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Gardes-côtes russes escortant un navire de la Royal Navy britannique en Mer Noire, le 23/06/21

En Mer Noire, la flotte russe marque son territoire autour de la Crimée

6 min
À retrouver dans l'émission

Un navire militaire britannique a été la cible mercredi d'une manoeuvre d'intimidation particulièrement virulente, jusqu'aux coups de semonce de la part de la flotte russe alors qu'il naviguait au large de la Crimée. La liberté de la presse à Hong Kong est-elle morte avec l'Apple Daily ?

Gardes-côtes russes escortant un navire de la Royal Navy britannique en Mer Noire, le 23/06/21
Gardes-côtes russes escortant un navire de la Royal Navy britannique en Mer Noire, le 23/06/21 Crédits : www.bbc.com (capture d'écran)

Retour ce matin sur un épisode maritime tendu en Mer Noire. 

Cela s'est passé ce mercredi au sud de l'Ukraine, entre les ports mythiques d'Odessa et de Sébastopol, sur la Mer Noire donc. A en croire les images tournées par Jonathan Beale, le journaliste de la BBC qui se trouvait à bord, un navire de guerre britannique — le HMS Defender, venait de quitter le port d'Odessa, il faisait route vers la Géorgie, et son équipage s'est rendu compte très vite qu'il était escorté, d'abord à distance puis de plus en plus près, par un bâtiment des gardes-côtes russes.   

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"A mesure que l'HMS Defender s'approche de la péninsule de Crimée, la tension monte", raconte Joanthan Beale, sur un ton volontairement dramatique : le navire russe se rapproche, beaucoup trop près pour que son attitude ne soit pas considérée comme hostile selon les règles maritimes. Le journaliste britannique rappelle le noeud du problème :  la Crimée, territoire ukrainien, est annexé illégalement depuis 2014 par la Russie, laquelle considère donc que les eaux qui bordent la péninsule font partie de ses eaux territoriales alors que l'HMS Defender, selon le droit international, ne fait que suivre un chenal tout à fait autorisé. 

À ce moment, on est toujours dans le reportage en immersion de la BBC, la radio du bord reçoit ce message : "Si vous ne changez pas de cap, nous allons ouvrir le feu" préviennent les gardes-côtes russes. Dans les minutes qui suivront, les marins britanniques vont compter pas moins d'une vingtaine d'avions de chasse russe qui survoleront le HMS Defender de très très près ; on entendra même des tirs de semonce au loin. Le commandement du navire de la Royal Navy décidera de céder, de s'éloigner de la Crimée. 

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L'accrochage n'aura duré qu'une heure en tout, mais il aura atteint très vite une intensité rare dans ce genre de confrontations entre pays officiellement en paix, reconnait Dan Sabbagh, le spécialiste défense du Guardian qui tient tout de même à donner une autre version de ce coup de chaud en mer.  D'abord, préciser que les jours précédents, dans le port d'Odessa, le ministre de la Défense britannique, venu à bord du HMS Defender, avait signé avec son homologue ukrainien un accord qui renforce la coopération militaire entre les deux marines... vu d'un très mauvais oeil par Moscou. Ensuite, que le fait de décider de passer si près des côtes de Crimée, même si le droit international en effet n'y reconnaît aucune souveraineté russe... ne peut être considéré que comme "une provocation évidente" de la part des Britanniques, qui devaient s'attendre à une réaction des Russes. À se demander même s'ils ne l'ont pas souhaitée, pour tester la rapidité et la force de cette réaction.

Toujours est-il que Londres s'est vite retrouvé dans une position délicate dans les heures qui ont suivi l'accrochage en mer : le gouvernement Johnson a refusé de reconnaître que des coups de semonce avaient été tiré par les Russes contre son navire. La présence à bord de Jonathan Beale de la BBC a très vite contredit cette version des faits, et la presse russe, à commencer par le journal en ligne gazeta.ru, a eu beau jeu de dénoncer "les mensonges et la désinformation" des Britanniques. 

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Et puis aussi, ajoute Kim Sengupta de The Independent, l'accrochage de ce mercredi démontre bien à quel point la Mer Noire est devenue une zone maritime "ultra-sensible et volatile", bordée de territoires disputés où des bâtiments militaires très lourdement armés et pas toujours alliés se côtoient et se regardent en chien de faïence... jusqu'au moment où le ton monte très vite et très haut. En ce moment, qui plus est, les armées ukrainiennes et américaines s'y livrent à des exercices conjoints... qui ne font qu'augmenter l'irritation des Russes. 

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Pour Moscou, depuis le XVIIIème siècle la conquête de la Crimée a toujours été liée à une volonté de domination maritime sur la Mer Noire, comme ouverture ensuite vers la Méditerranée et les mers chaudes. Alors quand un navire britannique passe par là et leur donne une occasion d'affirmer leur présence, on peut compter sur les Russes pour ne pas laisser passer l'occasion. 

Dans la rubrique nécrologique cette fois, un avis de décès bien particulier... 

C'est un quotidien plusieurs fois cité ici-même, mais avec lui c'est toute la liberté de la presse à Hong Kong que l'on enterre ce matin. L'Apple Daily, quotidien engagé dans le mouvement pro-démocratie avec son propriétaire Jimmy Laï, publie ce jeudi sa dernière édition. La situation du journal, explique son équipe, était devenue invivable après l'arrestation la semaine dernière de 5 rédacteurs en chefs et directeurs de la publication, en plus de Jimmy Laï lui-même, déjà condamné à de la prison ferme ; après également la saisie de tous les avoirs financiers du groupe de presse. ; après enfin l'entrée en vigueur de cette loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin il y a maintenant un an et qui étouffe la liberté d'informer à Hong Kong. 

"L'Apple Daily est mort" titre ce matin son rédacteur en chef emprisonné, dans un dernier numéro, nous dit le site Hong Kong Free Press, rédigé comme une lettre d'adieu de 12 pages aux Hong-Kongais, et que ces derniers s'arrachent en kiosque : manière de dire à quel point le journal et son combat sont chers au coeur des habitants de la ville, à quel point aussi sa disparition est considérée comme un symbole de la nuit qui s'abat depuis un an sur l'ancien protectorat britannique.  

Il fut un temps où la presse de Hong Kong faisait figure de référence en matière de liberté, de qualité et d'ouverture internationale sur tout le continent asiatique ; je peux vous dire, pour le lire très régulièrement, que même le grand quotidien le South China Morning Post est devenu depuis la loi sur la sécurité nationale une sorte de robinet d'eau tiède qui semble avoir peur de son ombre, qui s'auto-censure et s'aligne sur les points de vues dictés à Pékin pour continuer à exister. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ce même South China Morning Post publie ce matin en Une un article sur la soi-disant "dérive militante anti-chinoise et sensationnaliste" de feu l'Apple Daily qui n'aurait donc à s'en prendre qu'à lui-même pour ce qui lui arrive. 

On est là en plein dans ce que décrivait mercredi Jennifer Jett duNew York Times, d'une loi volontairement floue et répressive qui impose une véritable épée de Damoclès au-dessus de tous les journalistes, de la peur désormais omniprésente dans les rédactions, et au final de la liberté de la presse qui "s'érode" inéluctablement.

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Affaire Mila : sur les réseaux sociaux, la jeunesse entre liberté et harcèlement. Avec Richard Malka
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