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Mensonges, egos, corruption et coup de poker

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Après la dissolution de la Knesset, la presse israélienne juge sévèrement sa classe politique

Le mensonge, avec ce nouveau coup de théâtre hier à Londres lorsque l'on a appris que le favori pour succéder à Teresa May au 10 Downing street, le tonitruant Boris Johnson devrait être entendu par une cour pour mensonge donc. C'est le Brexit bien sûr qui nous offre ce nouveau développement, et le fameux slogan sur le bus du mouvement pro Brexit lors de la campagne référendaire : "Nous donnons à l'Europe 350 millions de livres par semaine, il vaudrait mieux les consacrer à la santé".  

Dans les colonnes de l'Independent les soutiens de l'ancien chef de la diplomatie se mobilisent.  "Il s'agit d'empêcher le Brexit", clament-ils. Même ses rivaux dans la course à la succession de Teresa May critiquent un mélange des genres. "Ce débat devrait être tranché par nos électeurs", estime ainsi Dominic Raab, il fut un fugace ministre du Brexit. Quand un autre des prétendants au poste de Premier ministre, Matt Hancock, ministre de la santé, plaide que ce n'est pas à une cour de trancher des questions politiques. "Chacun, dit-il, doit pouvoir faire prévaloir ses arguments dans un débat démocratique et non devant la justice".  

Justice et politique, c'est un peu la question qui nous anime dans une autre région du monde, au Proche Orient, en Israël où la Knesset, le Parlement, a voté sa propre dissolution  Benjamin Netanyahou, le 1er ministre israélien n'a pas réussi à former un gouvernement de coalition dans le temps imparti, nous rappelle Middle East Eye, les électeurs sont donc convoqués de nouveau en septembre prochain. Le couperet est tombé à minuit, dans une ambiance de grande tension à la Knesset, décrite par Maariv qui parle d'une "journée dramatique". 

Netanyahou a beau assurer qu'il remportera ce nouveau scrutin, Middle East Eye rappelle qu'il n'a pas réussi à obtenir le soutien du parti nationaliste Beiteinou. Le parti d'Avigdor Lieberman exige que prenne fin l'exemption de service militaire dont bénéficient les étudiants des écoles talmudiques.  "C'est l'une des plus importantes défaites de sa carrière politique", estime Haaretz, "sa pire nuit en 13 ans. C'est un Bibi, le surnom du chef du gouvernement israélien, au visage couleur de cendre qui s'est présenté devant les députés, un Netanyahou qui fulmine contre l'injustice que lui fait Avigdor Liberman en refusant de lui apporter le soutien de ses 5 élus. Enragé contre ce coup porté à sa carrière." 

"Il a donc maintenant trois mois et demi pour travailler sur sa stratégie", poursuit Haaretz, qui lui conseille de ne pas perdre trop de temps ni d'argent dans une campagne contre Leiberman dont les chances de victoire sont quasi nulles, dès lors que ses électeurs se recrutent essentiellement chez les immigrants russes âgés. Il devrait plutôt, estime le journal, consolider la base du Likoud et tendre la main aux plus modérés.  Pour le Times d'Israel, "si l'on en est arrivé à un tel fiasco politique, c'est en raison d'un système parlementaire fracturé, d'egos démesurés et de rancœurs persistantes."  "La dernière fois que l'on a voté, c'était il y a 7 semaines, nous allons retourner aux urnes en septembre. Si vous trouvez cela étrange, vous avez raison. Israël a certes un système politique qui nous a habitués aux remous mais il ne nous était jamais arrivés de voter deux fois dans la même année!"  

