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Fayez Al-Sarraj et le président turc Erdogan le 15 décembre à Istanbul

La Libye, prochain champ de bataille entre Turquie et Russie ?

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La Turquie évoque de plus en plus clairement la possibilité de s'engager en sol libyen pour contrer l'influence grandissante des Russes qui auraient déployé 2000 mercenaires en soutien du général Khalifa Haftar. An algérie, des obsèques dignes d'un chef d'Etat pour le général Ahmed Gaïd Salah.

Fayez Al-Sarraj et le président turc Erdogan le 15 décembre à Istanbul
Fayez Al-Sarraj et le président turc Erdogan le 15 décembre à Istanbul Crédits : TURKISH PRESIDENCY / MURAT CETIN - AFP

L'impénétrable conflit libyen se rappelle à notre souvenir, à travers plusieurs titres de la presse internationale.

Le moins que l'on puisse dire, avec en particulier l'analyse qu'en propose El Pais ce matin, c'est qu'il y a plusieurs niveaux de compréhension de ce conflit. Le plus évident c'est l'affrontement entre deux forces libyennes : le pouvoir officiel incarné par le président Fayez Al-Sarraj, censément reconnu (mais pas forcément soutenu) par les Nations Unies (on l'appellera ici le GNA pour Gouvernement d'union nationale en anglais),  et puis en face l'autoproclamée Armée  nationale Libyenne (ANL) menée par le général Khalifa Haftar, homme fort de l'Est libyen, qui jure depuis des mois de reprendre Tripoli et le contrôle du pays déchiré depuis la mort en 2011 de Mouammar Kadhafi.  

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Mais la Libye, à en croire donc El Pais, est surtout en train de devenir "le nouveau champ de bataille entre la Russie et la Turquie". Comme si la Syrie n'y suffisait plus, c'est en terrain libyen, si la tendance actuelle se confirme, que des ressortissants des deux puissances pourraient s'affronter directement, au sol, dans les temps qui viennent. Car à la fin du mois de novembre, la Turquie a signé un accord de coopération militaire avec le GNA du président Al-Sarraj, ce à quoi le général Haftar a répondu quelques jours plus tard en annonçant le lancement d'une nouvelle offensive sur la capitale Tripoli.  

Concrêtement, ça veut dire que Receip Tayyip Erdogan n'exclut pas d'envoyer des troupes en Libye pour soutenir le le gouvernement soi-disant légitime de Fayez Al-Sarraj... et il le justifie en dénonçant la présence des Russes aux côtés du camp adverse, l'ANL.  Selon le président turc cité par le journal russe Kommersant, il n'y aurait pas moins de 2000 combattants russes en Libye en ce moment. Pas des soldats réguliers, non, mais des mercenaires envoyés par la société militaire privée Wagner  dont on sait désormais que, de l'Ukraine à l'Afrique en passant par la Syrie, elle est le nouveau bras armée du Kremlin là où s'agit de contourner discrètement le droit international.  

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2000 mercenaires venus de Russie, et 5000 envoyés du Soudan voisin, toujours en appui du général Haftar : c'est l'autre chiffre brandi par Erdogan pour justifier le fait que l'armée turque pourrait aussi rentrer dans la bataille, et cette présence massive de mercenaires soudanais est confirmée par une enquête de terrain publiée il y a deux jours par The Guardian à Londres.   

D'où cette question : la Libye est-elle en train de devenir une nouvelle Syrie ? Question posée entre autre par la radio internationale allemande Deutsche Welle sur son site russophone : Erdogan a bien compris que si l'ANL du maréchal Haftar parvient à prendre le pouvoir en Libye, les Russes qui le soutiennent verront leur influence en Méditerranée et en Afrique considérablement renforcée  au détriment de l'influence turque.  

Et puis il ne faudrait pas oublier les enjeux gaziers et pétroliers, là c'est la première chaine publique allemande l'ARD, qui met le doigt dessus :  "en échange de son soutien au GNA, la Turquie a obtenu du libyen Al-Sarraj un accord maritime qui lui permet de prétendre au contrôle de nombreux gisements de gaz naturel en Méditérranée orientale" quand, en face, la Russie en misant sur une victoire du général Haftar compte bien étendre l'emprise de ses compagnies pétrolières sur l'or noir de la Libye. 

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Voilà ce qui fait dire à l'ARD que ce conflit libyen devient de plus en plus illisible à mesure que de nouveaux acteurs ne cessent de venir y défendre leurs intérêts. L'Italie par exemple "soutient des milices proches du GNA pour tenter de freiner les départs de migrants depuis les côtes libyennes" ; la France s'est plutôt "alliée à l'ANL pour sa capacité présumée à empêcher que le terrorisme djihadiste ne s'implante dans la région". 

Au milieu de ce casse-tête, l'Allemagne tente une médiation avec une Angela Merkel, citée par la Deutsche Welle, qui parle d'une inacceptable "guerre par procuration" menée par "les mauvaises personnes" pour de mauvaises raisons, sur le dos des civils libyens. La chancelière a proposé la tenue d'une conférence de paix pour la Libye, à Berlin au mois de janvier. Pour le moment ni la Russie ni la Turquie n'ont confirmé leur participation. 

Evoquons à présent les funérailles du chef d'Etat major de l'armée algérienne Ahmed Gaïd Salah.  

C'était hier à Alger, et ces obsèques ont illustré en tous points la confusion en Algérie entre pouvoir militaire et pouvoir politique. Dans tous les titres de la presse francophone algérienne je lis les mêmes mots : "Ahmed Gaïd Salah a eu droit à des obsèques nationales dignes d'un chef d'Etat".  Des "funérailles particulières" suivies par El Watan qui nous fait entendre les hommages glanés dans la foule impressionnante et recueillie : on y loue un "frère", un "père", un "martyr", en tous cas un "homme qui restera dans l'histoire de son pays" pour avoir "réussi à lui éviter le pire".  

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Dans l'édito ce jeudi de L'Expression, je lis qu'en cette "année 2019 terrible" qui restera pour l'Algérie "un long épisode de bruits et de fureur" ce sont bien "l'abnégation, la vigilance, mais aussi la droiture et la fermeté" du vieux général Gaïd Salah qui ont permis que "pas une goutte de sang ne soit versée". "Mission accomplie", conmplète le titre de Une du Moudjahid,  quand Le Quotidien d'Oran salue la mémoire d'un "homme providentiel... malgré lui". 

Mais ce torrent d'éloges ne saurait faire oublier qu'Ahmed Gaïd Salah, jusque dans ses obsèques, incarne la mainmise des militaires sur la vie politique algérienne, tout ce que le mouvement populaire débuté en février a juré de mettre à bas. Les journaux qui d'ordinaire font entendre cette version de l'histoire, comme Liberté Algérie ou Tout sur l'Algérie sont ce matin pour le moins timides dans leur évocation du personnage : on mettra ça sur le compte du deuil national. 

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Et l'on citera tout de même le site Algérie patriotique qui dénonce la confusion des genre, hier, avec ces obsèques d'un militaire célébré comme un chef d'Etat,  avec "mise en branle de l'impressionnante machine de propagande à sa gloire et foules de citoyens rameutés de tout le pays". Une telle "mobilisation des moyens de l’Etat s’apparente clairement à une démonstration de force face au Hirak", la révolte populaire qui n'a pas dit son dernier mot conclut l'Algérie Patriotique.

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