraie question n'était pas de savoir si le gouvernement trudeau allait approuver cet expansion de Trans Moutain, mais jusqu'où il est prêt à aller pour faire accepter le chantier aux Améridiens".  

La tribu indienne ColdWater, dans le centre de la province de Colombie-Britannique, exige que le tracé du pipe-line soit modifié parce qu'il devait passer sur l'unique source d'eau potable existante sur son territoire traditionnel : elle n'a pas eu gain de cause pour le moment, complète CBC. La radio publique cite l'Union des Chefs Indiens de la province selon laquelle les très nombreuses réunions préparatoires menées par le gouvernement n'oint pas été vraiment concluantes. 

La prochaine étape pourrait se jouer devant les tribunaux, autour de la question épineuse de la propriété des terrains qu'empruntera le futur Trans Moutain X. Les autochtones pourraient s'appuyer sur la déclaration des droits des peuples indigènes de l'ONU pour affirmer leur refus de consentement sur tout le chantier. 

Est-ce que cela suffira à les faire changer d'avis ? Mardi, nous dit The National Post, Justin Trudeau s'est dit "ouvert à toute proposition" de la part de ces communautés autochtones sur la manière dont les bénéfices générés par Trans Mountain pourraient leur revenir. Il a même émis l'idée de les rendre, en partie au moins, copropriétaires du pipe-line une fois construit. 

La logique reste la même : vous nous autorisez à polluer vos terres, mais on vous donne de l'argent pour compenser les dégâts...

Tout ce débat environnemental au Canada intervient également au moment où l'on reçoit de mauvaises nouvelles du permafrost, dans le Grand Nord. 

Les terres d'ordinaire constamment gelées de l'Arctique canadien sont en train de dégêler, selon une étude scientifique citée par le magazine américain Time, à une vitesse qui inquiète très sérieusement les chercheurs. 

En fait le recul du permafrost constaté depuis 2003 est en avance de près de 70 ans sur les prévisions scientifiques : c'est ce qu'affirme l'université d'Alaska à Fairbanks, et ce serait du, sans grande surprise, au réchauffement climatique, au fait que les étés plus chauds que la moyenne du siècle dernier se succèdent les uns aux autres. "On voit donc dégeler, nous disent les chercheurs cités par Time, des terres qui étaient prises par les glaces depuis plus de 1000 ans". 

Mais  au-delà du mauvais signal de plus que cela envoie sur l'évolution de notre climat, le phénomène pourrait être plus grave encore : le dégel du permafrost, selon la BBC, menace d'accélérer encore le réchauffement car il libère des poches de méthane et autres gazs à effet de serre très concentrés. Ces bulles, emprisonnées dans la terre gelée depuis des siècles, risquent de se retrouver à l'air libre quand par exemple des crevasses se forment dans le sol dégelé, comme des scientifiques l'observent en Sibérie ou donc dans l'arctique canadien. 

C'est potentiellement "une bombe à retardement climatique", et c'est très bien expliqué en cartes, vidéos et infographies à retrouver sur le site de Courrier International, traduction d'un dossier du South China Morning Post. On y apprend notamment que "la masse de carbone contenue dans le permafrost terrestre est équivalente à 500 millions de fois la masse de la Tour Eiffel", que le phénomène concerne aussi bien les pôles que le plateau tibétain et plus largement l'Himalaya.  

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