LE DIRECT
Le neerlandais Thierry Baudet vote, aux dernières élections provinciales

Elections européennes : risquées au Pays-Bas, inexistantes au Royaume-Uni

5 min
À retrouver dans l'émission

Les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont les deux premiers pays à élire leurs eurodéputés. La fin de campagne a été polarisée côté neerlandais par l'irresistible eurosceptique Thierry Baudet, quand chez les Britanniques le scrutin est invisibilisé par la crise du Brexit et la chute de Theresa May.

Le neerlandais Thierry Baudet vote, aux dernières élections provinciales
Le neerlandais Thierry Baudet vote, aux dernières élections provinciales Crédits : ROBIN VAN LONKHUIJSEN - Maxppp

Deux pays ouvrent ce jeudi le bal des élections européennes : il s'agit du Royaume-Uni (on va y revenir) et des Pays-Bas.  

Et c'est donc dans la presse néerlandaise que je me suis plongé ce matin pour bien démarrer la journée, une presse qui revient très largement sur le dernier grand débat qui a eu lieu hier soir sur la chaine publique NOS

Et ce débat, comme à peu près toute cette campagne des européennes, il a tourné autour de deux hommes... Le premier ministre libéral et europhile Mark Rutte et le jeune leader du parti Forum pour la Démocratie Thierry Baudet. Ne cherchez plus, nous dit De Volkskrant, vous avez là le résumé chimiquement pur de toute cette campagne : le professionnel de la politique européenne, à la tête du pays depuis 9 ans, contre l'outsider, anti-système qui s'avère aussi être ouvertement anti-immigration et climatosceptique. 

Difficle de faire clivage plus net et plus représentatif...  Sauf que, lit-on donc dans le Volkskrant, le challenger, hier soir, c'était bien Mark Rutte : c'est lui qui a du se battre pour capter l'attention, et tenter déconstruire un à un les thèmes de campagnes de son adversaire néophyte et décrit comme populiste. A commencer par le Nexit, car oui, Thierry Baudet et son parti le FvD militent pour faire sortir les Pays-Bas de l'Union Européenne.  

Et ça fonctionne : le FvD a remporté en mars les élections provinciales, et les sondages aux Pays-Bas le donnent favori de ces européennes.  

Alors, hier soir pour tenter de contester cette victoire annoncée, Mark Rutte attaque surtout... sur le soutien indéfectible que le FvD affiche à la Russie. Baudet est même allé, c'est l'Allgemeen Dagblad qui le note, jusqu'à remettre en cause l'enquête internationale sur le crash de cet avion MH17 de la Malaisian Airlines, abattu en plein vol en juillet 2014 par une roquette de fabrication russe tirée depuis le territoire ukrainien tenu par les séparatistes pro-russes. 

Thierry Baudet, lui, insinue que les Ukrainiens sont les coupables, contre donc les conclusions de l'enquête menée par des experts néerlandais, et alors que les deux tiers des près de 300 victimes étaient des Hollandais.  

Mais fidèle à son habitude, hier soir sur le plateau du débat, Thierry Baudet s'est défendu d'être "un pantin à la solde des Russes" en contre-attaquant, sans faire dans la dentelle : l'extrait a été isolé par De Telegraaf, mais il tourne depuis hier soir sur tous les sites d'infos et les réseaux sociaux.

"Vous les pro-européens (il est face à Mark Rutte) vous avez toujours été obsédés par la Russie. C'était le cas avec Napoléen, avec Hitler et maintenant avec Van Rompuy et Juncker." La ficelle est grosse, l'analogie est choquante, mais le public est partagé : ça applaudit, ça hue, mais c'est comme ça qu'on marque les esprits, et cette campagne des européennes (c'est en tous cas l'analyse qu'en fait l'Handelsblad) se sera résumé à cela : une bataille pour capter des miettes d'attention, de la part des électeurs.  

Quand les têtes de listes des partis europhiles comme Franz Timmermans (qui est tout de même le candidat des socialistes pour la présidence de la Commission européenne) ont consciencieusement tenté de focaliser les débats sur les enjeux strictement européens, Mark Rutte, lui, est entré dans le jeu de Baudet, préférant les thématiques nationales (voire clairement nationalistes) et l'affrontement de deux personnalités. Ca donne un débat à deux, hier soir pour clore la campagne, avec des questions du genre "Quand est-ce que vous avez pleuré pour la dernière fois" posée par Baudet à Rutte. L'Allgemeen Dagblad  note pour conclure qu'à l'applaudimètre c'est clairement Baudet qui en est sorti gagnant. 

Mais l'élection européenne ne se joue (pas encore) uniquement à l'applaudimètre. on verra donc ce soir ce qu'en diront les urnes.  

Le deuxième pays où l'on vote aujourd'hui, c'est le Royaume-Uni.  

Et ça mérite d'être rappelé, car en regardant les Unes de la presse britannique on en viendrait presqu'à douter que le scrutin a bien lieu aujourd'hui là-bas. 

Pas une seul mention de l'élection dans les principaux journaux, en Une en tous cas. C'est frappant, mais c'est terriblement révélateur : ce scrutin, c'est "la certitude du désastre", selon Jonathan Freedland du Guardian qui s'est rendu à l'un des derniers meetings du Parti Conservateur. Les européennes, personne n'y pense vraiment, tant tous les esprits sont obnubilés par la crise politique liée au Brexit.  

Et puis franchement, cette élection c'est un non-sens très britannique finalement : il s'agit on le rappelle de désigner 73 eurodéputés en sachant pertinement qu'ils ne siègeront pas plus de quelques semaines, en attendant que le Brexit soit réalisé, si tant est qu'il le soit à la date limite du 31 octobre. Cette élection, elle "n'aurait tout simplement pas du exister", rappelle le Daily Mail,  quand The Telegraph estime que "la seule chose qu'on pourra en retirer, c'ert une sorte de sondage grandeur nature, un aperçu de la manière dont les Britanniques pourraient voter en cas de second référendum sur le Brexit".  

Mais ce qui remplit le kiosque londonien ce matin, c'est une photo, volée à travers la vitre d'une voiture officielle, de Theresa May "les yeux gonflés de larmes". 

Elle fait face à "une mutinerie au sein de son propre gouvernement", écrit The Times, évoquant la démission hier d'une de ses plus fidèles alliées, la ministre Andrea Leadsom. May voit sa QUATRIEME proposition d'accord sur le Brexit rejettée par tout le monde avant même qu'elle soit soumise au vote du Parlement dans deux semaines...  La première ministre est "assiégée, barricadée, bunkérisée au 10 Downing Street, elle s'agrippe une dernière fois au pouvoir mais ses jours sont comptés" : voila ce qu'il faut retenir de tous ces grands titres. The Times prédit même que Theresa May démissionnera demain vendredi. 

Chroniques

7H40
46 min

L'Invité(e) des Matins

La guerre commerciale menace-t-elle l’économie française ?
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......