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Etudiants de l'Université Polytechnique de Hong Kong à leur remise de diplôme

Les étudiants de Hong Kong somment leurs Universités de s'engager

6 min
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L'université doit-elle être un laboratoire d'engagement critique ou un sanctuaire préservé du tumulte politique ? La question est particulièrement brûlante à Hong-Kong où les étudiants affrontent le pouvoir pro-Pékin depuis 5 mois. Québec impose un "test de valeurs" à ses candidats à l'immigration.

Etudiants de l'Université Polytechnique de Hong Kong à leur remise de diplôme
Etudiants de l'Université Polytechnique de Hong Kong à leur remise de diplôme Crédits : Vernon Yuen - AFP

Au coeur de la contestation à Hong Kong, les universités publiques et leurs directions sont prises dans un conflit de loyauté.   Depuis cinq mois que dure ce mouvement contre la mainmise grandissante et liberticide de Pékin sur le territoire autonome de Hong Kong, on avait bien compris que les jeunes, et en particulier les étudiants hong-kongais étaient en première ligne. Mais jusque là, à en croire The South China Morning Post, leurs universités ne s'étaient pas encore transformées en terrain de lutte politique comme c'est en train de se produire depuis quelques jours.  Après avoir lancé leur offensive contre Pékin sur les réseaux sociaux, et bien sûr dans les rues de Hong Kong, les protestataires veulent à présent investir les campus ; ils demandent aux directions de leurs universités de les soutenir, face à la répression dont ils sont victimes.  

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Dès lors, quelle place, quel rôle pour l'institution universitaire publique dans ces moments de contestation politique ? La question n'est pas nouvelle, elle se pose en régulièrement en France notamment. A Hong Kong, nous dit le South China Morning Post, les doyens et leurs équipes se retrouvent "pris entre deux chaises", entre le marteau et l'enclume :  s'ils montrent un tant soit peu de soutien à la révolte étudiante, ils risquent des sanctions immédiates de leur hiérarchie ;s'ils condamnent la violence des manifestants, ils se retrouvent pris à parti, chahutés parfois physiquement par leurs étudiants. 

Quand, il y a trois semaines, le vice-recteur de l'université chinoise Rocky Tuan s'est retrouvé encerclé par des étudiants qui ont dénoncé le silence de son institution face aux violences policières, il a fait publier un communiqué expliquant qu'il avait "ressenti les souffrances de cette jeunesse", qu'il avait "éprouvé son desespoir", et que "tout cas avéré d'usage impropre de la violence par certains policiers devrait être condamné". Ce communiqué lui a valu immédiatemment les foudres des syndicats de policiers et de la presse de Pékin qui l'a accusé de n'écouter que ses étudiants et de passer sous silence leur violence à eux.  

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On le comprend, l'entre-deux n'est plus tenable, d'autant que plus le conflit dure et plus les étudiants demandent des comptes à leurs universités.  On l'a vu pas plus tard que mercredi à l'Institut Polytechnique de Hong Kong, quand des dizaines de diplomés sont venus à leur cérémonie de graduation avec un  masque sur le visage (ce qui est interdit depuis peu par les autorités locales justement parce que c'est un symbole de la contestation). 

Ce masque en l'occurence, précise le journal en ligne Quartz, c'était celui que portaient les rebelles anarchistes en lutte contre une tyrannie fasciste, dans le film d'anticpiation "V pour Vendetta" en 2005, une référence universelle pour les mouvements de contestation qui se déclarent un peu partout sur la planète en ce moment. Or ces masques, ironise Quartz, il y a toutes les chances qu'ils aient été fabriqués dans les usines de la Chine autoritaire...  

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Mais quoi qu'il en soit, et là c'est la revue américaine Science qui l'affirme, les étudiants hong-kongais, par ces coups d'éclats, demandent plus de soutien à leurs universités, qu'elles s'affirment comme des laboratoires de la lutte pro-démocratie, en empêchant la police de rentrer sur les campus ou encore en donnant plus de pouvoirs aux représentants étudiants.  C'est ce qu'a fait Rocky Tuan, dont nous parlions à l'instant à l'Université Chinoise :  il a créé un groupe de diplomés en Droit pour défendre en justice les manifestants victimes d'abus policiers ; il a aussi mis sur pied une task-force impliquant des étudiants pour assurer la sécurité du campus. 

