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Manifestation pro-démocratie à Hong Kong le 24 mai 2020

L'état de droit libéral hongkongais survivra-t-il à la "loi sur la sécurité nationale" ?

6 min
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Le vote au parlement hongkongais d'une loi sécuritaire rédigée à Pékin attise les craintes d'une perte d'autonomie de l'ancienne colonie britannique ; les Etats-Unis en font un nouveau terrain d'opposition à la Chine. Le groupe de presse NewsCorp supprime plus de 100 journaux papier en Australie.

Manifestation pro-démocratie à Hong Kong le 24 mai 2020
Manifestation pro-démocratie à Hong Kong le 24 mai 2020 Crédits : EyePress News - AFP

Hong Kong et la Chine occupent à nouveau la Une des journaux internationaux ce jeudi.

Hong Kong où l'on retient son souffle, en cette journée très tendue en perspective avec le vote prévu au Parlement de la région administrative spéciale chinoise d'un projet de loi sur la sécurité nationale.

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Une loi cousue-main par et pour le pouvoir chinois à Pékin, reconnaît le South China Morning Post sous la plume du professeur de droit Michael C. Davis. Une loi qui jure de criminaliser tout particulièrement les "activités subversives, sécessionnistes ou terroristes" ; une loi, poursuit le quotidien Apple Daily qui prévoit d'octroyer les pouvoirs de surveillance, d'enquête et d'arrestation aux autorités de Chine continentale sur le sol hongkongais.  

Il y a là, confirme le juriste cité par le South China Morning Post, "de quoi mettre en pièce tout ce qui fait la spécificité du droit hongkongais par rapport au droit chinois", une spécificité largement héritée de la tradition juridique libérale britannique d'avant la rétrocession de l'île à la Chine en 1997. Vingt-trois ans plus tard, Pékin semble vouloir accélérer la mise au pas de sa région administrative spéciale en en finissant avec le principe du "un pays, deux systèmes" qui garantissait à Hong Kong de conserver son autonomie notamment législative, juridique et policière. Mais le territoire du sud chinois, contre ses dirigeants politiques, semble déterminé à défendre son particularisme.

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C'est tout l'objet, on en a déjà souvent parlé ici, du mouvement pro-démocratie qui multiplie les manifestations depuis un an. Un mouvement de contestation directement ciblé par le projet de loi mais qui, nous dit le site d'info Hong Kong Free Press, ne se laisse pas intimider et va multiplier les actions aujourd'hui encore. Pas plus tard que mercredi soir, 360 manifestants ont été interpellés alors qu'ils tentaient de se rassembler autour du Parlement, au moment où celui-ci étudiait une loi pénalisant cette fois le délit d'atteinte à l'hymne chinois : on voit bien là quelles sont les priorités du gouvernement régional, dirigé par Carrie Lam, soucieuse de donner à Pékin les gages de soumission exigés d'elle.  

Il ne fait aucun doute, poursuit le South China Morning Post, que le projet de loi dit de "sécurité nationale"  qui va être voté aujourd'hui, a été façonné depuis Pékin, mis à l'ordre du jour en à peine une semaine après avoir été discuté lors des "deux sessions", ces grands rassemblements annuel du pouvoir chinois qui se terminent aujourd'hui à Pékin. La Chine veut aller vite, pour ne pas laisser la contestation populaire hongkongaise reprendre trop de force, et pour couper également l'herbe sous le pied des Américains, lesquels depuis quelques jours n'attendaient qu'une chose : s'inviter dans le dossier hongkongais pour en faire un nouveau point de crispation dans leur stratégie d'opposition à la Chine.

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Cette réaction américaine n'a pas tardé avec les déclarations la nuit dernière du secrétaire d'Etat Mike Pompeo qui a eu beau jeu de constater que Hong Kong, avec le vote attendu de la loi sur la sécurité nationale, "ne jouit plus du statut d'autonomie qui lui avait été promis par la Chine" avec la rétrocession... et que donc (on passe directement au registre de la menace) les Etats-Unis pourraient logiquement décider très rapidement de retirer à Hong Kong son statut commercial préférentiel, celui qui permet à la ville de rester un centre d'affaires international ; la menace est donc très lourde pour le territoire et pour toute l'économie chinoise. 

Elle vient s'ajouter à toute la campagne anti-chinoise menée en ce moment par la Maison Blanche et reprise par ses alliés : dans le Taïpei Times, on lit que l'autre bête noire de la Chine, l'île de Taïwan, prépare un "plan d'aide humanitaire pour Hong Kong", et se propose d'accueillir tous qui qui voudraient fuir le territoire après le vote de la loi de sécurité intérieure.  

Voila qui va à coup sûr énerver encore plus les autorités chinoises, lesquelles par la voix de leur quotidien international Global Times dénoncent déjà ce matin les "tentatives d'intimidation arrogantes et hystériques" menées par les Etats-Unis dans ce dossier hongkongais.

Direction à présent l'Australie, où les kiosques à journaux vont considérablement se vider.

C'est une décision vraiment drastique qu'annonce ce jeudi le groupe de presse NewsCorp, propriété du milliardaire Rupert Murdoch. A lire, entre autres, dans le Sydney Morning Herald : News Corp va se restructurer et au passage va cesser la publication en édition papier d'une centaine de journaux, qui vont passer à 100% sur internet. 14 titres vont disparaître corps et bien, et près de 500 emplois vont également être supprimés. 

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Voilà donc la suite de cet arrêt de publication papier pour 60 titres, déjà mise en place dans les régions australiennes depuis le début de la crise du coronavirus. Mais cette crise n'aura été qu'un moment propice pour déclencher une restructuration profonde et prévue de longue date, à en croire The Australian Financial Review, pour qui, c'est clair, l'offre éditoriale en Asutralie va s'en trouver sérieusement réduite. 

A commencer par l'offre d'info locale et régionale, qui va être la plus touchée par cette hécatombe de papier : "C'est un jour triste pour les régions que News Corp va cesser d'écouter", déplore ce matin InQueensland dans l'Etat du même nom. Mais plus largement, c'est "un jour triste pour le journalisme et la démocratie", complète le site d'info indépendant Crikey, qui voit aussi dans cette nouvelle un rappel inquiétant, celui du "poids considérable et inconsidéré que la famille Murdoch a acquis dans le secteur des médias" de son pays natal, l'Australie.  

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Sans leurs publications, certaines petites villes vont se retrouver sans aucun média local... mais avouez qu'il y a tout de même quelque chose de très paradoxal à se rendre compte que le groupe Murdoch était bel et bien un acteur majeur de la démocratie locale, lui qui est décrié depuis des décennies à travers le monde (et c'est cette fois le Daily Maverick sud-africain qui nous le rappelle) pour avoir incarné le dévoiement de la presse mondiale en donnant naissance à des médias ultra-conservateurs et populistes comme Fox News aux Etats-Unis, The Sun en Angleterre, etc.

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Tout dernièrement (et ça nous ramène à notre sujet précédent) les journaux australiens de News Corp ont été accusés d'alimenter de manière éhontée la campagne anti-chinoise pilotée par Donald Trump, lequel a très largement bénéficié pour son élection il y a 4 ans du soutien de Rupert Murdoch et de ses médias.  

C'est donc bien ce même groupe de presse qui est aujourd'hui pleuré, dans les campagnes australienne, comme un garant de la démocratie locale en voie de disparition. La centaine de journaux condamnés devraient publier leur dernière édition papier le 29 juin prochain.  

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