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Teodorin Nguema Obiang (pris en photo en 2013), fils du président équato-guinéen au pouvoir depuis 42 ans, il est vice-président chargé de la sécurité et de la défense et présenté de + en + ouvertement comme le "dauphin" de son père.

Tensions diplomatiques en vue entre la Guinée équatoriale et la France

6 min
À retrouver dans l'émission

Le vice-président de Guinée équatoriale condamné hier définitivement par la justice française dans l'affaire des biens mal acquis. Peu d'écho dans les quotidiens africains. La Chine tend la main aux talibans.

Teodorin Nguema Obiang (pris en photo en 2013), fils du président équato-guinéen au pouvoir depuis 42 ans, il est vice-président chargé de la sécurité et de la défense et présenté de + en + ouvertement comme le "dauphin" de son père.
Teodorin Nguema Obiang (pris en photo en 2013), fils du président équato-guinéen au pouvoir depuis 42 ans, il est vice-président chargé de la sécurité et de la défense et présenté de + en + ouvertement comme le "dauphin" de son père. Crédits : JEROME LEROY - AFP

La condamnation définitive hier en France du vice-président de Guinée équatoriale, Teodorin Nguema Obiang  dans l'affaire des biens mal acquis ne fait pas la Une des journaux africains. Je n'ai pas tout pu regarder, mais en cherchant dans la presse gabonaise et congolaise (ici, ici, ici et ici) deux pays dont des proches du pouvoir sont eux aussi visés par des poursuites en France, sur ce même motif, de détournement de fond public... Rien du tout. C'est le covid qui fait la Une.      

Quant à la presse de Guinée équatoriale, elle n'existe pour ainsi dire pas.  Les médias publics sont contrôlés par le pouvoir, or le pouvoir est entre les mains du père du vice-président condamné.   

Depuis 42 ans, Teodoro Nguema Obiang règne (on peut utiliser ce mot), sur ce pays d'un million 400 000 habitants. En 2016, il a été réélu pour un cinquième mandat de sept ans.    

Son vice-président n'est autre que son fils, Teodorin Nguema Obiang , et c'est donc lui qui vient d'être condamné en France à trois ans de prison avec sursis, 30 millions d'euros d'amende et la confiscation de tous les biens saisis pour "blanchiment d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics et d'abus de confiance".   

Jeune Afrique consacre un article à cette condamnation, et se demande si l'on va vers une rupture entre Malabo (la capitale de Guinée équatoriale) et Paris. Le journal rappelle qu'au mois d'avril, le chef de l'Etat équato-guinéen (le père donc) avait menacé de rappeler son ambassadeur à Paris.  

Les tensions se cristallisent notamment autour d'un immeuble, le 42, avenue Foch dans le 16ème. En 2012 la justice française y avait mené une perquisition, car elle soupçonnait Téodorin (le fils vice-président) de l'avoir acquis frauduleusement. Depuis l'exécutif équato-guinéen, l'a transformé en ambassade.

L'état Français ne reconnait pas l'hôtel particulier situé au 42 avenue Foch a Paris, comme local diplomatique, mais comme résidence privée  de Teodorin OBIANG fils du Président de Guinée équatoriale et vice président depuis mai 2012
L'état Français ne reconnait pas l'hôtel particulier situé au 42 avenue Foch a Paris, comme local diplomatique, mais comme résidence privée de Teodorin OBIANG fils du Président de Guinée équatoriale et vice président depuis mai 2012 Crédits : Alain DELPEY - Maxppp

Avant même la décision de la Cour de cassation d'hier, Paris avait suggéré à Malabo de trouver d'autres locaux, nous rappelle Jeune Afrique. Aujourd'hui que le bâtiment peut être saisi, le clash diplomatique semble inévitable. D'autant plus qu'il y trois jours à peine, la Guinée équatoriale a fermé son ambassade au Royaume-Uni, ce pays ayant interdit au vice-président de rentrer sur son territoire, et gelé ses avoirs, notamment, sa collection de souvenir de Michael Jackson, relate la BBC, dont un gant recouvert de cristal d'une valeur de 275 000 dollars, le gant de la tournée Bad (pour les fans...).    

En 2016, les procureurs suisses avaient également saisi onze voitures de luxe appartenant à Teodorin Nguema Obiang. Bugatti, Ferrari, Bentley poursuit la BBC, mais malgré ses ennuis judiciaires à l'étranger, il conserve sa place au sommet de l'establishment équato-guinéen.   

Les arguments de la Guinée équatoriale relayés par le site "54 Etats"   

Pour connaitre les arguments et la défense adopté par le vice-président, on peut lire les articles du site"54 Etats". Ce site dit traiter de l'actualité de tous les pays africains, et lui met en Une la condamnation de Teodorin Obiang Nguema hier en France. Un article assez court. Celui consacré à la fermeture de l'ambassade de Guinée équatoriale à Londres est plus fourni.   

On y lit que la Guinée équatoriale condamne et récuse les sanctions anticorruption. On y cite notamment le ministère des Affaires étrangères équato-guinéen pour qui "ce sont les mensonges et les initiatives malveillantes promues par certaines organisations non gouvernementales contre la bonne image de la Guinée équatoriale, sur lesquels s'appuient malheureusement certains Etats..."   