Un vice-recteur qui veut pousser ses ouailles à se prendre en main, à se mobiliser, c'est pour le moment une exception, à Hong-Kong où les cours se poursuivent comme si de rien n'était ou presque, toujours selon Science. Avec tout de même de plus en plus d'étudiants qui viennent en amphi avec leurs vêtements noirs, leur masque et tout leur attirail anti-lacrymogène pour pouvoir partir directement en manifestation si besoin. Certains chargés de cours les laissent faire, d'autres sanctionnent leurs absences, d'autre encore permettent qu'on enregistre leur cours pour ne pas pénaliser les étudiants mobilisés : les solutions se mettent en place individuellement, mais l'institution, elle, reste globalement très frileuse.

Au Canada la province du Québec va imposer un "test de valeurs" à ses immigrants. 

C'était l'une des grandes idées qui ont permis au populiste de droite François Légault et à sa Coalition Avenir Quebec de remporter il y a un an les élections provinciales, et de prendre les commandes du gouvernement québécois.  

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Promesse... tenue, nous dit le groupe de média La Presse puisqu'hier le ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (sic) Simon Jollin-Barrette a dévoilé les contours de cette "évaluation de la connaissance démocratique et des valeurs québécoises" qui sera imposée à partir du 1er janvier à tous les candidats à l'entrée durable et légale sur le territoire de la province.  Ce sera donc un test en ligne qui devra donc être rempli depuis le pays d'origine des candidats, avec une vingtaine de questions à choix multiple ; il faudra obtenir 75% de réponses positives pour pouvoir passer aux étapes administratives suivantes. 

Alors je ne vous cache pas, vous devez vous en douter, que cette initiative crée pas mal de débats dans les journaux québécois. Le Devoir, dans la chronique d'Emilie Nicolas, y voit une coquille vide, une mesure qui ne sera pas contraignante puisque les immigrants pourront répondre au test depuis chez eux, sans contrôle : ils pourront le repasser deux fois s'ils échouent et in fine auront la possibilité de suivre 24h de formation sur les fameuses  "valeurs démocratiques québécoises".

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En bref, toute cette affaire de test se résume, selon Emilie Nicolas, à une manière de légiférer dans le vide pour rassurer "les braves gens" qui pensent que "tous ces étrangers ne sont pas comme nous, et qu'il faut s'en méfier". Mais à défaut de les rassurer, il ne fera qu'alimenter plus encore leurs angoisses identitaires. 

Dans le Journal de Québec, on cite une experte en psychologie sociale, Marina Doucerain, selon qui "au-delà du test, c'est un message d'exclusion qui est envoyé à ceux qui souhaitent immigrer au Québec" ; on y lit aussi que le dispositif est inopérant parce que le gouvernement québécois n'a pas réussi à s'entendre avec son homologue fédéral dirigé par Justin Trudeau : il voulait au départ imposer un test qui porterait aussi sur la maîtrise de la langue française, à tout ressortissant étranger présent au Canada depuis plus de trois ans; mais Ottawa s'y est opposé, parce que ça aurait pu justifier des expulsions de personnes déjà installés sur le sol canadien. Alors Quebec a opté pour ce test en ligne, préalable à l'immigration, qui finalement ne servira pas à grand-chose mais qui permet à François Légault de montrer que la promesse électorale a bien été tenue.

Et puis je ne vous ai pas parlé des questions qui vonty être posées :  Radio Canada nous en donne quelques exemples en avant-première : 

«Au Québec, les femmes et les hommes ont les mêmes droits et cette égalité est inscrite dans la loi. Vrai ou faux?»

«Choisissez les illustrations qui représentent les personnes qui ont le droit de se marier au Québec. Choix de réponses : une illustration de deux hommes. Une illustration de deux femmes et un homme. Une illustration de deux femmes. Une illustration d’un homme et une femme. Une illustration de deux hommes et une femme

Cherchez l'erreur, cherchez surtout les à-priori sur les valeurs présumées des candidats à l'immigration : homophobie, polygamie, rejet de la laïcité... "Le diable est dans les détails, ce test part  du principe que les candidats à l'immigration ont forcément un problème avec nos valeurs, il ne fera qu'augmenter le ressentiment des québecois contre les nouveaux arrivants", commente enfin un représentant d'associtation de musulmans au Canada dans la Gazette de Montreal.

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