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Pour la candidate du Parti populaire, c'est "le communisme ou la liberté"

Les élections régionales de Madrid remettent en avant le jeu d'opposition classique entre la gauche et la droite

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En Espagne, les élections régionales de Madrid qui auront lieu le 4 mai prennent une tournure nationale. La présidente sortante, Isabel Díaz Ayuso, a défendu son bilan face à l'ex-ministre et leader de Podemos, Pablo Iglesias, faisant réapparaître un débat idéologique entre gauche et droite.

Pour la candidate du Parti populaire, c'est "le communisme ou la liberté"
Pour la candidate du Parti populaire, c'est "le communisme ou la liberté" Crédits : Oscar Gonzalez - AFP

La presse consacre une large partie de ses pages aux élections régionales à Madrid, avec la tenue hier du premier et unique débat entre les candidats, avant le scrutin qui aura lieu le 4 mai prochain. Il ne s'agit pas d'une élection régionale comme en France, les enjeux sont plus importants là-bas, puisque les régions ont beaucoup plus de pouvoir en Espagne que chez nous. La région de Madrid est particulièrement importante, région la plus riche du pays, avec plus de 6,5 millions d'habitants. Et si l'élection n'aura pas un impact immédiat au niveau national, elle pourrait bien faire et défaire des carrières politiques. Notamment, celle de l'étoile montante à droite, figure du Parti populaire, l'actuelle présidente régionale, Isabel Díaz Ayuso, en tête des sondages, ou encore celle du leader de Podemos, Pablo Iglesias, qui a démissionné spécialement, à la mi-mars, de son poste de vice-président du gouvernement, et de ministre des Droits sociaux, pour prendre la tête de liste de son parti à Madrid. 

De façon générale, les journaux sont assez mécontents de la teneur du débat retransmis à la télévision hier. Il y a d'abord la critique partisane du quotidien conservateur La Razón, qui déplore dans son éditorial les mensonges proférés par la gauche, comme seule méthode de confrontation face à Isabel Díaz Ayuso. Écouter les représentants du Parti socialiste, de Más Madrid et de Podemos, c'était découvrir l'existence d'une réalité parallèle, grince La Razón, celle d'une région de sept millions d'âmes plongée dans la misère et la mort, dans laquelle la présidente Ayuso occupe chacun des rôles tenus par les cavaliers de l'Apocalypse. L'apocalypse étant bien entendu la situation de crise sanitaire. Le coronavirus a joué un rôle majeur dans le débat d'hier, constate El Mundo. Les partis de gauche, ont effectivement, tour à tour, assené l'actuelle présidente de la région, de critiques dans sa gestion de l'épidémie. La communauté de Madrid est la plus touchée du pays, avec plus de 23 000 morts du Covid-19, sur un total national d'environ 78 000. C'est le point noir du bilan d'Ayuzo, qui fait tâche sur les ambitions politiques nationales de la candidate, de devenir une figure majeure dans l'opposition au gouvernement de Pedro Sanchez.

Le Parti socialiste tend enfin la main à Pablo Iglesias, à 12 jours du vote
Le Parti socialiste tend enfin la main à Pablo Iglesias, à 12 jours du vote Crédits : Juan Carlos Lucas - AFP

Un seul candidat a véritablement retenu ses attaques contre elle, constate sans étonnement El País

Ou plutôt une candidate : Rocío Monasterio, du parti d'extrême droite, Vox. Seule prétendante, par ailleurs, à mener une vraie campagne de terrain, multipliant les meetings comme si la crise sanitaire n'existait pas. Et si les sondages donnent le Parti Populaire d'Ayuzo gagnant, il lui faudra a priori, le soutien parlementaire de Vox pour obtenir la majorité absolue à l'assemblée régionale. Il n'y aura donc eu qu'une seule passe d'arme, très polie, entre les deux candidates pendant le débat, rappelle le journal, sur le terrain de l'immigration. En particulier, l'affiche électorale que Vox a fait placarder dans les rues, qui compare le coût de la prise en charge des "mena" (un terme péjoratif pour désigner les mineurs étrangers non accompagnés) à la pension que touchent les personnes âgées : 4 700 euros par mois pour les mena, 426 euros pour votre grand-mère. Des chiffres incorrects, précise El País, et une campagne d'affichage qui fait l'objet d'une enquête pour incitation à la haine. 

