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Jair Bolsonaro à Brasilia le 5 février 2020

Brésil : Jair Bolsonaro et la tentation de l'antiparlementarisme

5 min
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Le président brésilien Jair Bolsonaro est critiqué dans la presse pour avoir fait la promotion d'une manifestation d'extrême-droite aux relents fortement anti-démocratiques. En Turquie, un nouveau barrage sur le Tigre voue à la disparition la ville de Hasankeyf et ses vestiges vieux de 12 000 ans.

Jair Bolsonaro à Brasilia le 5 février 2020
Jair Bolsonaro à Brasilia le 5 février 2020 Crédits : GABRIELA BILO - AFP

Les grands titres ne manquent pas ce matin dans la presse brésilienne :

Il y a la fin du carnaval de Rio, le premier cas confirmé de Coronavirus au Brésil, mais le sujet qui a retenu mon attention ce matin concerne le président Jair Bolsonaro. Un chef de l'Etat dont on connait depuis longtemps la nostalgie qu'il éprouve pour la dictature militaire des années 1960 à 80 ; un Jair Bolsonaro qui ne cache pas non plus son dédain pour les juges et les député d'opposition ; mais cette fois l'affaire pourrait être beaucoup plus grave.  

Depuis le début de la semaine Jair Bolsonaro est au coeur d'une polémique dans son pays, depuis nous explique le quotidien O Globo qu'il a partagé sur la messagerie instantanée Whatsapp des messages appelant à une grande manifestation nationale le 15 Mars.  

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Dans cet appel par exemple il est question de soutenir l'action du gouvernement Bolsonaro, pour un pouvoir présidentiel fort en opposition au parlementarisme absolu que voudrait imposer la gauche avec le soutien de la presse. Mais au-delà de ces mots d'ordre qui restent de l'ordre de l'acceptable, selon le correspondant du Guardian au Brésil Tom Phillips, il y a de la part des organisateurs de cette manifestation (dont de nombreuses organisations émargeant à l'extrême-droite) un déversement de propagande en ligne, avec cette fois des connotations clairement antiparlementaristes : le Congrès brésilien y est accusé de tous les mots, corrpution bien sûr mais aussi mensonge, chantage, meurtre même, tout y passe. Certains messages appellent même clairement de leurs voeux le retour à une dictature militaire qui serait bien sûr menée par Bolsonaro en personne.  

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Alors forcément, le fait que le président soutienne cette marche du 15 mars soulève l'indignation dans le camp démocrate. Jair Bolsonaro accusé par la chaîne G1 de mettre en péril "les deux piliers de la démocratie brésilienne que sont le Congrès et la Cour Suprême", l'autre bête noire de la droite radicale bolsonariste. Pour le président de cette même Cour Suprême, ce qui se passe autour de cette marche du 15 mars révèle rien de moins que "la face sombre d'un Chef de l'Etat qui n'accorde aucune valeur à l'ordre constitutionnel, qui ignore le principe-même de la séparation des pouvoirs, et qui diabolise tout ceux qui ne pensent pas comme lui.

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Et j'en reviens à l'article du Guardian, pour cette analyse éclairante : ce n'est pas un hasard, indique Tom Phillips, si Jair Bolsonaro tient à ce point à faire monter le ressentiment contre les députés, car ce sont eux qui détiennent la seule arme capable de contrer son projet autoritaire. Une procédure de destitution dont les éditorialistes de gauche au Brésil parlent de plus en plus sérieusement ces derniers jours : "La peur d'un impeachment est peut-être la seule chose qui puisse metttre fin à la dangereuse aventure Bolsonaro", écrit par exemple La Folha de San Paolo qui voir derrière la manifestation du 15 mars la préparation d'un "coup d'Etat de l'intérieur". 

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Sur le site de commentaire politique Brasil 247, on retrouve cette même crainte sous la plume de Ricardo Kotscho : "La survie de la démocratie brésilienne est en jeu", et la destitution est la seule issue possible pour "éviter le pire.

Les esprits s'échauffent, la gauche a tendance à sur-réagir, tempère Alexandre Garcia dans les pages Opinion de la Gazeta do Povo : la manifestation du 15 mars est légale, on doit pouvoir critiquer le Parlement sans être déclaré forcément comme un ennemi de la démocratie... voilà en gros ses arguments en mode "beaucoup de bruit pour pas grand-chose". 

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Garder la tête froide, ne pas surdramatiser, on veut bien... et puis on lit cette phrase repérée hier par le magazine Forum sur le compte Twitter d'Eduardo Bolsonaro, fils du président et lui-même député : "Si une bombe H tombait sur le Congrès, est-ce que vous croyez vraiment que les Brésiliens pleureraient ?". La phrase fait référence à une déclaration de Jair Bolsonaro lui-même pendant la campagne présidentielle en 2018 : si ce n'est pas de l'antiparlementarisme primaire, avouez tout de même que ça y ressemble très fort.

Dans le sud de la Turquie on assiste, impuissant, à la disparition de 12 000 ans d'histoire. 

C'est un reportage de l'agence américaine Reuters qui nous emmène sur les bords du fleuve Tigre, dans la ville millénaire d'Hasankeyf, ou plutôt aux alentours de ce qu'il reste de cette ville. Car HasanKeyf  est en train d'être lentement sumergée par les eaux du Tigre. La faute au barrage géant d'Ilisu, en aval, dont la construction a été terminée l'an dernier ; un grand chantier très cher au pouvoir turc sur ce territoire à forte population kurde. Depuis cet automne on a fermé les vannes et commencé à remplir le réservoir du barrage, qui va donc engloutir à terme cette ville d'Hasankeyf. 

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Et nous on regarde l'eau monter inperceptiblement, avec le reporter de Reuters et avec ces "centaines d'anciens habitants de la ville qui reviennent chaque jour" mesurer l'étendue du gâchis patrimonial. Hasankeyf, telle que la décrivait The Washington Post en novembre dernier, c'était rien de moins que "l'un des lieux de peuplement humain innterrompu les plus anciens au monde".  Un "musée à ciel ouvert", avec des vestiges remontant au néolithique, une cité troglodyte riche de grottes gravées par la main de l'homme, et tout un ensemble de bâtiments du 12e siècles... Tout ça donc déjà en partie gagné par les eaux. 

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Il y a bien eu des efforts de préservation, très médiatisés par la presse pro-gouvernement en Turquie, le déplacement d'une mosquée, d'un minaret ou d'un hammam vieux de 600 ans, sur roues et verrins hydrauliques. Il y a surtout, veut croire le Daily Sabah, "l'espoir" qui le dispute au chagrin chez les habitants expropriés : espoir de voir le tourisme, c'est tout de même ironique, se développer autour de ces quelques vestiges qui ont pu être sauvés des eaux. Espoir enfin alimenté, nous dit Ahval par les promesses d'Ankara, de voir le barrage géant amener la prospérité économique à toute cette région déshéritée.

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