Malabo étant outré des mauvais traitements et des humiliations répétées envers son État, et cela en dépit de plusieurs tentatives d'échanges, de discussions et de résolution des conflits engendrées depuis plus de 15 ans par certaines ONG, n'accepterait plus une seule humiliation bien qu'il existe des coopérations bilatérales entre la France et la Guinée équatoriale dans plusieurs secteurs dont le domaine maritime. Les expats et autres amoureux de Malabo devront sans doute aller récupérer leur visa à Bruxelles. Priscilla Wolmer, directrice de la rédaction de 54 Etats.   

Malabo alerte la communauté internationale sur le danger de ses manœuvres qui violent le droit international, la Charte des Nations unies, et créent une atmosphère de harcèlement, conclue l'article.   

Or Priscilla Wolmer, son auteure n'est pas n'importe qui. Selon un article people d'il y a un an, elle était bien placée pour devenir l'épouse de devinez qui... Teodorin Nguema Obiang lui-même.  

Copie d'écran de l'article publié le 27 juin 2020 par La Voix des décideurs, un site d'information panafricain
Copie d'écran de l'article publié le 27 juin 2020 par La Voix des décideurs, un site d'information panafricain Crédits : La Voix des décideurs

L'est-elle devenue ? Je ne sais pas, mais elle toujours directrice de rédaction de 54 Etats, qui ce matin, publie une information exclusive, qu'on ne trouve nulle part ailleurs, notamment pas dans les dépêches de l'Agence France Presse.   

Un hélicoptère de combat français intercepté à Bata, source officielle titre l'article... qui précise ensuite en quelques lignes, que cet hélicoptère visait le cortège du vice-président de la République, et cela intervient "curieusement", (c'est l'adverbe utilisé), le même jour que la décision de justice rendue par la Cour de cassation en France.   

C'est l'aviation russe qui aurait intercepté cet hélicoptère, les pilotes seraient en garde à vue à Bata, une ville de Guinée équatoriale. Info ou intox... c'est à suivre en tout cas...  

La Chine tend la main aux talibans  

Rencontre hier en Chine entre des talibans et le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi.  Qu'en dit la presse chinoise ? On poursuit cette revue de la presse officielle. Le China Daily titre "Les talibans essentiels au processus de paix". Ce n'est ni plus ni moins que la teneur des déclarations faite par le ministre chinois Wang Yi lors de cette rencontre.  

En tant que plus grand voisin de l'Afghanistan, la Chine respecte toujours la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Afghanistan, elle estime que l'Afghanistan appartient à son propre peuple (...). La Chine espère que les talibans afghans placeront les intérêts de la nation afghane en premier, soutiendront les pourparlers de paix, établiront l'objectif de paix, créeront une image positive et adopteront une politique inclusive. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères chinois. 

Ce à quoi, le n°2 des talibans, le mollah Abdul Ghani Baradar a répondu (là, c'est le Quotidien du peuple, l'organe officiel du pouvoir, en chinois qui le relate) : "Les talibans afghans sont prêts à travailler avec toutes les parties pour construire une structure politique en Afghanistan qui soit inclusive et acceptable pour tous les Afghans afin de protéger les droits humains et les droits des femmes et des enfants".  

La Chine qui respecte l'intégrité de ses voisins, les talibans qui vont protéger les droits des femmes : on y est dans ce monde renversé, où comme le disait Guy Debord, "Le vrai est un moment du faux ". Rien de plus que le jeu diplomatique habituel.    

Dans un éditorial intitulé "La Chine agit rapidement pour exploiter le vide en Afghanistan", Nikkei Asia relève un paradoxe choquant dans la main tendue de Pekin aux Talibans.  

" Pékin considère l'extrémisme islamique comme une menace pressante, écrit Brahma Chellaney, la Chine détient plus d'un million de prisonniers dans un goulag musulman (NDLR référence à la répression contre les Ouighours), mais elle noue des liens étroits avec les talibans alors qu'ils sont responsables des attaques terroristes les plus meurtrières au monde ".    

Pourquoi ? Parce qu'elle est opportuniste, et cherche à approfondir sa pénétration au Pakistan, en Iran et en Asie centrale, ce que le départ de l'Amérique rend enfin possible. Mais ce qui intéresse aussi la Chine, poursuit Nikkei Asia, ce sont les richesses minérales du pays, et le fait que Kaboul se trouve sur le corridor économique que Pékin veut tracer avec ses routes de la soie, jusqu'au Pakistan.   

La violence est un obstacle aux intérêts chinois, voilà pourquoi elle incite publiquement les talibans à chercher une solution politique.   

Ce qu'ils ont déjà promis, à lire Al Jazeera... pas plus tard qu'il y a 2 jours mais en même temps, les Talibans encerclent en ce moment même la ville de Kandahar, nous apprend un article publié cette nuit aussi par Al Jazeera. Un camp de 22 000 personnes a été dressé à la va vite dans la ville pour héberger celles et ceux qui ont fuit les combats. 

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