"Encore une élection provoquée par les déboires personnels de Netanyaou", dénonce Haaretz.  Nous y voilà.  C'est bien pour être immunisé contre toute poursuite que Netanyahou a provoqué cette dissolution, il joue sa survie. La presse israélienne se retrouve sur ce constat, avec plus ou moins de sévérité. "L'histoire aurait pu se dérouler autrement, explique Yediot Aharonot, le président israélien aurait pu charger un autre responsable de former un gouvernement. Mais Netenyahou a précipité l'issue pour  éviter le bras de la justice qui souhaite l'entendre pour fraude et corruption". Le plus acide est sans doute Haaretz, fustigeant la frénésie délirante du Premier ministre dans son désir d'échapper aux poursuites. Le journal n'épargne guère une Knesset dont plus de 70 députés ont choisi de s'autodissoudre, alors qu'ils viennent à peine d'être élus, et ce pour complaire au Premier ministre. Sans égard pour le coût qu'aura cette campagne et la paralysie du gouvernement, ils condamnent le pays à 110 jours de campagne haineuse jusqu'au 17 septembre."  

"Ces nouvelles élections vont coûter cher", opine Yediot Aharonot, mais pas seulement financièrement, C'est le coût pour la société israélienne qui l'inquiète. "L'agressivité des hommes politiques combinée à la toxicité des réseaux sociaux ont participé à une poussée de haine sans précédent au sein la société israélienne. L'impasse politique s'est transformée en eux contre nous, les laïcs contre les ultra orthodoxes, comme si nous n'avions pas assez de problèmes.

Les répercussions de cet épisode à la Knesset vont au-delà d'Israël Les semaines d'incertitudes qui s'annoncent vont compliquer les efforts américains pour faire avancer leur plan de paix. Le gendre de Donald Trump Jared Kushner est attendu à Jérusalem ce jeudi. Mais le New York Times doute que sa visite soit très fructueuse. "Avec un Etat hébreu sans gouvernement élu, au moins jusqu'à l'automne, un moment où Trump sera alors probablement accaparé par sa propre campagne pour sa réélection, les chances de faire avancer un plan de paix, déjà rejeté par les Palestiniens, sont plus minces que jamais". Et le New York Times de citer les propos du vétéran palestinien Saeb Erekat selon lequel "ce plan de paix qualifié de "deal du siècle" par la Maison blanche sera sans doute le deal du siècle prochain".  

Une question à la Une de The Atlantic : une journaliste a été assassinée dans un pays européen, pourquoi donc personne n'a été arrêté? C'était en octobre 2017, rappelle la BBC, Caruana Galizia était tuée dans l'explosion de sa voiture piégée. Elle enquêtait sur les affaires de corruption mettant en cause notamment le gouvernement. Son assassinat n'a toujours pas été résolu. La BBC revient sur le rapport publié par le Conseil de l'Europe qui sera débattu fin juin à Strasbourg. Très sévère, il dénonce l'inertie de Malte et l'impossibilité d'une enquête indépendante.  "Un document accablant", écrit The Atlantic avant de poursuivre, "si ce rapport concernait n'importe quel autre Etat européen, les têtes rouleraient, le gouvernement s'effondrerait. Mais nous sommes à Malte, le plus petit Etat de l'Union européenne, et le maillon faible de l'Europe en matièrede blanchiment d'argent. Malte est l'exemple éclatant de l'échec des institutions européennes face à l'effondrement de l'état de droit." Et de détailler : seuls de petits poissons ont été inquiétés quand les gros restent au pouvoir, notamment le ministre de l'économie. Il aurait été en contact avec les suspects mais n'a même pas été entendu par la police.  Il faut dire qu'à Malte c'est le Premier ministre qui nomme le procureur général et le chef de la police. Or, rappelle The Atlantic, le chef du gouvernement maltais était l'une des personnalités sur lesquelles enquêtait Caruana Galizia. Le Premier ministre a en revanche été prompt à ordonner l'enlèvement des mémoriaux improvisés en hommage à la journaliste. "On a le sentiment, écrit The Atlantic, que le gouvernement préférerait que Caruana Galizia soit effacée des mémoires"

Marie-Pierre Vérot

Chroniques

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