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Boutique GameStop à New-York, le 16/09/19

Quand des geeks américains donnent une leçon à Wall Street

5 min
À retrouver dans l'émission

Depuis début janvier l'action GameStop a bondi de +1600% à Wall Street : c'est l'effet d'une campagne lancée par des boursicoteurs amateurs pour contrer des traders professionnels qui spéculaient à la baisse sur l'entreprise de jeu vidéo. A Madrid l'extrême-droite s'en prend à une fresque féministe.

Boutique GameStop à New-York, le 16/09/19
Boutique GameStop à New-York, le 16/09/19 Crédits : Spencer Platt - AFP

La presse américaine se passionne ce matin pour ces boursicoteurs qui font trembler Wall Street.  

Ils "battent les traders professionnels à leur propre jeu" selon la formule choisie par leNew York Times, ces quelques milliers d'internautes qui depuis deux semaines se sont organisés, via des forums en ligne, pour sauver la chaîne de magasins de jeux vidéos GameStop.  

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Ils sont "agent immobilier dans l'Indiana, commis de cuisine dans le Bronx, pasteur évangélique californien", tels que nous les présentent Matt Philipps et Taylor Lorenz du Times, et en quelques clics, ils ont empêché que leur enseigne ne soit victime d'un raid de traders qui voulaient spéculer à la baisse sur Gamestop, entreprise déjà en difficulté. Spéculer à la baisse, cela veut dire vendre leurs actions pour faire baisser son cours, avant de les racheter quand elles ne vaudront plus grand-chose et d'empocher le profit généré. 

Pour contrer ce raid spéculatif, donc, les boursicoteurs amateurs réunis sur le forum Reddit ont lancé leur propre action concertée, acheté chacun une ou plusieurs actions GameStop, et ils ont fait remonter artificiellement le cours de l'action qui depuis décembre a vu sa valeur augmenter jusqu'à 1700 %. L'opération a donc plus que fonctionné, selon le quotidien new-yorkais : les traders de Wall Street se retrouvent aujourd'hui forcés de racheter les actions beaucoup plus cher que leur prix de départ, et ils perdent beaucoup d'argent là où ils pensaient empocher le pactole. 

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Mais qu'on ne s'y trompe pas, complète l'article : ce n'est pas seulement pour donner une bonne leçon aux pros de la spéculation financière que ces milliers d'amateurs en ligne se sont ligués. Il faut y voir également une manière de "tromper l'ennui" derrière son ordinateur, de sentir qu'on peut faire trembler une institution considérée comme toute-puissant ; et puis il y a surtout l'appât du gain : revendre des actions après les avoir fait monter de manière concertée, ça rapporte de l'argent. En ce sens, oui, c'est bien "à leur propre jeu" que les loups de Wall Street ont perdu, et on est là dans l'application pure et simple de ce "rêve de fortune rapide et facile que les sites et applications de trading grand public nous vendent depuis quelques années".  

"Vous aussi, vous pouvez devenir un trader à succès", promettent les publicités ? Eh bien soit, les geeks de GameStop l'ont prise au mot, cette promesse, confirme The Wall Street Journal, et désormais les kadors de la bourse new-yorkaise se font des cheveux gris : l'affaire GameStop révèlent "un vrai glissement du pouvoir, ce ne sont plus seulement les traders professionnels qui font la pluie et le beau temps mais il faut compter avec le poids que savent désormais se donner les boursicoteurs amateurs derrière leur ordinateur", en pyjama chez eux. Ce que nous dit cette affaire GameStop, c'est que "les bulle boursières sont devenues folles", tranche pour sa part Charles Gasparino pour The New York Post.  

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Il y a aussi bien sûr une dimension politique à ce phénomène : à l'AFP, reprise par La Presse au Canada, le créateur du forum d'où tout est partiexplique qu'il y a là "une démarche collective qui peut être interprêtée comme une continuation de ce que le mouvement Occupy Wall Street avait amorcé en 2011, sans aller jusqu'au bout" : l'idée que le jeu boursier ne devrait pas être réservé aux traders des fonds de pensions carnassiers, que n'importe quel citoyen devrait pouvoir y exercer une forme de contrôle. D'ailleurs l'une des réactions de la presse depuis quelques jours, à l'image du magazine The Week, c'est de plaider "pour une plus grande régulation boursière".  

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Mais à cette analyse, disons plutôt de gauche, il faut tout de même en superposer une autre proposée par Chris Cillizza de CNN : lui voit des "relents trumpistes" derrière le contre-raid des boursicoteurs sur GameStop, autour de "cette idée qu'il faut montrer à l'élite établie, en l'occurence Wall Street, qu'elle n'est pas la seule à savoir comment les choses fonctionne, et que l'Américain lambda est aussi malin (sinon plus) que le trader new-yorkais". C'est bien gentil, reconnaît Chris Cillizza, "ça soulage, le temps que dure un doigt d'honneur, de savoir qu'on a le pouvoir de reprendre le contrôle un temps sur l'establishment"... mais ça ne résoud absolument rien des problèmes profonds qu'il s'agissait de dénoncer.  

En Espagne, la droite a réussi à garder la Mairie de Madrid en s'alliant à l'extrême-droite en 2019... et ça n'est pas sans conséquences.  

Conséquence très concrète, dans le quartier populaire de Ciudad Lineal, une fresque peinte en 2018 sur le mur d'une salle de sport et qui met à l'honneur des grandes figures féminines de l'histoire récente (Frida Kalho, Nina Simone, Rosa Parks ou Valentina Tereshkova pour ne citer qu'elles), avec un message qui dit que "Vos capacités ne dépendent pas de votre genre", cette fresque donc s'est retrouvée depuis une semaine au coeur d'une polémique très reprise par les médias : les élus du parti d'extrême-droite Vox exigeaient qu'elle soit effacée, retirée du mur parce qu'elle porte selon eux un message politique qui n'a rien à faire sur un bâtiment public.  

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Pour l'artiste Jorge Nuno qui a réalisé l'oeuvre en question et qui est interrogé par le site Info Libre, pas de doute : c'est bien la portée féministe de son message qui irrite les élus de ce parti, Vox qui (et c'est le plus grave selon le journal en ligne Publico) a réussi a rallier à sa cause les élus de la droite traditionnelle, le Partido Popular qui pourtant avait chanté les louanges de la fresque lors de son inauguration il y a deux ans. 

Même la formation de centre-droit Ciudadanos semblait avait dans un premier temps rejoint la fronde anti-fresque, au moins pour sauver sa majorité au conseil municipal... mais finalement, Publico nous apprend que Ciudadanos a fait machine arrière, refroidie par la bronca que l'initiative de Vox a suscité chez les habitants du quartier et plus largement dans l'opinion madrilène. 

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Mais pour Manuel Jabois d'El Pais, la victoire a un goût amer, le mal est fait tant la droite madrilène a démontré sa pusillanimité et sa porosité face aux idées de son allié d'extrême-droite. Pour l'édito du même El Pais en date de ce mercredi, cette affaire de fresque féministe menacée nous montre que Vox et ses supplétifs du Partido Popular sont engagés dans une guerre culturelle, une "obsession commune à tous les régimes autoritaires de vouloir effacer ce qui s'est fait avant eux". D'autant plus choquant quand ce sont des visages de grandes femmes qu'il s'agirait de faire disparaître.

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