Seule surprise de ce débat, relève El Mundo, c'est la main tendue par le candidat du Parti socialiste et numéro 2 dans les sondages, Ángel Gabilondo, en direction de Podemos. Lui qui disait non à une alliance avec Iglesias la semaine dernière, lui dit désormais, "Pablo, nous avons 12 jours pour gagner les élections". Pour le leader de Podemos, c'est l'occasion de ne pas transformer cette escapade régionale, en chute compromettant jusqu'à son avenir en politique. Gauche et droite... Il semblait que ces concepts étaient tombés en désuétude, déplore Anabel Diez dans l'éditorial d'El País. Très classiquement finalement, les partis de gauche s'en sont pris au modèle de politique libérale très à droite de la présidente sortante. Et Isabel Díaz Ayuso s'est défendue en présentant le scrutin comme un choix entre le communisme ou la liberté (le slogan qu'elle martèle depuis le début de la campagne). Avec les élections de Madrid, l'idéologie est revenue, écrit l'éditorialiste, elle a suinté, pénétrant toutes les fissures des blocs thématiques lors du débat. Un modèle de réponse simpliste et binaire qui n'a pas sa place dans une situation de crise sanitaire.

Au Royaume-Uni, c'est à nouveau le système de "chumocracy" qui est mis en lumière par les journaux

La démocratie du copinage, dont je vous parlais la semaine dernière dans cette même revue de presse, suite au scandale de lobbying et d'échange de faveurs qui touchait l'ancien Premier ministre britannique David Cameron. La presse, Guardian en tête, dénonçait les liens à la limite de la légalité, et bien souvent immoraux, entre les cercles de pouvoir et les grands acteurs du privé. Et ce matin, c'est l'actuel Premier ministre, Boris Johnson, qui en est la cible. Au tout début de l'épidémie, en mars 2020, son gouvernement demande aux entreprises de s'impliquer, notamment celles en mesure de fournir des respirateurs, indispensables aux services de réanimation des hôpitaux. L'entreprise Dyson, qui fabrique des aspirateurs, répond favorablement à l'appel, et investit même 20 millions de livres pour en développer et les donner gratuitement pour la bonne cause. Pour rien au final, puisque le gouvernement fait machine arrière, les respirateurs ne seront même pas livrés. 

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Mais la BBC, hier a révélé des échanges directs, par SMS, entre Boris Johnson et le patron de l'entreprise, James Dyson, dans lesquels ce dernier demande des faveurs fiscales contre son généreux investissement. Ce à quoi le Premier ministre répond en l'assurant de son plein soutien. Tollé dans les rangs de l'opposition. Mais Boris Johnson ne s'est pas démonté hier, relate le Mirror, en répondant aux accusations de copinage lors des questions au Parlement, prétextant qu'il n'avait pas à s'excuser d'avoir remué ciel et terre pour obtenir ces précieux respirateurs au coeur de la première vague. C'est immoral, lui a rétorqué le patron du Labour, Keir Starmer. Les trois millions d'exclus des aides Covid de l'Etat, les infirmières récompensées de leur investissement par une malheureuse augmentation de 1% de leur salaire, auraient-ils eu le même soutien du Premier ministre s'ils avaient eu son numéro de téléphone, a t-il lancé. A la fin des échanges, Johnson quitte le Parlement avec le sourire. Affaire classée... La morale, s'insurge le Guardian, n'intéresse personne, en particulier chez les Tories aujourd'hui. Il y a d'ailleurs peu de chance que le scandale ait un quelconque impact sur Boris Johnson.

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